‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 211 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II

petite vérole, qui s'était déjà déclarée parmi les sauvages, se répandit avec une rapidité effrayante, tant dans l'habitation de Sillery qu'à l'hôpital que venaient d'établir temporairement dans cette localité les religieuses Hospitalières. Les Ursulines ne furent point épargnées. Leur jauvre petit couvent de la basse ville fut bientôt complètement envahi par la contagion. « Cette petite maison, dit la Mère Marie de l’Incarnation, fut changée en un hôpital par la maladie de la petite vérole qui se prit aux filles sauvages, qui l’eurent toutes jusqu'à trois fois, et dont quatre moururent. Nous nous attendions toutes de tomber malades, tant parce que cette maladie était une contagion, qu'à cause que nous étions jour et nuit à les assister, et que le peu de logement que nous avions nous obligeait d’être continuellement les unes avec les autres. Mais Notre- Seigneur nous assista si puissamment, qu'aucune ne fut incommodée. Comme nous n’avions pas encore de meubles, tous les lits étaient sur le plancher, en si grand nombre qu'il nous fallait passer incessamment par-dessus les malades, et, dans cette nécessité, la divine Majesté nous donnait un si grand courage, qu'aucune de nous n'avait de dégoût des maux et de la saleté des sauvages. Madame notre fondatrice même voulut tenir le premier rang dans ces pratiques de charité, et, quoiqu’elle fût délicate, elle s’employait avec un zèle merveilleux dans les offices les plus humbles et les plus rebutants !. »

1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 29, 30.

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Cette affreuse maladie ne disparut qu'au mois de février 1640. Les pauvres Mères commencèrent alors à respirer un peu; mais elles n'avaient plus de linge blanc ni de hardes dans la maison: les draps et les serviettes, les guimpes et les bandeaux, tout avait été employé à panser les malades, la plupart couverts d’ulcères dégoûtants. Ce ne fut qu’au mois de juin qu’à l’aide des effets apportés par les vaisseaux, elles purent se vêtir un peu plus convenablement. Ainsi s’immolaient, dans leur étroite maison, ces anges visibles du monastère.

Leur seule crainte, en cette circonstance pénible, était que l’appréhension de la maladie n'éloignât leurs séminaristes!. « Les sauvages qui ne sont pas chrétiens, écrivait en 1640 notre vénérée Mère à une dame de qualité dont on ne nous a pas conservé le nom, sont dans cette erreur, que c’est le baptême, l'instruction et la demeure parmi les Français qui sont cause de cette mortalité; ce qui nous faisait croire qu'on ne nous donnerait plus de filles, et qu'on retirerait celles que nous avions déjà. Mais la providence de Dieu y pourvut avec tant de bonté,

que les sauvages mêmes vinrent au-devant pour nous prier de prendre leurs filles; de sorte que si nous avions des vivres et des habits, nous pourrions en recevoir un très grand nombre, quoique nous soyons extrêmement pressées pour les bâtiments. Si Dieu touche le cœur de quelques âmes saintes pour

1 On entendait par « séminaristes » les élèves sauvages.

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