‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 4 sur 258 · APPROBATION XI · texte numérisé non relu

APPROBATION XI

bonheur de converser avec elle et de voir l'exemple de ses vertus en ont été parfaitement édifiés.

« Donné à Québec, le douzième novembre mil six cent soixante et dix-sept.

« + FRANÇOIS, évÊQUuE DE QUÉBEC. »

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L'illustre fondatrice et première supérieure du monastère des Ursulines de Québec, dont nous publions l’histoire, a été appelée par ses contemporains, d’après le témoignage approbatif de Bossuet, « la Thérèse de son temps et du nouveau monde. » Cet éloge suflit à sa gloire; car, sur les lèvres d'un tel jage, il ne saurait être immérité. Il a été pleinement ratifié d'ailleurs, depuis deux siècles, par tous les théologiens et auteurs mystiques auxquels il a été donné de connaître la vie et les œuvres de cette vénérable Mère. Pour n'en citer ici qu’un exemple, M. l'abbé Émery, d'illustre mémoire, a déclaré qu'il la regardait comme « une sainte » (ce sont ses propres paroles), et qu'il la mettait « dans son estime à côté de sainte Thérèse ». Il écrivait,

en 1800, à M#J.-0. Plessis, évêque de Québec,

1 Les Élals d'oraison, liv. IX.

que dans une de ses retraites, « la vie de la vénérable Marie de l’Incarnation, ses lettres et ses méditalions, avaient seules fourni la matière de ses oraisons et de ses lectures. »

Cependant, malgré l'étendue d'un tel mérite, cette glorieuse émule de sainte Thérèse est encore presque inconnue parmi nous. D'où est venue cette sorte d’oubli séculaire à l'égard d’une des plus grandes âmes qui aient jamais honoré l'Eglise et la France? Sans doute, des vieilles rancunes du jansénisme, qui fut trop longtemps, au xvin° siècle, arbitre souverain en matière de spiritualité, et dont notre Mère avait repoussé si fort les avances, et condamné les doctrines par ses écrits, non moins que par ses exemples. Mais il y a peut-être aussi à cela une autre cause qui se trouve dans un sentiment excessif d’humilité et de réserve, qui a porté trop longtemps, à notre avis, les filles de sainte Angèle à garder précieusement dans le secret de leurs cloîtres les trésors d’une vie si sainte et si édifiante.

Ce n’est pas, sans doute, que quelques efforts louables n'aient été faits dans ces derniers temps, pour la tirer de l'oubli. M. l'abbé Richaudeau, aumônier des Ursulines de Blois, a publié,

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en 1873, une nouvelle Vie de la Révérende Mère Marie de l’Incarnation. Quelques années auparavant, un jeune écrivain canadien plein de talent, M. l'abbé Casgrain, avait donné lui aussi à sa patrie une /listoire de cette Mère vénérée, qui renferme de nombreux et précieux détails sur son apostolat dans le nouveau monde. Mais, de ces deux ouvrages, le premier n’a guère été lu au dehors des monastères des Ursulines: le second n’a pas franchi, sauf quelques exemplaires fort peu connus, la vaste étendue de l'Océan. Du reste, quelle qu’en soit la valeur historique ou littéraire, leurs auteurs ont eu le tort, à notre avis, de paraître avoir oublié que la vraie Vie de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation existe depuis deux siècles, et qu'il n’appartient à personne de l’entreprendre à nouveau, après le « vénérable et savant ! ») religieux qui l’a écrite; car c'est à lui, et à lui seul, qu'était réservée, ce nous semble, la délicate mission d’être l’historien de cette Mère vénérée.

Souvent Dieu, en effet, après s'être plu à confondre tous les conseils de la sagesse et de la prudence humaines, tient aussi à justifier dès

1 Bossuet , les Élals d’oraison, liv. IX.

ici-bas, devant les hommes, les voies toujours admirables de sa Providence. Alors le monde, qui les avait témérairement condamnées, est obligé de reconnaître son erreur et de confesser publiquement, selon la parole du psalmiste, que les « jugements de Dieu sont véritables et qu'ils portent en eux-mêmes leur pleine justification » : Judicia Domini vera, justificala in semetipsa.

