PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV
tions et recherchaient les abaissements comme une chose très précieuse. Mon âme s’y attachait même jusqu'au point de craindre qu'on eût pitié de moi et qu'on m’enlevât les occasions de les pratiquer. Durant les trois ou quatre premières années que je passai dans la maison de mon beau-frère, je m’appliquai, sous l'influence de la grâce, à cacher tous mes dons naturels et mes aptitudes pour certaines affaires plus importantes, afin de demeurer cachée comme une pauvre et ignoranie créature, capable tout au plus d’être la servante des serviteurs de la maison. Et, en effet, je remplissais dès lors tous les offices des derniers domestiques , choisissant de préférence ce qu'il y avait de plus abject et de plus humiliant dans le service. Et Dieu permettait même, dans sa bonté, que l’on me traitât souvent avec un certain air de hauteur et de mépris, comme la dernière des servantes!, »
Tout cela est très exact; il n'était pas jusqu'aux valets qui ne la traitassent avec mépris et insolence. Abusant de sa bonté, de sa patience, de son humilité, ils avaient fini par prendre sur elle un empire absolu. Mais, loin de la rebuter, une telle conduite ne faisait au contraire que lui faire chérir davantage sa condition. Car elle n’estimait et n’appréciait rien davantage que de subir en silence les humiliations et les mépris par amour pour Jésus-Christ, humilié et méprisé pour nous.
1 Claude Martin, relation, liv. Ier, ch. x, p. 41.
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Non contente même de ces humiliations, l’austère émule des saints recherchait encore la souffrance. Elle a raconté qu’elle éprouvait de grandes incommodités à faire la cuisine. Aussi s'attacha-t-elle d'abord à cet emploi, qui lui procurait l’occasion de souffrir pour Dieu. Quand les serviteurs de la maison étaient malades, elle se chargeait ellemême de les soigner, et ne craignait pas de condescendre dans sa charité à leur prodiguer les soins les plus humiliants et les plus pénibles. « Il m'’arrivait quelquefois, dit-elle, d'avoir cinq ou six de ces serviteurs malades à soigner; mais je n'aurais pas voulu partager avec d’autres personnes les soins que je leur donnais!. »
Tels étaient les sentiments de foi et de charité qui la dirigeaient dans toutes ses actions, qu’elle voyait constamment Dieu derrière le voile des créatures, ’ et qu'elle eût souhaité se consumer au service de ce
Dieu d'amour dans la personne du prochain. Mais, plus elle s’abaissait ainsi, en s’élevant au-dessus de toutes les répugnances de la nature, plus elle se sentait heureuse, car son union intérieure avec Dieu augmentait dans la mesure même des sacrifices qu’elle s’imposait pour lui. Elle en vint même jusqu’à trouver une telle joie intérieure et surnaturelle dans la pénitence, qu’elle se demandait quelquefois n si les sacrifices de toutes sortes qu’elle s’imposait tous dé les jours n'étaient point pour elle une occasion de