‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 37 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V

époux, cet attrait était devenu bien plus puissant, Elle en avait souvent parlé à son directeur, qui lui avait toujours dit que Dieu ne manquerait pas, quand le moment serait venu, de satisfaire de si saints désirs. « Dieu me montrait peu à peu, dit-elle, les trésors infinis cachés dans les conseils du saint Évangile, entendus et suivis par les âmes qu'il a choisies lui-même; mais surtout ceux qui sont renfermés dans les trois vertus éminentes de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, dont la vie de notre divin Sauveur nous offre le parfait modèle!, »

Elle eût donné volontiers sa vie et même un million de vies pour posséder dans toute sa perfection cette pauvreté d'esprit qui constituait, à ses yeux, la vraie richesse, et auprès de laquelle tous les royaumes de la terre ne lui paraissaient être qu’un pur néant. « Ah! mon Dieu, ajoutait-elle, il est inutile d'essayer ici de parler, et même de concevoir ce que Dieu daignait me révéler, touchant la beauté et le mérite de cette glorieuse vertu de pauvreté d'esprit et des deux autres vertus de chasteté et d’obéissance, qui lui sont unies comme les anneaux d'une même chaîne. Les vœux de l'état religieux sont, sans doute, admirables, car ils servent à fixer une âme dans la pratique de ces belles vertus. Mais la véritable pauvreté d'esprit est un don rare et infiniment précieux, que Dieu n'accorde pas à toutes les âmes qui sont engagées dans la vie religieuse, mais seulement à

1 Dom Claude Martin, relation, [re partie, ch. x1v, p. 58.

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celles qui lui sont particulièrement chères, et qui forment ici-bas la plus noble partie de son royaume spirituel, On verra plus loin, s’il plaît à Dieu de me faire la grâce d'achever la relation de ma vie, que j'ai entreprise par obéissance aux ordres de mon directeur, ce qui se passe entre Dieu et l'âme qui est appelée à cette pauvreté d'esprit éminente et substantielle. Lorsque je considérais, à la lumière intérieure qui m'était donnée, ces précieux trésors, je me demandais à moi-même comment je pourrais jamais arriver à la possession de ces immenses richesses. Et cependant je sentais au fond de mon cœur que je devais me les approprier, sous peine de mécontenter le divin et royal époux qui m'était promis.

« Pour essayer d'arriver à ce but, je me sentis portée à faire le vœu de pauvreté et celui d’obéissance, comme j'avais déjà fait celui de chasteté, Mon directeur, après un examen sérieux et approfondi, daigna me le permettre; mais Dieu seul a pu me donner la grâce nécessaire pour les prononcer et y demeurer fidèle. Il est impossible, en effet, à la créature de faire un seul pas par elle-même, dans une affaire de cette importance: elle est obligée de se borner à donner son consentement et sa coopération à l’action intérieure de Dieu, s’abandonnant sans réserve à la divine Majesté. C’est ainsi que l’action divine et l'action humaine se combinent dans l'acte de vertu, Dieu respectant la liberté de l’homme, tout en le sollicitant au bien et lui offrant les moyens surnatu-

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