‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 218 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE Il

« aller, ce n’est pas que je manque d’aucune chose; « je mange tout que je veux, les vierges me donnent « de beaux habits, et elles m'aiment beaucoup; mais « je ne puis vous quitter. » Ainsi on la retira pour l'emmener dans les cabanes, où elle est admirée de tous les sauvages.

« Je serais trop longue de vous parler séparément de toutes; mais je vous dirai, en général, que ces enfants nous aiment plus que leurs parents, ne témoignant aucun désir de les suivre, ce qui est fort extraordinaire chez les sauvages. Elles se forment sur nous autant que leur âge et leur condition le peuvent permettre. Lorsque nous faisions nos exercices spirituels, elles gardaient un continuel silence, elles n'osaient pas même lever les yeux ni nous regarder, pensant que cela nous interrompait. Mais aussi, quand nous les eûmes finis, on ne peut exprimer les caresses qu’elles nous firent, ce qu’elles ne font jamais à leurs mères naturelles. Quatre communièrent à Pâques; elles firent cette action avec tant de pureté, que la moindre ombre de péché leur faisait peur, et avec tant d’ardeur et de désir de s’unir à Notre-Seigneur, que, dans l’attente de le recevoir, elles s’écriaient : « Oh! quand sera-ce « que Jésus nous viendra baiser au cœur ? » Le R. P. Pijart, qui les avait baptisées et instruites pour la communion, les voyant se comporter avec une modestie tout angélique, ne put retenir ses larmes. Nous en avons dix-huit, sans parler des femmes sauvages, qui ont permission d’entrer au

lieu destiné à l'instruction des Françaises et des sauvages, où elles ne manquent pas de se trouver.»

Tels sont les touchants détails que not nérée Mère nous a laissés sur ses premières élèves sauvages, mais il ne sera pas inutile de lui emnrunter encore quelques renseignements non moins touchants sur les mœurs, les coutumes de leurs parents, et sur la nature du pays lui-même. Voici à cet égard ce que nous lisons dans une de ses lettres :

« Ils sont habillés l'été et l'hiver. L'été, ils ont une peau d'orignac, grande comme celle d’un bœuf, carrée comme une couverture, qu'ils mettent sur leurs épaules. Ils l’attachent avec une conrroie, en sorte que leurs bras sortent tout nus ; il nt que cela avec le brayer, ayant les pieds et ia . ce nus. Chez eux, à la campagne et quand ils se battent avec leurs ennemis, ils sont nus comme la main et n’ont que le brayer, qui les couvre assez modestement. Ils ont la peau minime à cause du soleil, et des graisses dont ils s’oignent par tout le corps. Ils ont pour la plupart le visage tatoué avec des raies rouges et bleues. L'hiver, ils on‘ pour robes des couvertures de lits accommodées comme celles dont je viens de parler, excepté qu’elles ont des manches de même. Ils ont des chausses de cuir ou des couvertures usées qui leur vont jusqu’à la ceinture, Ils ont là-dessus une veste de castor avec son poil en guise de manteau. Ceux qui se couvrent la tête, traitent pour des bonnets de nuit rouges au magasin. Ils ont aussi des capotes ou des tapaborts. Voilà

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