DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X
qu'elle ne pouvait abandonner; chez l'autre c'étaient des défauts de caractère, de jugement, d'énergie, de volonté ou d'intelligence. Il ne restait plus qu’une jeune religieuse de vingt-deux ans qui ne s'était pas encore présentée. Persuadée qu'à cause de sa trop grande jeunesse elle scrait écartée, elle errait çà et là dans le monastère, partagée entre la crainte d'un échec et un attrait très vif qui la]poussait depuis longtemps à entrer dans la carrière apostolique des Missions de la Nouvelle-France. Au moment où elle errait ainsi aux abords du parloir, la Mère Marie de l'Incarnation, l'ayant rencontrée, lui demanda si elle avait vu M. de Bernières. Et, comme elle répondit que non, elle la prit aussitôt par la main et l'introduisit elle-même au parloir. Après l'avoir un instant interrogée, M. de Bernières fut frappé de ses réponses si justes et de l’ensemble des qualités qui paraissaient la distinguer, et il l’encouragea beaucoup. Ravie de cet accueil, la jeune religieuse alla se jeter toute joyeuse aux pieds de la supérieure, la conjurant avec larmes de favoriser son élection. Mais tel n'était point, il s’en faut, l'avis de la supérieure, qui la congédia tout de suite, en lui disant d’avoir à se préparer, au contraire, à occuper la cellule et à remplir les fonctions de celle qui serait choisie. Se voyant ainsi rebutée, la sœur Marie de Saint-Bernard (c'était son nom en religion) ne se découragea pas. Elle alla se prosterner devant le très saint Sacrement, s’offrant entièrement au Seigneux et le suppliant de l’agréer pour les missions
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du Canada. Pour rendre sa prière plus efficace, elle s’adressa aussi à saint Joseph, le priant de vouloir bien intercéder en sa faveur auprès de Dieu, et pour toucher plus vivement le cœur de ce saint patriarche, elle lui promit d'échanger son nom de sœur Marie de Saint-Bernard contre celui de sœur Marie de Saint-Joseph, si elle était exaucée.
Cependant les trois jours de prières et d'examen s'étaient écoulés, et le choix de M. de Bernières et de M"° de la Peltrie n'était pas encore fait, car on ne pouvait parvenir à s'entendre sur aucun des noms qui étaient proposés. La sœur Marie de Saint- Bernard, quoique très jeune encore, paraissait pourtant avoir le plus de chances d’être élue. La Mère Marie de l’Incarnation la demandait, M. de Bernières appuyait cette demande auprès de M"° de la Peltrie et de la révérende Mère supérieure ; mais celle-ci ne voulait à aucun prix se dessaissir d’un sujet qu’elle appréciait beaucoup, et sur lequel elle comptait pour être plus tard un des plus fermes soutiens de sa communauté. Pourtant la volonté de Dieu se manifesta d’une manière si claire en sa faveur, qu’elle se vit enfin obligée de consentir à ce grand sacrifice.
L’élue du Seigneur était fille! de M. de la Troche de Savonnière, d’une très noble et très illustre
famille de l’Anjou. A la nouvelle du choix qui
venait d’être fait de sa fille pour la mission du Canada, ‘on ne peut dire de quel étonnement cet
1 On trouvera quelques notes biographiques sur cette seligieuse à la fin de ce volume.
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