‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 34 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV

soustraire. C'est comme une véritable pâmoison sur l’objet aimé, une défaillance d'amour toute silencieuse. Je sortais de cet état, après une heure ou deux, dans une paix profonde et une grande douceur d'esprit, tout étonnée de me retrouver dans mon entretien ordinaire avec le divin Sauveur, et mon intime familiarité avec lui.

« Quant à mon corps, il sortait de cette oraison plus affaibli qu'il ne l'aurait été par les plus effrayantes austérités, mais, néanmoins, toujours capable de vaquer à mes occupations ordinaires. Je me sentais portée vivement à la pratique des vertus, et j'y courais en quelque sorte avec ardeur. Et de tout cela résultait pour moi une union plus intime avec le Verbe incarné. Je n'avais plus le pouvoir de faire des prières vocales. Si j'essayais de réciter mon chapelet, mon esprit était aussitôt ravi, et je ne pouvais plus proférer une seule parole. Il en était de même pour l'office. Quelquefois cependant le sens caché des psaumes m'était communiqué tout à coup avec une onction indicible, et je pouvais alors les réciter.

« Pour la lecture, mon confesseur m'avait mis entre les mains les œuvres de sainte Thérèse. J'y trouvais quelquefois du soulagement ; mais quelquefois aussi il m'était impossible de lire, à cause du grand recueillement intérieur dont je viens de parler! »

Toutefois rien ne trahissait au dehors les mer-

1 Dom Claude Martin, addilion, ch. x, Ire partie, p. 50-51.

veilles divines qui s’accomplissaient dans l’âme de lu fidèle servante de Dieu. La seule chose qu'on eût pu remarquer, c'était comme de petits bonds qu'elle faisait quelquefois en marchant, tant son ardeur et son activité étaient grandes.

Ce fut vers cette époque qu'elle commença à

donner à son bien-aimé Jésus le nom d'Amour, qu'elle n’a cessé de lui donner depuis, et voici à

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quelle occasion. Un jour, tandis qu'elle parlait Notre-Seigneur dans l'oraison, avec de grands sentiments de respect et d'humilité, l'appelant son Dieu, son grand Dieu, ce divin Maitre lui dit avec une grande douceur : « Tu m'appelles ton grand Dieu, « ton maitre, ton seigneur, et tu dis bien, car je le « suis; mais je suis aussi charité, l'amour est mon « nom, et c’est ainsi que je veux que tu m'appelles « désormais, Les hommes me donnent bien des noms € mais il n'y en a point qui me aise davantage, et « qui exprime mieux que celui-là ce que je suis à « leur égard. »

Depuis ce jour, cet aimable nom demeura tellement gravé dans son cœur que, quand elle parlait à Notre-Seigneur ou lorsqu'elle parlait de lui, elle ne l’appelait plus que son Amour, son doux Amour, son cher Amour, son grand Amour, son très pur et très chaste Amour.

« Non, mon chaste Amour, lui disait-elle, dans ces jours d'attente et de désirs; non, je ne vous veux point en partie, je vous veux tout entier. Si c'est ma vie qui retarde votre arrivée, faites-moi

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