PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE 1V
agissait sans cesse en moi par une communication continuelle de son esprit et de sa vie!, »
Il y eut cependant un petit moment d'arrêt dans les progrès dans l'oraison de l’ardente servante de Dieu. Un excellent livre de spiritualité tomba un jour entre ses mains. Le pieux auteur y traçait des règles d’oraison selon la grande et admirable méthode formulée par saint Ignace de Loyola, qui consiste, on le sait, en préparation éloignée et préparation prochaine, préludes, divisions, points, discussions du sujet, contemplations, colloques, et enfin résolutions. Cette âme aussi intrépide que généreuse se mit aussitôt à la suivre avec d'autant plus de fidélité et d'ardeur, que l’auteur qui en recommandait l'usage ne craignait pas d'ajouter que les personnes qui ne voudraient point s’astreindre à la suivre de point en point, s’exposeraient à tomber dans les pièges du démon. Elle renonça donc à cette oraison de simple vue, à laquelle elle avait été élevée déjà, pour se mettre à discourir sur les sujets, à la manière des personnes qui commencent et selon la méthode ordinaire. Les résultats de ce changement ne se firent pas attendre?.
1 Claude Martin, relation, ch. 1x, Ire partie, p. 37-38.
? À Dieu ne plaise que nous paraissions jeter ici indirectement un blâme sur une méthode d'oraison vraiment inspirée du ciel, qui a été consacrée par une expérience plus de trois fois séculaire, et qui a contribué si puissamment à la sanctification d'un si grand nombre d'âmes! Mais on voudra bien reconnaître qu'il est des états d'oraison extraordinaire où elle devient inutile, sinon quelquefois dangereuse. C'est dans ces états d'oraison que s'est trouvée
Heureusement, l'épreuve fut courte; car Dieu vint à son secours en lui envoyant le directeur spirituel qu'il lui avait préparé depuis longtemps. C'était le R. P. dom Raymond de Saint - Bernard, de l’ordre des Feuillants. Ce saint religieux venait d’être envoyé à Tours en remplacement du R. P. dom François, qui avait reçu toutes les confessions de notre Mère depuis cette grande vision du sang que nous avons rapportée plus haut.
Toutefois, avant de quitter Tours, ce bon religieux fut encore appelé à lui donner ses sages conseils en une affaire très importante, Nous avons vu qu'après la mort de son mari, M"° Martin avait été recherchée par plusieurs partis très avantageux. Or, malgré tous les efforts qu'elle avait faits pour se soustraire à leurs sollicitations, elle n'avait pu encore complètement y réussir. C’est en vain qu'elle avait adopté l'usage d'un vêtement qui témoignait hautement de son désir de renoncer au monde, et qu'elle avait brisé peu à peu la plupart de ses relations. Rien n'avait pu encore la mettre à l'abri de ces recherches pressantes. L'heure était cependant venue où la Providence voulait enfin établir une barrière infranchissable entre les prétentions du | monde à son égard, et son cœur entièrement con- | | sacré et voué à Jésus. Elle se servit pour cela du beau livre de l'Introduction à la vie dévote, de saint 1
notre vénérable Mère Marie de l'Incarnation, presque dès l'origine de ses communications intérieures avec Dieu.