C’est ce qui est arrivé à l'occasion de la vocation tout extraordinaire de la vénérable Mère Marie de l’Incarnation. Mariée, malgré ses désirs, dès l’âge de dix-neuf ans, et devenue veuve deux ans après, elle avait, à la mort de son époux, un fils unique qu'elle éleva dans la crainte et l'amour du Seigneur jusqu’à l’âge de douze ans. Or, à cette époque, Dieu, l'ayant appelée à la vie religieuse, lui ordonna par cela même d'abandonner ce fils dans le monde, après lui avoir fait, toutefois, la promesse de veiller sur lui et de le protéger particulièrement. Ce grand sacrifice fut accompli le 25 janvier 1631, et l'enfant laissé aux soins d’une tante qui s'était chargée de son entretien.

Il est bien peu d’âmes, dans toute la suite des siècles chrétiens, que la charité divine ait élevées si haut au-dessus des inclinations les plus pro-

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fondes et les plus légitimes de Ja nature; et on peut déjà mesurer à la grandeur de ce sacrifice le nombre et l'étendue des grâces dont il a plu à Dieu de le récompenser.

Durant les premiers mois qui suivirent cette séparation, on pouvait voir errer quelquefois; le soir ou le matin, avant la rentrée ou après la sortie des écoles, autour du monastère des Ursulines de Tours, un jeune enfant, au regard abattu et triste, au teint pâle, à la démarche languissante et incertaine, dont les yeux se portaient tour à tour vers toutes les fenêtres et portes du couvent. C'était le petit orphelin qui venait chercher sa mère.

Comme le monastère était encore en construclion à cette époque, il arrivait quelquefois que la porte s’entr'ouvrait pour laisser passer les ouvriers. Profitant de cette occasion, le jeune enfant se glissait à leur suite dans l’intérieur du couvent. On le voyait alors apparaître tout à coup dans les jardins, les corridors, qu'il faisait retenür de ses gémissements. Quelquefois même il pénétrait jusque dans les salles où la communauté était réunie pour quelque, exercice , et

aussitôt ce cri s’échappait de ses lèvres : « Ren-

dez-moi ma mère! Rendez-moi ma mère! »

Mais où était-elle donc cette mère capable de résister à un tel cri? Elle était là, elle se”le ne pleurant point, au milieu de toutes ses sœurs en larmes, debout et énergique comme Marie au pied de la croix, ou Abraham sur la montagne, auprès de l’autel où il venait d’attacher son fils. Voilà ce qui nous révèle le trait dominant de cette femme forte par excellence.

Sans doute nous touchons ici à des sommets qui semblent beaucoup trop élevés pour la nature humaine, même aidée et soutenue par la grâce. Le divin Maître n’a-t-il pas dit cependant :

« Celui qui abandonnera ses fils pour moi recevra le centuple et possédera la vie éternelle? » Qui reliquerit.… filios.. propler nomen meum, centuplum accipiet et vitam ælernam possidebit!.

Mais l'Évangile contient des paroles qui ne sont pas dites pour tous; et c’est bien de celle-ci surtout que l’on peut dire que « tous ne la comprennent pas » : Non omnes capiunt verbum istud*,

Le monde, surtout à cette heure, ne saurait

1 Matth. x1ix, 29.

2? Matth. xix, 11.

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moins que jamais la comprendre; car, depuis le paganisme, il ne fut jamais moins chrétien.

Nous-mêmes, nous l’avouons volontiers, nous n’aurions pas osé la lui rappeler, en lui montrant le spectacle que nous offre cette histoire, si nous n'avions été résolus d'avance à nous effacer, autant que possible, derrière le fils lui-même de notre vénérée Mère, et à nous contenter de reproduire son œuvre, tout en la transformant.

