‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 176 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X

illustre seigneur fut saisi, ainsi que M”° de la Troche, son épouse. Tous les deux résolurent aussitôt d'aller à Tours, pour s’enquérir par eux-mêmes de la vérité d’une nouvelle qui leur paraissait si extraordinaire, et pour s'opposer de tout leur pouvoir au départ de leur fille chérie. Tous leurs préparatifs de voyage étaient déjà faits, ils se trouvaient au moment de monter en voiture, lorsqu'un religieux, leur ami, les fit réfléchir sur l’acte qu’ils allaient accomplir. Il leur représenta si vivement la responsabilité qu'ils allaient assumer devant Dieu, en s’opposant à l'exécution de ses volontés saintes, qu’ils changèrent d'avis, et se contentèrent d'écrire à leur fille deux lettres qui sont un vrai document de tendresse et d'affection paternelle et maternelle, en même temps que de foi et résignation chrétiennes.

Heureuse de recevoir le consentement de ses chers parents, sœur Marie de Saint-Bernard s’empressa d'exécuter la promesse qu'elle avait faite à saint Joseph, et, avec la permission de ses supérieurs, elle échangea son premier nom de religion contre celui de Mère Marie de Saint-Joseph. C'est ainsi que nous la désignerons désormais.

Cette première compagne de la Mère de l’Incarnation dans la Mission du Canada méritait à tous les points de vue une faveur si précieuse. C'était la récompense de la vie tout angélique qu'elle avait menée dès le berceau, On assure qu'elle avait conservé toute l'innocence de son baptême, relevée en elle par le doux éclat des plus belles vertus. On ne

peut mieux la comparer qu’à un merveilleux bouton de rose que la Providence cueillait sur le sol de la France, pour le faire épanouir dans le nouveau monde. Nous la verrons un jour mourir à la peine, au milieu de ses chers sauvages et de sa famille religieuse , laissant à sa patrie d'adoption le souvenir d'un doux et fécond apostolat.

Avec elle et en même temps, une autre compagne fut donnée, à l'insu de tout le monde, à notre vénérée Mère, et cela dans des conditions si extraordinaires et si providentielles, que nous ne pouvons nous empêcher de les rapporter ici. M”° de la Peltrie s'était proposé d'emmener au Canada une jeune personne qui ne l'avait pas quittée depuis sa première enfance, et qui avait été jusque-là la confidente de toutes ses pensées. Elle-même paraissait y avoir consenti. Mais, quand elle vit approcher le moment du départ, elle fut saisie d'une telle épouvante, à la pensée des périls d'un si long voyage sur mer, qu'elle se déclara incapable de partir. Ce fut une pénible surprise pour M"° de la Peltrie, qui dut se résigner à se choisir une autre compagne. La Mère de l’Incarnation s'était mise déjà en devoir de lui procurer quelqu'un, et elle croyait y avoir réussi, lorsqu'un Père jésuite qui était venu faire ses adieux à la vertueuse dame lui conseilla de ne point s'adresser à cette personne, mais à une autre qu'il lui désigna. Celle-ci, mandée en toute hâte, arriva bientôt au couvent et fut présentée à M"° de la Peltrie. Interrogée sur ses dispositions, elle répon-

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