‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 5 sur 258 · PR NS · texte numérisé non relu

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de Sienne et de sainte Thérèse, les fiançailles

divines, par exemple, et Te m mariage mystique

conclu en présence de la sainte Trinité, + —

SES ec

blessure d'amour, et d'autres encore, tels que l'enchâssement de son cœur dans le cœur-de

Jésus-Christ, le sommeil mystique, les amoureux

et divins respirs, en un mot, toute une série de — merveilles plus dignes du regard des anges que de celui des hommes.

Mais ce qui distingue la glorieuse mystique française de toutes celles qui l’ont précédée, et à leur exemple, c’est le génie propre et particulier du pays qui l’a vue naître.

L'Italie est comme la terre classique de la |} poésie et des arts; l'Espagne possède au plus | haut degré le génie de la résistance et du combat, mais la France se distingue entre toutes les | nations par son ardeur et son apostolat. A ce

titre, il lui appartenait de donner à l'Église la mystique apôtre.

Aussi voyez quel feu nouveau s'est allumé dans le cœur de cette contemplative, qui semblerait, par les grâces qu’elle a reçues, devoir être seulement appelée à entretenir de pieux colloques avec le divin Époux. Il lui faut des âmes, : des âmes nombreuses; plus que cela encore, a

| des peuples entiers à conquérir à Jésus-Christ. ei

L'enceinte de son cloître est trop étroite pour

rél son zèle. Elle s'écrie constamment au fond de I | son cœur : Quis dabit mihi pennas ‘? Qui me | dà 14 donnera des ailes pour voler jusqu'aux plages À Pèr (Al lointaines qui sont au delà des océans, pour par À c Li pénétrer : ": < dans les bois, aux bords des ES Al: . lacs, dans is "8 profondes ou les cabanes éauË , ÿc où habitent les sauvages les plus féroces et plus À les plus inder:'%5? Tour et nuit, elle pousse Lens | vers Dieu des cris sexbiibles. Elle ne peut Ci plus contenir, dans le fond de son cœur, les site ardeurs apostoliques qui le dévorent. Vaine- naiss, | ment lui dit-on de tous côtés que son sexe ne EL déde pol | saurait lui permettre un tel apostolat, qu’elle ne autle fi pourrait abandonner une seconde fois son fils. farah 1 {| M . , .

AE Non ! non! il faut qu'elle aille vers ces peuples gueri | qui ne connaissent point encore le nom de Jésus- | dE je Christ. Elle veut suivre les messagers de Ja lui ‘ claire 1, bonne nouvelle, partager leurs travaux et leurs 1 Ma || souffrances, au besoin verser son sang comme n'a M ? \ »

| eux, pour l'Epoux sacré de son cœur. Ces paraît tourments durent plusieurs années. Le divin dés sh Époux sommeille au fond de cette âme et ne notre peu {olat «

LL 4 Ps, u1v, 7. fermée

semble point entendre ses cris et ses appels réitérés.

Enfin, un jour, une voix se fait entendre. Marie de l'Incarn ation l’a reconnue, c'est la voix du Père céleste lui-même. « Demande-moi, dit-elle,

par le Cœur sacré de mon Fils! » À ces mots, tous

ses transports s'apaisent. Elle prie par le Cœur sacré de Jésus, et aussitôt dans une vision des plus élevées, Dieu lui montre le pays où il va l'envoyer bientôt: c'est la terre lointaine du Canada. O admirables desseins de la Providence sur cette terre privilégiée! La France ne connaissait pas encore la dévotion au sacré Cœur de Jésus, et déjà, par une révélation spéciale et authentique, bien antérieure à toutes celles qui furent faites plus tard à la bienheureuse Marguerite-Marie, les tendresses et les prévenances du Cœur sacré de Jésus pour le Canada sont clurement manifestées.

Mais, chose non moins admirable, et qu’on n'a point assez remarquée, cette révélation paraît ouvrir une ère nouvelle dans l’histoire des missions catholiques, non moins que dans notre histoire nationale. La carrière de l’apostolat extérieur et lointain, qui était jusque-là fermée et interdite à la femme, lui est ouverte

désormais, On avait vu, sans doute, dans les temps apostoliques, de ferventes chrétiennes s’attacher en quelque sorte aux pas des Apôtres et coopérer, par mille services, à leur apostolat. Mais ni le moyen âge, ni même le xvr° siècle, sauf peut-être de très rares exceptions demeurées inaperçues, n’avait donné au monde le spectacle de la femme associée à l’œuvre des missionnaires en lointains pays. On n'avait même jamais vu et on n’eût pas compris, au moyen âge, la religieuse vivant au dehors du cloître. Ce fut sainte Angèle Mérici qui eut, au xvr' siècle, la première intuition de la mission apostolique réservée à la religieuse dans les temps modernes. Elle eut l’audace (si l’on veut bien nous permettre cette expression) de rompre à cet égard avec toutes les traditions des siècles passés, et d'établir en dehors du cloître ses premières filles, de les grouper, comme en une sorte de bataillon ou de compagnie, sous la virginale bannière de sainte Ursule , afin de les vouer à l’apostolat de la jeunesse chrétienne, Mais elle n’eût point osé s'arrêter à la pensée de les envoyer à la conquête des âmes jusqu'au delà des mers, dans les pays encore sauvages du

nouveau monde.