C'est donc lui, lui surtout, que nous avons voulu faire entendre dans cet ouvrage, ce même fils qui, associé de si bonne heure au sacrifice de sa mère, est devenu plus tard son disciple, son admirateur et son fidèle historien. Lui seul a le droit, ce nous semble, de parler à notre siècle de ce grand sacrifice maternel, et des grâces d'oraison suréminentes dont il a été récompensé.

Du reste, il avait été évidemment prédestiné par la Providence à cette œuvre importante.

Après maintes vicissitudes dont on trouvera le récit au cours de cette histoire, il était entré, en 16415 dans l'illustre congrégation des bénédictins de Saint-Maur, et y avait fait profession au monastère de Vendôme l'année suivante.

L'ordre monastique de Saint-Benoît, divisé

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en plusieurs branches entièrement séparées, mais se rattachant toutes à la même origine, est assurément le plus ancien, le plus nombreux et le plus illustre de tous ceux qui aient jamais existé au sein de la chrétienté. Il a donné à l'Église vingt-quatre papes, un nombre innombrable de cardinaux et d'évêques. On comptait au moyen âge plus de trente-sept mille abbayes ou prièurés: bénédictins, répandus dans toutes les parties de l’Europe. Enfin il peut se glorifier, dit-on; d'avoir vu plus de cinquante mille de ses membres élevés sur les autels.

,* Mais il a eu besoin, durant le cours de sa longue histoire, de plusieurs réformes. Une des plus célèbres fut celle qui fut accomplie en France, au commencement du xvrr° siècle, dans l'abbaye de Sant-Augustin de Limoges, et donna naissance à l'illustre congrégation des bénédictins de Saint-Maur. Approuvée par les papes en 1621 et 1625, soutenue et dotée par le cardinal Richelieu et par nos anciens rois, cette congrégation devint bientôt très florissante, et s’acquit en peu de temps un grand renom de savoir et de sainteté. Elle comptait déjà dans son sein, dès la fin du xvir° siècle, cent vingt-quatre abbayes ou prieurés, distribués en

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dix-sept provinces et dirigées par un supérieur général qui résidait à Paris, dans l’abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés.

Claude Martin, le digne fils de notre vénérée Mère, ne tarda pas à s’y faire remarquer par ses talents et sa piété. Nommé d’abord sous-prieur au monastère. de Vendôme, il fut bientôt désigné pour occuper la charge de prieur au monastère de Meulent, puis à celui des Blancs-Manteaux à Paris, puis tour à tour à ceux de Saint-Corneille à Compiègne, de Saint-Serge à Angers, de Bonne-Nouvelle à Rouen. Durant cette première période de sa vie religieuse, on lui confia, à cause de ses rares qualités, et à plusieurs reprises, d'importantes missions dans les réunions générales des divers chapitres de l'Ordre.

Enfin, en 1668, le religieux assistant du R. P. général dom Bernard Audebert étant mort, dom Claude Martin fut appelé à lui succéder.

Il dut donc quitter le prieuré de Bonne-Nouvelle à Rouen, qu’il occupait depuis deux ans, pour venir à Paris remplir, dans la grande abbaye royale de Saint-Germain-des-Prés, la plus haute fonction de l'Ordre après celle de supérieur général.

