TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II
Pourrait-on se lasser d'entendre de tels récits ! Mais nous trouvons dans la Correspondance de la vénérée Mère de l’Incarnation des détails sur les premiers temps de la colonisation du Canada bien plus précieux et bien plus intéressants encore. Voici, entre autres choses, quelques portraits de ses premières élèves, dans une lettre écrite à une dame, à la date du 3 septembre 1640, un an à peine après son arrivée au Canada : « La première séminariste sauvage qu'on nous donna, appelée Marie Negabmat, était si accoutumée à courir dans les bois, qu'on perdait toute espérance de la retenir dans le séminaire. Le R. P. le Jeune, qui avait porté son père à nous la donner, envoya avec elles deux grandes filles sauvages chrétiennes qui demeurèrent quelque temps avec elle pour la fixer ; mais ce fut en vain, car elle s'enfuit quatre jours après dans les bois, ayant mis en pièces une robe que nous lui avions donnée. Son père, qui est un excellent chrétien, et qui vit comme un saint, lui commanda de revenir au séminaire, ce qu’elle fit. Elle n’y fut pas deux jours, qu’il y eut un changement admirable : elle ne semblait plus être elle-même, tant elle était portée à la prière et aux pratiques de la piété chrétienne; en sorte qu’aujourd’hui elle est l'exemple des filles de Québec, quoiqu’elles soient toutes très bien élevées, Sitôt qu’elle a fait une faute, elle vient en demander pardon à genoux, et elle fait les pénitences avec une douceur et une affabilité incroyables. En un mot, on ne peut la regarder sans être touché de dévotion,
DE TASEE
tant son visage marque d’innocence et de grâce intérieure.
« En même temps, on nous donna une grande fille, âgée de dix-sept ans, appelée Marie Amiskviam. Il ne se peut rien voir de plus souple, ni de plus innocent, ni encore de plus candide; car nous ne l'avons pas surprise une seule fois dans le mensonge, ce qui est une grande vertu dans les sauvages. Si ses compagnes l’accusent, elle ne s'excuse jamais. Elle est si ardente à prier Dieu, qu’il ne faut jamais l’avertir de le faire ; elle y porte même les autres, et il semble qu’elle est leur mère, tant elle a de charité pour elles. Elle a un grand esprit pour retenir ce qu'on lui enseigne, particulièrement des mystères de notre sainte foi ; ce qui nous fait espérer qu’elle fera un grand bien, quand elle sera retournée avec les sauvages. Elle est recherchée en mariage par un Français; mais on a dessein de la donner à un de sa nation, à cause de l'exemple qu’on espère qu’elle donnera aux sauvages. Oh ! si Dieu donnait la dévotion à quelques personnes de France d’aider à lui faire une petite maison! Elle ferait, sans doute, une œuvre d’un très grand mérite. Cette fille nous a beaucoup aidées dans l'étude de la langue, parce qu’elle parle bien français. Enfin elle gagne le cœur de tout le monde par sa grande douceur et par ses belles qualités.
« Votre filleule, Marie-Madeleine Abatenau, nous fut donnée toute couverte de petite vérole et n'ayant encore que six ans. À cet âge elle seule avait servi,
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