‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 27 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV

recherche et de satisfactions naturelles. Qui n’admirerait ici un tel triomphe de la grâce sur la nature. dans cette âme d'élite, qui n’est cependant ercore qu'au début de sa carrière!

« J’aimais ardemment, dit-elle, mon beau-frère et ma sœur; j'avais pour eux un très vif sentiment de reconnaissance de ce qu'ils me laissaient faire tous les offices de la plus humble servante dans leur maison; car je considérais comme un grand bienfait de leur part qu'ils daignassent supporter chez eux une personne aussi inutile‘. » Cependant celle qui s’humiliait ainsi et avait de tels sentiments d’ellemême était comme l'âme de tout le grand commerce de son beau-frère et de sa sœur. Rien n’échappait à sa vigilance et à son action. « Je passais, dit-elle, yresque toutes les journées dans une vaste remise qui servait de magasin, et quelquefois il était déjà minuit lorsque j'étais encore au port occupée à faire charger ou décharger des marchandises. Je me trouvais presque constamment au milieu des portefaix et des charretiers, et même des cinquante ou soixante chevaux de mon beau-frère, dont il m'’arrivait souvent de prendre soin moi-même #. »

Comment nous étonner, après de tels aveux, qu’elle ait eppelé le temps qu'elle a passé dans la maison de sa sœur « son noviciat » pour les missions du Canada? N'y faisait-elle pas, en effet, un

4 Claude Martin, addition au ch. x, Ire partie, p. 43. % Claude Martin, addition au ch. xmi de la Ire partie, p. 55.

généreux apprentissage des durs travaux de la grande vie apostolique qu'elle devait mener un jour dans le nouveau monde?

Mais, tandis que l'infatigable servante de Dieu s’efforçait tous les jours de s’humilier et de se dévouer pour l'hôte divin qui depuis longtemps régnait dans son cœur, celui-ci se plaisait de son côté à lui prodiguer de plus en plus ses lumières, ses consolations et ses ineffables caresses dans le silence de l'oraison. Laissons-la parler elle-même :

« Notre-Seigneur, voulant me donner un gage de sa volonté formelle par rapport à mon nouveau genre de vie, daigna me conférer un nouveau don d’oraison. Ce fut une union intime avec lui dans chacun des mystères de sa vie nouvelle, depuis sa naissance jasqu’à sa mort. Il me fut donné de connaître par là, avec expérience, combien il est vrai que Notre- Seigneur est la voie, la vérité et la vie, ainsi qu'il l’a dit lui-même. Ce divin Sauveur devint dès lors et de plus en plus ma vie et mon aliment, selon cette parole du saint Évangile : Je suis la porte; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et sortira, et trouvera les pâturages. (S. Jean, x, 9.) J'entrais, en effet, en Lui, par la considération de ses divins mystères, qui étaient pour moi comme de délicieux et gras pâturages, et j'en sortais en quelque sorte par le travail extérieur; mais je ne tardais pas à y rentrer encore par un redoublement de ferveur et d'amour. Je ne pouvais me passer un moment de cette. nourriture céleste de mon divin pasteur, qui

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