Cette illustre abbaye était à cette époque une

riche pépinière de savants et pieux cénobites, et le rendez-vous des hommes les plus recommandables par leur érudition. Son immense bibliothèque , sous la direction du célèbre Luc d’Achery, était devenue comme un vaste arsenal où l’on trouvait réunies toutes les armes nécessaires à l’apologétique chrétienne. C'est là que Mabillon avait senti s’allumer en lui cette noble passion de l'étude et des recherches historiques qui l'avait poussé bientôt à entreprendre, avec l'approbation de ses supérieurs, ses fréquents voyages à travers l'Europe pour visiter les grandes bibliothèques, interroger les savants et les manuscrits, collationner des textes, préparer, en un mot, les éléments des précieux ouvrages qui ont rendu son nom si illustre. Il y revenait toujours, au retour de ses lointains voyages, pour y faire part de ses découvertes à ses frères en religion, qui étaient aussi ses émules dans la science; et ensemble ils entretenaient ensuite une correspondance active avec les savants du monde entier. En un mot, cette abbaye de Saint-Germain-des-Prés était comme le foyer de la science catholique dans la seconde partie du xvrr° siècle. On y voyait souvent réunis, dans sa vaste bibliothèque, les grands éru-

desœuvr une de sa ditati Jours

dits de l'époque, Ducange et son ami Vion d'Hérouval, Baluze et le savant orientaliste Barthélemy d’Herbelot, Renaudot et Adrien de Valois, Antoine Faure et Cotelier. Bossuet lui-même ! venait souvent y chercher des armes pour ses grandes controverses, ou de précieux matériaux pour ses immortels ouvrages.

Nul doute que tous ces savants n'aient counu notre Claude Martin, et n'aient été pleins de vénéralion et d'amitié pour lui. Pour ce qui est de Bossuet, la chose ne paraît pas douteuse.

On sent à travers les mots qu’il emploie pour parler de lui et de sa « sainte » mère, dans

ses instructions sur les Etats d’oraison, parues

en 1697, quelque chose de plus qu'une estime ordinaire, mais comme le souvenir d’une vraie et profonde amitié.

Dom Claude Martin a laissé plusieurs ouvrages'; mais le plus important de tous est,

1 Voir Mabillon et la société de l'abbaye de Saint - Germaindes-Prés, à la fin du xvurt siècle, par E. de Broglie.

? On peut citer parmi ces ouvrages : 19 une Traduction des œuvres de saint: Gertrude, glorieuse sainte pour laquelle il avait une dévotion particulière; 2° des Réflexions morales sur la Règle de saint Benoil; 30 le Pasteur solitaire, qui contient trente mtditations sur les attributs de Dieu, suivies d'une Retraite de dix jours pour les prélats, pasteurs ct supérieurs qui ont charge

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sans contredit, le monument de piété filiale que nous voudrions tirer aujourd’hui de l'oubli, pour le représenter encore, après deux siècles, à toutes. les âmes chrétiennes vraiment éclairées et pieuses.

Nous ne doutons pas qu’elles ne l’accueillent avec reconnaissance, et ne le lisent avec admiration et profit.

Toutefois nous avons cru devoir apporter

auparavant d'importantes modifications à sa

forme et à sa contexture, que nous avons jugées par trop surannées ; car nous avons craint que, malgré les richesses de sentiments et de pensées renfermées dans ce beau livre, les lecteurs de notre temps ne fussent rebutés par sa marche lente et souvent monotone, les innombrables répétitions de mots et d'idées dont il est rempli, la confusion qui y règne en certains passages et jette sur le fond des idées un voile qu'il est souvent difficile de pénétrer. Il nous a paru de plus que ces pages, si belles au point de vue mystique, étaient fort incomplètes au

es; 40 des Conférences ascéliques, des sermons; mais surtout ic Lettres spirituelles el historiques de la vénérable Mère Marie d: : Incarnation et ses Retraites. Malheureusement plusieurs de de ces ouvrages n'ont pas été publiés,

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point de vue de la vie extérieure de la vénérable Mère Marie de l’Incarnation.

: Pour tous ces motifs, nous nous sommes décidés à ‘en modifier assez profondément la forme

et à en combler, autant que possible, les lacunes.

