‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 217 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II

dans la maladie dont ils moururent, son père et sa mère avec tant d'adresse, qu'elle était l’admiration de ceux qui la voyaient. Il ne se peut voir un enfant plus obéissante : elle prévient même l’obéissance, car elle a l'adresse de se placer dans les lieux où elle prévoit qu'on pourra l'employer, et elle fait si bien ce qu’on lui commande, et de si bonne grâce, qu'on la prendrait pour une fille de qualité; aussi estelle votre filleule, je dirais volontiers votre fille en Jésus-Christ. J’ajouterai, pour votre consolation, qu’elle sait par cœur son catéchisme et les prières chrétiennes, qu’elle récite avec une dévotion capable d'en donner à ceux qui la voient.

« Marie-Ursule Gamitien, filleule de M'° de Chevreuse, n'est âgée que de cinq à six ans ; toute petite qu’elle est, elle ne nous donne pas de peine à lui faire faire son devoir de chrétienne, car elle n’est pas plus tôt éveillée, qu’elle se met d'elle-même en devoir de prier Dieu ; elle dit son chapelet pendant la messe, et chante des cantiques en sa langue sauvage.

« Agnès Chabdikuchich nous fut donnée en même temps. Le nom d’Agnès lui convient très bien, car c'est un agneau en douceur et en simplicité. Quelque temps avant que d’entrer au séminaire, elle rencontra le R. P. de Quen dans le bois où elle coupait sa provision; elle ne l’eut pas plus tôt aperçu, qu'elle

jeta sa hache à l'écart, et lui dit: « Enseigne-moi. » Elle fit cette action de si bonne grâce, qu'il en fut sensiblement touché, et, pour satisfaire sa ferveur,

il la mena au séminaire avec une de ses compagnes, où elles se rendirent en peu de temps capables du saint baptême. Elle a fait de très grands progrès auprès de nous, tant dans la connaissance des mystères que dans les bonnes mœurs, dans les ouvrages manuels, à lire, à jouer de la viole, et en mille autres petites adresses. Elle n’a que douze ans, et a fait sa première communion à Pâques, avec trois de ses compagnes.

« Nicole Assepanse nous fut donnée le même jour, âgée de sept ans. Ses parents, qui sont les plus considérables d’entre les sauvages, nous prièrent de la recevoir pour un temps, parce qu'elle ne pouvait les suivre à la chasse. Cette fille a l'esprit si ouvert, qu’elle est capable d'instruction comme une fille de vingt ans. Elle n'avait été que cinq mois au séminaire, et déjà elle savait rendre compte des principaux points de notre foi, sachant parfaitement le catéchisme et les exercices du chrétien. Lorsque sa mère vint la chercher au retour de la chasse, la petite fille lui faisait faire les prières ; j'admirais la simplicité de la mère, qui n’était pas encore baptisée, de recevoir l'instruction de sa fille avec tant d’ardeur et de docilité. Ravie d’aise de l'entendre prier Dieu, elle lui disait : « Ma fille, tu nous instruiras, ton « père et moi; si tu voulais demeurer encore au sémi- « naire, où tu es tant aimée, tu deviendrais encore « bien plus capable de le faire. » Cette fille néanmoins ne put quitter sa mère, qui n’a pas d’autre enfant; mais elle lui disait: « Encore que je m'en veuille

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