PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE 1V
François de Sales, dont la lecture lui inspira le vif désir de faire à Dieu le vœu de chasteté perpétuelle. Elle s’en ouvrit au Père dom François, qui, après l'avoir éprouvée de diverses manières, non seulement lui permit de faire ce vœu, mais encore lui en indiqua une formule nette et précise. Ce fut le dernier acte qu'elle accomplit sous la direction de ce bon Père. Ce vœu fut comme le sceau extérieur et authentique de sa rupture définitive avec le monde. Notre jeune veuve n'était encore âgée que de vingt et un ans.
Le R. P. dom Raymond de Saint-Bernard était un fervent religieux, très versé dans la spiritualité, et ayant déjà acquis beaucoup d'expérience dans la conduite des âmes. Après avoir longuement interrogé sa nouvelle pénitente sur l'ensemble et les détails de ses habitudes, il lui donna un règlement de vie complet, lui défendit de suivre dans ses oraisons la méthode sainte et excellente, sans doute, mais non appropriée à ses états d'union extraordinaire avec Dieu, qu'elle avait adoptée récemment, et lui ordonna de s’abandonner désormais aux inspirations et impulsions intérieures de l'Esprit-Saint, qui s'était plu jusque-là à diriger son âme. Il lui recommanda en même temps de lui rendre à lui-même un compte très exact de tout ce qu'elle éprouverait intérieurement, chose qu’elle n’omit jamais de faire depuis lors.
Grâce à ces sages conseils, l'âme de la future épouse de Jésus-Christ reprit bientôt son vol avec
un nouvel élan vers les plus hauts sommets de la contemplation. « Dès que je me mettais à genoux devant mon crucifix, nous dit-elle, mon esprit et mon cœur étaient tout transportés, et je ne pouvais que dire et répéter à mon doux Sauveur : C'est l'amour qui vous a réduit en état. Si vous n'étiez pas amour, vous n'auriez pas souffert de la sorte. Et toujours sous l'impression si forte que je recevais, je ne pouvais que dire et répéter : Non, si vous n'étiez pas amour, vous n'auriez pas fait de si grandes choses pour mon amour. J'éprouvais alors un battement de cœur si étrange, que j'en étais comme anéantie. Je soupirais sans cesse vers la possession de l'esprit de Jésus. Rien ne paraissait aussi beau, aussi bon et désirable que cet esprit d'amour. Je m’élançais à sa poursuite en disant avec l'épouse des Cantiques : Aflirez-moi à votre suite; nous courons à l'odeur de vos parfums". »
Avec le don de l'oraison, Dieu se plaisait à lui communiquer et à lui faire sentir à tout instant les charmes de sa divine présence. « Cette grâce était pour moi un grand soutien, nous dit-elle, car elle établissait un entretien continuel entre Notre-Seigneur et son indigne servante. Mais, bien que je considérasse en ce divin Sauveur l'humanité unie à la divinité, mon imagination n'y avait aucune part. L'entendement et la volonté étaient seuls affectés par cette divine présence d’une manière
1 Claude Martin, [re partie, ch. x, p. 40-41.