Nous nous sommes servis pour cela de la correspondance de la Mère de l'Incarnation, du livre que M. l'abbé Richaudeau a consacré à sa mémoire, de la Vie devenue aujourd’hui fort rare de dom Claude Martin, par dom Martène, d’un précieux travail publié au Canada, en 1864, par les Ursulines de Québec ellesmêmes, sous ce titre : les Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu'à nos jours!, mais surtout de la belle Æistoire de la Mère Marie de l’Incarnation, par M. l'abbé Casgrain, au talent duquel nous nous plaisons à rendre ici un public hommage.

On raconte que M. Henri Martin, après avoir

1 Cet ouvrage, destiné seulement aux religieuses et aux élèves de la maison de Québec, n’a été tiré qu'à un nombre restreint d'exemplaires, et n'a d'autre caractère que celui d'un pieux mémorial de famille. Mais il renferme des documents infiniment précieux, que l'on ne rencontre nulle part ailleurs, et qu'à ce titre on peut considérer comme inédits. Nous en avons usé largement dans la troisième partie de cet ouvrage, comme d'un bien appartenant un peu au patrimoine commun de l’ordre de Sainte-Ursule. Les dignes filles de notre Mère de l'Incarnation ne s'en p'aindront pas, nous l’espérons,

cité, dans sa grande Jlistoire de France, malheureusement empreinte des plus étranges préjugés révolutionnaires, divers passages très saisissants d’une Jlisloire du Canada par M. Garneau, se plaisait à déclarer « qu'il ne pouvait se séparer de cet ouvrage sans émotion ». Que M. l'abbé Casgrain nous permette d'exprimer le même sentiment à l'égard de son livre, dans lequel il a su si bien nous décrire, avec tout l'élan de son cœur, le cadre et l’ensemble des événements au milieu desquels s’est déroulée la vie apostolique de la Mère de l’Incarnation dans le nouveau monde! Cette vue a été pour nous, nous ne craignons pas de le dire, toute une émouvante révélation. Dès lors comment aurions-nous pu résister au plaisir de mettre à notre tour, sous les yeux de nos lecteurs, quelques-unes de ces pages si émues et si élégamment écrites? Nous l'avons fait toujours, sans doute, en indiquant scrupuleusement leur origine ; mais celte justice ne nous dispensait point, à notre avis, du devoir de reconnaissance que nous sommes heureux de remplir en ce moment.

Telles sont les sources où nous avons puisé les documents qui nous ont permis de compléter

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al- l'œuvre de dom Claude Martin. Nous aimons ré- à penser que l'ouvrage que nous présentons ai- aujourd’hui au public religieux de notre époque ar- est toujours celui du « vénérable et savant »! rait bénédictin. Il est complètement modifié dans sa Jue forme, sans doute, mais il n’a perdu cependant ner ni son fond primitif, n1 son caractère particulier ans et distinctif. Nous espérons qu’il sera encore, out grâce à Dieu, facile de le reconnaître et d'y des retrouver l’âme et le cœur de celui qui l’a écrit

nlée le premier.

tion Quant à la physionomie morale de la vénérable jour Mère Marie de l’Incarnation, l’y retrouveradite t-on, elle aussi, avec tous ses traits admirables, ont et suffisamment éclairée dans toutes ses parties? pe | Hélas! il en est un peu des figures des saints urs, comme de celle de Notre-Seigneur lui-même; tar elles font le désespoir des écrivains et des artistes. urs, Celle-ci surtout est tout particulièrement difficile eut à saisir ; car cette vénérable Mère a été tellement aaît D au-dessus de la sphère ordinaire où se meuvent are même les plus saintes âmes, elle a été élevée de de bonne heure à un tel degré d’oraison et d’union

divine, qu’il nous est impossible de nous flatter Duisé

éler 1 Bossuct, les États d'oraison, liv. IX.

de retrouver, même sous la plume d’un fils si digne d'elle, tous les traits de cette âme vraiment séraphique, et bien moins encore de les avoir nous-mêmes fidèlement reproduits.

