‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 33 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV

sur lequel était écrit le récit de ses fautes, suivi de sa signature, le priant d'aller lui-même l'afficher à la porte de l'église. Tout cela était accompagné de tant de larmes, d’une telle contrition, que son confesseur, vivement ému, lui laissa croire qu'il allait la satisfaire.

Comme l'or qui passe par le creuset se dépouille de tout alliage, de même la future épouse de Jésus- Christ, en passant par le feu des tentations, des humiliations et des souffrances, devenait chaque jour de plus en plus agréable aux yeux du divin Époux.

L'heure des fiançailles divines ne pouvait être éloignée maintenant. Il eût été facile de le comprendre aux élans de son cœur, aux irrésistibles attraits qui la tourmentaient sans cesse. « Mon âme, disait-elle, ne cessait de se porter vers Dieu d’une manière constante et toute spirituelle. J'étais tourmentée du désir de le posséder d’une manière nouvelle que j'ignorais encore et n'aurais pu définir. Je le voyais dans toutes les créatures; je comprenais pour quelles fins elles avaient été créées, et cette connaissance était si spirituelle, elle était en mon esprit comme un rayon de contemplation si épurée de la matière, que ces créatures ne me causaient aucune distraction. J'avais comme une connaissance infuse de la nature des êtres créés. J'en parlais quelquefois aux personnes qui m'environnaient, avec une grande simplicité. Je m'adressais aussi à la suprême majesté de Dieu, et je lui disais cette parole de nos saints livres : « Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir toute

nom changing és rte

re

MA ET Pen

Je

nr Et

gloire et tout honneur, car vous avez tout créé, et c'est par votre volonté que tous les êtres subsistent !. » Mon âme se fondait alors en actions de grâces, et, bien qu’elle s’estimât basse et vile aux yeux de Dieu, elle se sentait néanmoins attirée vers lui par je ne sais quel attrait puissant, et comme à un titre nouveau, dont j'avais au fond de l'âme un mystérieux pressentiment?. »

Ce titre nouveau ne tarda pas à lui être révélé. Un jour, pendant un de ces entretiens amoureux avec le divin Sauveur, elle se sentit tout à coup plus vivement émue que de coutume, et elle entendit très distinctemnt ces paroles: « Je t’épouscrai dans la « Foi, je t'épouserai pour toujours. »

À partir de ce moment, son oraison déjà si élevée prit un caractère tout nouveau. « Jusque-là, nous dit-elle, j'avais senti l'esprit de Dieu s’insinuer dans mon âme pendant l’oraison avec une grande douceur, mais maintenant il n’en était plus ainsi. Dès que je me disposais à faire oraison, il me fallait aussitôt me retirer en un lieu caché, m’asseoir ou m'appuyer, car sans cela je serais tombé par terre. Je me sentais attirée vers Dieu avec une telle puissance et si subitement, que je n'avais plus le loisir de faire un seul acte ni intérieur ni extérieur. Il me semblait être tout abîmée en Dieu, qui m'ôtait tout pouvoir d'agir. C’est là une souffrance d'amour qu'il faut supporter patiemment, et à laquelle il est impossible de se

1 Apoc., 1v, 11.

2 Dom Claude Martin, Ire partie, ch. x11, p. 47.

Page 1