PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
me trouvais debout, arrêtée devant la chapelle des RR. PP. Feuillants, qui venaient tout récemment de s'établir à Tours. Tout heureuse de pouvoir satisfaire sitôt le désir de confession qui me dévorait, je me hâtai d'entrer dans cette chapelle, Ce qui, en y entrant, frappa tout d'abord mes regards, ce fut un Père debout, au milieu de l’église, qui semblait m'attendre. Je l'abordai aussitôt, et, sous le coup de la plus vive émotion, je me mis à lui faire la confession de tous mes péchés à haute voix et avec une telle effusion de larmes, qu’il en demeura tout stupéfait et me laissa faire.
« Une dame survint, qui, s'étant mise à genoux devant le saint Sacrement, put entendre facilement tout ce que je disais; mais je n'eus garde de m'en inquiéter, ne songeant qu’à satisfaire par la confession de mes fautes la justice de Dieu que j'avais offensé.
« Après cette confession, ce bon Père demeura tout surpris de ce qu'il venait de voir et d'entendre, puis il me dit avec beaucoup de douceur : « Allez,
À « et venez me trouver demain à mon confessionnal. » Je me retirai aussitôt, sans remarquer qu'il ne m'avait point donné l’absolution. Mais le lendemain, de très bonne heure, je revins le trouver, cette fois au confessionnal, où, après avoir renouvelé l'accusation de mes fautes, l’absolution me fut donnée. Je continuai à m'adresser à ce bon Père pendant tout le semps qu'il est demeuré à Tours, parce que Dieu lui-même paraissait me l'avoir choisi par un concours de cir-
constances si extraordinaires. Il se nommait dom François de Saint-Bernard. Il fut le premier religieux à qui je me sois confessée.
« Après cette confession, je me sentis, en rentrant chez moi, comme changée en une autre créature, à ce point que je ne me reconnaissais plus moi-même. Toutes mes ignorances passées étaient dissipées, et bien des actions que j'avais considérées jusque-là comme justes et bonnes en elles-mêmes m'apparaissaient maintenant comme fautives.
« Ayant appris par une bonne personne pieuse qu'il fallait, avant de faire des pénitences extraordinaires, en demander la permission à son confesseur, j'exposai mon désir à cet égard au Père dom François de Saint-Bernard, qui me permit l'usage de la ceinture de crin et de la discipline. Il régla ensuite l’ordre de mes confessions et de mes communions. Il me permit de m'approcher de la table sainte les jours de fête, tous les dimanches et jeudis de chaque semaine pour cette première année. Il m'accorda, de plus, la permission de communier toutes les fois que je lui en exprimerais le désir!, »
Tels furent les premiers effets de la grâce de conversion et de purification, par laquelle cette âme d'élite fut introduite dans la voie sublime du mariage spirituel et divin auquel nous la verrons bientôt parvenir. Ce fut d'abord une illumination intérieure aussi vive que soudaine, qui lui fit connaître toutes ses
4 Claude Martin, Ire partie, ch. vur.