DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
L’arbitrage ne pouvait être confié à un homme plus favorable à la Mission du Canoda, et plus capable de porter un jugement éclairé sur la vocation de la Mère Marie de Saint-Joseph. Il entreprit donc sans retard le voyage de Dieppe, où il trouva nos chères missionnaires fort alarmées. Il les rassura de son mieux, et écrivit à M. et à M"° de la Troche qu'après avoir fait l'enquête qu’ils l'avaient chargé de faire, « il était heureux de leur dire que le Canada, loin d'être ce qu'ils avaient cru, était, au contraire, un pays de grâces et de bénédictions; qu'ils n'avaient rien à craindre pour leur fille, qui serait à Québec en’aussi grande sûreté que dans leur propre maison, et qu’ils s’exposeraient à charger leur conscience d'une très grande responsabilité devant Dieu, en s’opposant plus longtemps à son départ !. »
Cette lettre acheva de dissiper toutes les inquiétudes des parents de la Mère Marie de Saint-Joseph, et la pieuse caravane apostolique, un moment ébranlée, put continuer son voyage.
Le séjour de la Mère de l’Incarnation et de ses compagnes à Dieppe fut d'environ un mois. Il nous reste deux lettres qu’elle écrivit de cette ville : l’une est adressée à son beau-frère, l’autre à son ancienne supérieure de Tours. Elles sont remarquables l’une et l’autre par les généreux sentiments qu’elles expriment, et quelques précieux détails sur divers incidents du voyage. « Aidez-moi
‘1 Dom Claude Martin, addition au ch. xvur, Ile partie, p. 388-389. L — 31
à bénir l’aimable Providence de Dieu, dit-elle dans la première, entre les bras de laquelle je m'abandonne pour vivre ou pour mourir, soit sur la mer, soit au milieu des sauvages; car tout m'est égal, pourvu que cela soit conforme à son adorable volonté. C’est donc maintenant que je vous dis adieu pour toujours. Oh! que n’ai-je déjà sacrifié ma vie !
« Vous savez les périls que nous allons courir sur cette grande mer océane, qui est la plus rude à passer de toutes les mers, non qu’il se perde beaucoup de vaisseaux dans la traversée que nous allons faire de douze cents lieues; mais il y a bien des incommodités à souffrir : on tombe en de grandes maladies, on craint la rencontre des Anglais, des Dunkerquois et des Turcs; mais tout cela n'est rien, la vie et la mort me sont une même chose, et je fais ce sacrifice de moi-même du meilleur cœur qu'aucune chose que j'aie faite en cette vie. Les croix et les souffrances me sont plus agréables que toutes les délices de la terre. Que l’on m'envoie dans le fond des pays les plus barbares, ce seront là mes délices, et je chérirai plus mes petites sauvages que si elles étaient des princesses. Je vais donc de bon cœur suivre mon cher Jésus et souffrir tout ce qu’il voudra pour son amour. »
À la pensée du vaisseau qui attendait en rade les vaillantes passagères pour la Nouvelle-France, elle disait dans sa lettre à son ancienne supérieure de Tours : « Vous pouvez juger si les moments ne semblent pas trop longs à une âme qui est dans le désir
TION
le dans n’abanla mer, t égal, volonté.
eu pour Le | urir sur rude à de beau- 18 allons bien des grandes lais, des ‘est rien, et je fais qu'aucune les soufes délices des pays es, et je es étaient suivre dra pour
à rade les ance, elle irieure de g ne semas le désir