La grande merveille de sa vie, c’est que depuis l'âge de vingt et un ans, où elle commença à être élevée à l’oraison de quiétude jusqu’à l’âge de soixante-treize ans, c'est-à-dire durant une période de cinquante-deux ans, elle n'a pas perdu un seul instant la grâce de l’union mystique avec son divin Époux. Sa vie n’a donc été, en quelque sorte, qu’une prière continuelle, une ineffable oraison. Les travaux, les difficultés extérieures, les mouvements des créatures, les peines intérieures elles-mêmes les plus cuisantes, n'arrivaient pas à troubler cette partie supérieure de l’âme où elle entretenait ce colloque intime avec Dieu.

À ce point de vue, comme d’ailleurs sous bien d’autres rapports, notre Mère de l’Incarnation n’a rien à envier, ce nous semble, aux plus illustres contemplatives des siècles chrétiens. On peut la comparer aux Catherine de Sienne, Angèle de Foligno, sainte Thérèse; car elle a gravi, comme elles, tous les mystérieux degrés de l'échelle mystique. À l’âge de vingt-cinq ans, elle en avait

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atteint le sommet le plus élevé ; elle était entrée dans cette union divine suréminente que les théologiens appellent union parfaite et consommée ou mariage mystique. C'est sur ce sublime Thabor qu’elle est demeurée fixée pendant quarante-sept ans, selon la parole divine qu'elle entendit un jour au fond de son cœur : « Reste là, c'est ton nid. » Ce n’est pas à dire, toutefois, que son âme tout entière eût toujours part aux ineffables délices de cette divine alliance et parfaite union. Ce privilège n'appartenait qu'à la partie supérieure , et ce n’était encore que. dans son centre le plus profond ou dans'son fond le plus intime, comme notre Mère de l’Incarnation l'a tant de fois répété, que se consommait continuellement et sans retour le divin mariage.

Mais, depuis les premières purifications passives des sens et de l'esprit, jusqu'aux plus parfaits respirs de l'âme en Dieu et de Dieu en l’âme, tous les phénomènes mystiques se troïvent admirablement décrits, d’après les données de sa propre expérience, dans les deux

relations! de sa vie, écrites par elle-même, qui

| forment la base et le fond de l'ouvrage que

1 Ces deux relations furent écrites sur l'ordre formel de ses confesseurs, et notamment des PP, de la Haye et J. Lallemant.

nous reproduisons. Aussi on ne saurait imaginer pour les âmes versées dans la spiritualité un charme supérieur à celui qu'elles trouveront dans les descriptions de ces sublimes merveilles. Il est certainement des pages dans l’œuvre de dom Claude Martin qui mériteront, à leurs yeux, de prendre place à côté des plus belles inspirel: ns de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix.

Notre vénérable Mère de l'Incarnation nous parait donc être notre grande mystique fran- ; çaise, À ce titre, il nous semble qu’elle a mis sur le front de notre chère France un doux rayonnement de gloire qui, jusqu’au xvir' siècle, avait paru peut-être lui manquer un peu.

L'Italie avait eu, au Moyen Âgè, ses grandes

contemplatives, les saintes Rose de Viterbe , |

Françoise Romaine; Angèle de Foligno; plus près des temps modernes, les Catherine de Sienne, de Gênes et de Bologne, et tant d’autres encore, la plupart vrais séraphins du cloître, émules de l'incomparable Frauçois d'Assise.

