PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV
d'affection très sincère !. » Il y a ici sans doute, une allusion à la situation qui lui était faite dans la maison de sa sœur. Mais ce qui nous montre l’exquise jalousie de Dieu à l'égard de la pureté de cette âme, c’est ce qu'elle ajoute : « S'il m'arrivait de commettre en cela quelque imperfection, j'en étais aussitôt reprise intérieurement. ‘Un jour, entre autres, où j'avais écouté un instant la nature, j'entendis au fond de mon cœur, d’une manière très distincte, ces paroles : « Si tu avais une belle perle ou une pierre précieuse et que l’on vint à la souiller dans un bourbier, serais-tu contente ? » À ces mots, je me sentis comme plongée dans un abime de confusion devant Dieu. Je me sentis en même temps saisie d’une si grande haine de moi-même, que je ne voyais rien au monde d'aussi méprisable et digne de rebut que moi... C’est là ce qui me portait à faire chaque jour des actions de plus en plus humiliantes et de nature à me couvrir de confusion?. »
A ces humiliations volontaires dont elle nous a fait plus haut le récit, la généreuse amante de Jésus unissait les plus rigoureuses austérités. Elle eût voulu, selon ses propres expressions, « passer par les flammes » pour se purifier de ses fautes, et se rendre moins indigne des faveurs dont elle était l'objet. Elle châtiait impitoyablement son corps, le chargeant de haire, de cilices, de lourdes chaînes.
1 Dom Claude Martin, relalion, [re partie, ch. x11, p. 47. ? Jd., ibid.
Sa couche n'était autre chose que quelques planches sur lesquelles elle prenait son repos, sans autres draps qu'un cilice. Non contente de cela, elle prenait des disciplines sévères, accompagnées quelquefois d'une grande effusion de sang. Elle ne donnait à son pauvre corps, en fait de sommeil ou de nourriture, que le strict nécessaire pour ne pas le laisser mourir. I1 lui arrivait même quelquefois d'aller, pendant le jour, respirer l'horrible infection des cadavres, comme d'autres seraient allés savourer de délicieux parfums ; ou bien elle demandait à quelque personne, confidente secrète de son attrait pour la pénitence, de la battre rudement. Tel était d’ailleurs le besoin irrésistible d'immolation et de sacrifices qui s'était emparé de son cœur, qu'elle ne pouvait se résigner à s’accorder à elle-même la plus légère jouissance. Dès qu’elle éprouvait quelque plaisir naturel quelque part, elle se hâtait de fuir aussitôt.
Cependant, malgré ses ardeurs pour le sacrifice, l'Esprit divin qui la préparait intérieurement aux noces divines ne la trouvait pas encore assez pure à son gré. Il lui inspira un jour la pensée d’aller renouveler à son confesseur l'accusation de toutes ses fautes et imperfections, et de rendre ensuite public cet aveu. Ces fautes étaient certes bien légères en elles-mêmes, mais elles lui apparaissaient comme d’épouvantables crimes.
Elle vint donc trouver son confesseur et, après avoir fait sa confession, le supplia de vouloir bien recevoir le papier qu'elle tenait entre les mains,
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