‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 22 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE III

fautes, leur nombre, leur caractère, et jusqu'à ses moindres imperfections. Elle vit en même temps le sang de son divin Rédempteur, témoignage éclatant de l'amour infini dont elle avait été l’objet : d'une part, le péché qui était son œuvre personnelle; de l’autre, le sacrifice complet de Jésus-Christ qui en a été l’expiation.

A cette vue, son cœur éclate en quelque sorte sous le poids de la plus vive émotion, Douleur et regrets, admiration et reconnaissance, tous ces sentiments se mêlent et se confondent dans son âme et y produisent les plus vifs transports d'amour, et cette profonde soif d’expiation et de sacrifices qu'elle ne pourra jamais satisfaire.

C'en est fait, elle ne vivra plus désormais ici-bas que pour aimer Dieu et s’immoler pour lui. Fortune, réputation, liaisons du sang et de l'amitié, repos et bien-être, tout va être impitoyablement sacrifié à ce Dieu jaloux d’être à ce point aimé. Il ne sera pas jusqu’à son fils lui-même, cet enfant à peine sorti du berceau, qui ne soit un jour livré et sacrifié lui aussi par cette mère, héritière de la foi d'Abraham et de la mère des Machabées.

Cependant, après l'avoir ainsi purifiée, Dieu l’appelle pour un peu de temps dans la solitude. I] veut entendre les doux gémissements de cette blanche colombe, dans le silence et la retraite, et parler amoureusement à son cœur.

Quand elle eut congédié tous ses serviteurs et servantes, notre généreuse amante de Jésus-Christ se

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retira dans la maison de son père, où elle demeura pendant une année entière, dans une solitude presque complète, seule avec le bien-aimé de son cœur. Elle s'était choisi, à l'étage supérieur de la maison, une chambre dont l'ouverture donnait sur une petite galerie, à l'extrémité de laquelle elle avait disposé un petit oratoire, dont elle seule avait l'accès, C'est là qu'elle passait de longues heures dans la prière et la douce conversation avec Dieu. A l'heure des repas, elle descendait chez son père pour les prendre avec lui; puis elle regagnait sa chère solitude, où elle était, ainsi qu'elle l’a dit elle-même, « comme la tourterelle dans son nid, »

Toutefois, le travail et surtout les œuvres de charité n'étaient point exclus de cette vie d'oraison et de recueillement. Elle savait quitter sa chère retraite quand le moment en était venu, pour aller se dévouer au soin des malades et au soulagement des malheureux et des aflligés. Elle avait fait disposer dans la maison un appartement où elle recevait des pauvres quelquefois tout couverts d'ulcères. Les plus misérables, ceux qui étaient atteints des plus affreuses maladies, avaient toujours ses préférences. Elle les traitait avec le plus grand honneur et respect, les considérant comme d’autres Jésus-Christ. Après les avoir fait asseoir dans un fauteuil, on la voyait se prosterner à leurs pieds, baiser leurs membres

endoloris, approcher même quelquefois ses lèvres de leurs plaies hideuse et en savourer en quelque sorte toute l'infection. Puis, après avoir pansé leurs

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