On remarque entre elles comme une sorte de ressemblance de famille, un certain air de même nationalité. Leurs admirables vertus semblent emprunter à la beauté du pays nous ne savons

giner quelle poésie (si l'on veut bien nous permettre d da cette expression) qui les rend plus radieuses néitt encore. Leur vie est un chant, une extase, iles. une inépuisable série de miracles et de merde veilles. Elles ne sont point de la terre. Ce sont HER des anges qu'on dirait descendus’: du ciel pour bols jouer ici-bas avec les éléments matériels, et

laisser entrevoir aux hommes, à travers les Jean ?

voiles d’une chair mortelle, les ardeurs de leur

h 1 D nous ! é ou L'Espagne ‘sous ce rapport des grands mys-

fran-

FA tiques, ne paraît pas inférieure à l'Italie. Ils y a T

sont apparus plus tard, il est vrai, après sa délidoux

À vrance de la tyrannie des Maures, et quand la siècle,

retraite de l'islam lui a permis de remettre. vaillante épée au fourreau. (C'est le xvr° siècle )

randes Le qui marque, dans tous les genres, l'apogée de

sa gloire, mais surtout au point de vue que nous indiquons ici. Quelle auréole, en effet, y ajoutent à son front ses grands saints et ses grands mystiques! Qu'il suffise de citer ici les noms de saint Pierre d’AlcantaraŸ de Louis de Grenade; de Jean d’Avila Louis de Léon, saint Ignace de Loyola saint François de Borgia, et surtout saint Jean de la Croix êt la grande sainte Thé-

SAVONE rèse | Quelle pléiade de grands hommes et de

grands saints! C’est que tout est grand dans cette vieille race de héros qui donna naissance au peuple espagnol. Ce n’est pas en vain qu'elle a lutté pendant des siècles contre l'invasion musulmane, Non seulement elle a fini par triompher, mais elle a acquis dans cette résistance séculaire une vigueur et une ardeur belliqieuse qu'elle a léguées à ses fils. Aussi semblent-ils tous nés pour le combat. Leurs saints et leurs grands mystiques eux-mêmes ont ce caractère distinctif, depuis saint Ignace de Loyola, qui institue la grand milice religieuse destinée à résister au protestantisme et à la révolution, jusqu’à saint Jean de la Croix et sainte Thérèse, qui tous deux ont voué leur vie à la réforme d'un ordre religieux ancien, puissant et illustre, c'est-à-dire à la lutte la plus opiniâtre et la plus difficile de toutes, celle qui consiste à combattre et à réprimer des abus profonds et invétérés. Mais, c’est surtout sainte Thérèse qui s'est signalée à l'admiration du monde entier, dans cette lutte héroïque contre toutes les puissances de l'enfer et du monde, à certains moments liguées contre elle. On dirait que tout le génie et toutes les gloires de l'Espagne se trouvent réunis en cette femme incomparable, à la fois

âge, nous trud

M arriè port sies [ la co eu sa héros vains

réformatrice, mystique et docteur. Elle a donné

ù | le branle à tout un magnifique mouvement de le rénovation religieuse dans les cloîtres, dont le U- monde entier ressent encore, après trois siècles, n- les heureux effets.

ce | On voit tout de suite, par le caractère de sa se mission, ce qui la distingue surtout des grandes ils mystiques de l'Italie. Ce n’est plus seulement, IS comme celles-ci, le séraphin tout brûlant \C- d'amour, apparaissant à la terre à travers les a, voiles fragiles d’un corps mortel, c’est aussi ti- l’archange aux ailes déployées, couvert d’ar- O- mures et tenant l'épée pour soutenir les combats nte du Seigneur. À PRET la L'Allemagne Yelle aussi avait eu, au moyen et âge, ses grandes gloires mystiques. Contentonsre nous de rappeler ici les noms de sainte Gerste trude, sainte Élisabeth de Hongrie, du B. H. Suso. et Mais la France ne semblait-elle pas un peu en pui arrière dans ce mouvement de la grâce qui a er, porté de tous temps des âmes chrétiennes choiis- sies et élues de Dieu vers les hauts sommets de Lo- la contemplation passive? Sans doute, elle avait le eu saint Bernard au moyen âge ; saint Bernard, le nt héros de la vie religieuse et le premier des écri-

