DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
vous obéissez à ses volontés, si vous avez une confiance filiale en son aimable Providence, Faites cela, mon fils, et vous expérimenterez ce qu’a dit le Saint- Esprit, que rien ne manque à ceux qui craignent Dieu. Je vais en Canada, il est vrai, et c’est encore par le commandement de Dieu que je vous quitte une seconde fois. Il ne me pouvait pas arriver un plus grand honneur que d’avoir été choisie pour l'exécution d’un si grand dessein, et si vous m'aimez, vous en aurez de la joie et prendrez part à cet honneur {, »
A mesure qu'elle prononçait ces paroles, il se produisait peu à peu dans l'âme du jeune homme un changement complet de sentiments et de pensées. Autant la vocation de sa mère lui avait paru étrange, autant elle commençait à lui apparaître grande et sublime maintenant. Mais, ce qui le frappa surtout, ce fut le ton avec lequel elle l’assurait qu'il aurait Dieu pour père et que rien ne lui manquerait à l'avenir, comme rien ne lui avait manqué dans le passé. Il demeura un moment tout interdit. La vérité de ces paroles pénétrait son cœur, et il se sentait en même temps de plus en plus rempli de la plus vive admiration pour l'héroisme de cette mère chérie.
Il lui fit donc ses adieux; et la mère et le fils se séparèrent; mais ce fut pour se revoir quelques jours plus tard à Paris.
1 Dom Claude Martin, addilion au ch. xvr, Ile partie, p. 375,
En rentrant chez lui, notre jeune homme était saisi d’une émotion toute nouvelle. Ses idées étaient complètement changées. Il se sentait fier et heureux d’avoir une si noble et sainte mère, qui lui servirait de caution et d’intermédiaire auprès de la divine Providence. Aussi brûla-t-il aussitôt la lettre de sa tante et l'acte notarié qu'elle contenait, bien résolu à lui écrire qu'il ne lui demanderait plus rien et ne lui serait désormais jamais à charge. Puis, se jetant à genoux, il fit à Dieu, en fondant en larmes, le sacrifice de sa mère chérie, lui demandant seulement de la lui rendre
au ciel.
Heureux et noble enfant d'une si sainte mère, essuyez vos pleurs ! Ce que l’on donne à Dieu n’est jamais perdu. Vous serez bientôt associé aux mérites
et aux vertus religieuses de celle qui vous quitte une seconde fois, pour voler où Dieu l’appelle. Vous serez ici-bas son historien, c’est vous qui révélerez au monde ses sublimes vertus, et votre souvenir, inséparable de celui de votre glorieuse mère, ne périra jamais dans la mémoire des hommes ni dans le cœur de Dieu.
Après quelques moments de prières, le jeune Claude Martin se releva tout consolé et plein de confiance. Il eût voulu aller aussitôt faire part à sa mère de ses nouvelles dispositions, mais déjà le carrosse qui la lui ravissait roulait à grand train sur la route de Paris.
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