Dis vains mystiques. Mais, chez les femmes, en

Lo

était-il qu’on eût pu mettre en parallèle avec les grandes contemplatives italiennes, allemandes ou espagnoles”? Sainte Jeanne de Valois, sainte Chantal, ne le cèdent assurément point, 1l est vrai, en. vertus et en sainteté aux saintes les plus illustres des autres pays chrétiens. Mais on ne retrouve pas chez elles, au moins au même degré, les grands phénomènes mysliques qui ont signalé les âmes dont nous avons parlé tout à l'heure. C’est que ces grâces d’oraison suréminente et les effets sensibles qui les accompagnent quelquefois, sont tout à fait distinctes de la sainteté de l’âme qui en est le sujet. On a vu des saints et de grands sain(s qui ne les ont point connus ; de même qu’on a vu des âmes qui en ont été favorisées et qui n'ont pas été cependant élevées sur les autels, témoin notre vénérable Mère Marie de lIncarnation.

Mais, bien que sa sainteté n'ait pas encore été reconnue et proclamée par l'Église, nous croyons que les merveilleux phénomènes qui ont accompagné le très haut degré d’oraison extraordinaire où elle a été élevée, dès l’âge de vingtcinq ans, et où elle a persévéré toute sa vie, ne sauraient être sérieusement révoqués en doute par personne, car ils ont été contrôlés et approuvés, après l'examen le plus attentif, par des

“les opposer avec avantage à tous ses détracteurs,

religieux du plus haut mérite. Son confesseur \ ordinaire, pendant son séjour à Tours, fut, en | effet, le R. P. dom Raymond de Saint-Bernard, | dont Claude Martin nous a laissé le plus grand éloge. Mais il ne fut pas le seul à contrôler ses sublimes états d'oraison. Si l’on veut bien nous permettre d'exprimer ici toute notre pensée, nous dirons que notre vénérable Mère Marie de l'Incarnation, avec la bienheureuse Marguerite- Marie, ces deux grandes âmes qui ont été unies par la révélation du sacré Cœur, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, ont été l’une et l’autre Jes__ deux grandes filles spirituelles de la Compagnie

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de Jésus, au xvir siècle. Nous pouvons-ajeuter que ns et l'autre ont été sa gloire. Elle peut à toute l'école de Port-Royal et à Pascal luimême, comme sa plus palpable justification.

Pendant son séjour en France jusqu’en 1639, notre vénérable Mère eut pour conseillers et pour guides spirituels les RR. PP. Poncet, Dinet, con- : fesseur du roi Louis XIIT, de la Haye, qui lui ordonna d'écrire la première relation de sa vie. Au Canada, elle fut constamment sous la direction des RR. PP. Jésuites de cette mission

vraiment privilégiée, et quels hommes n’étaient- |

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| ils pas ! Qu'il suffise de nommer le P.: Lejeune et le P, Vimond, les PP.J. Lallemand, Bresciani, T. Jogues, G. Lallemand, Granier, de Brébœuf, la plupart non seulement des apôtres, mais encore

| des martyrs! Ces derniers, il est vrai, furent : moins ses directeurs assidus, à cause de leurs | courses apostoliques fréquentes chez les Hurons | et les Iroquois, que le P. J. Lallemand, par | exemple, qui, en sa qualité de supérieur de la

! mission, demeurait ordinairement à Québec;

| mais ils furent appelés néanmoins à lui donner

de précieux conseils en maintes circonstances, et on aimera, en lisant cette histoire, à les voir venir se reposer de leurs fatigues apostoliques auprès de notre vénérable Mère, et célébrer le saint sacrifice de la messe dans la chapelle de son monastère. en | La France peut donc se glorifier de posséder en la personne de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation, une âme qui dans ses états d’oraison & suivi de près, sinon quelquefois dépassé peut-etre, dans les voies les plus élevées de la contemplation extraordinaire, les plus grandes | âmes des autres pays chrétiens. On retrouvera dans sa vie la plupart des admirables merveilles qu'on remarque dans la vie de sainte Catherine

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