C’est à notre Mère de l’Incarnation , la plus

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illustre des filles de la glorieuse vierge de Brescia, que revient l'honneur d’avoir donné à la pensée de la sainte fondatrice des Ursulines tout son développement, et d’avoir nettement indiqué, par son exemple, le grand rôle de la religieuse dans les missions catholiques. Il est vrai, sans doute, qu’elle ne partit pas seule. Outre les deux religieuses ursulines qui l’accompagnèrent, trois religieuses hospitalières lui furent associées au moment de son départ. Ces dernières allaient à Québec fonder le premier hôpital de la colonie, sous les auspices et aux frais de M"° la duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu. Mais la Mère de l’Incarnation fut, comme autrefois sainte Ursule, la directrice et le porte-étendard de celte héroïque phalange de vierges consacrées au Seigneur.

La nouveauté de l’entreprise était telle à cette époque que quand, en 1639, notre Mère, M"° de la Peltrie et ses compagnes traversèrent Paris pour se rendre à Dieppe, lieu de leur embarquement, toute la capitale fut émue à la nouvelle de la mission qu’elles allaient remplir dans le pays des Hurons et des farouches Iroquois. Les uns blämaient cette entreprise, comme étant beaucoup trop au-dessus des forces et des aptitudes de la

| femme; mais la plupart ne pouvaient se défendre a | d'un vif sentiment d'admiration. Les parloirs U du monastère des Ursulines du faubourg Saint- | d Jacques ne désemplissaient pas du matin au soir. P Toutes les notabilités du temps y vinrent tour à te tour. Chacun voulait voir de près ces femmes e apôtres et missionnaires. La reine elle-même, | a l'illustre Anne d'Autriche, qui résidait alors à m Saint-Germain-en-Laye, manifesta le vif désir di

| qu'elles lui fussent présentées. se L'abbé de Condren et saint Vincent de Paul de qui était déjà à ce moment l'objet de l’admi- de ration de la France entière, furent appelés à se to:

prononcer sur l'opportunité et la justesse d’une mission si nouvelle et à la bénir; ce qu'ils firent l'un et l’autre de grand cœur. Nous nous sommes

même demandé, en rappelant ce fait, si ce n’est

point là que saint Vincent de Paul avait puisé | so pe la première conception des vierges apôtres, | sol | qu’il réalisa plus tard dans la fondation des filles | | !, de la Charité. | ties pu À Quoi qu'il en soit, notre vénérable mère Marie s0 (fl | de l’Incarnation a été la première religieuse mo fe | française qui ait franchi l'Océan, pour aller sa jibt | évangéliser les peuples sauvages. Comptez, s’il des

(Al \ . ; : , | est possible, les multitudes de vierges consacrées | 80

au Seigneur qui ont imité son exemple, depuis plus de deux siècles. Jamais peut-être le monde, depuis le siècle de saint Louis, n'avait vu un plus beau spectacle. À chaque époque de l’histoire de l'Église appartient sa gloire propre et particulière. Les premiers siècles chrétiens avaient vu et salué avec admiration la vierge martyre, le moyen âge a été illustré par la vierge du cloître, mais les temps modernes peuvent se glorifier d’avoir enfanté l’innombrable armée des vierges apôtres. Ces angéliques messagères de Jésus-Christ sont aujourd’hui répandues sur toute la terre. Il n’est point de pays chrétien qui n’en ait vu naître quelqu’une, et il n’est point de terre si éloignée et si inhospitalière qui n'en ait vu aborder sur ses rivages. Non seule-

ment elles sont l'honneur de l’Église, mais elles

sont encore à celte heure sa plus douce consolation dans ses grandes épreuves.

C’est de la France qu’elles sont d’abord parties. La France, qui au moyen âge donna, par son exemple, la première impulsion au grand mouvement des croisades, a aussi donné naissance à cette croisade de vierges chrétiennes, destinées à délivrer les âmes courbées encore sous le joug de l'idolâtrie; et c’est à notre

Mère de l’Incarnation qu'elle est redevable de celte gloire.

Mais cette vénérable Mère a encore un autre titre non moins précieux à sa reconnaissance, Dès son arrivée dans le nouveau monde, elle apprit aux sauvages habitants de ces contrées lointaines, non seulement à connaître et à aimer Jésus-Christ, mais aussi à connaître et à aimer le glorieux pays qui leur envoyait les messagers de la bonne nouvelle de l'Évangile. Ces deux amours étaient d'ailleurs inséparables dans son cœur, comme ils l'ont été jusqu’à ce jour, pour l'honneur du peuple canadien, dans le cœur des fils de la nouvelle France.

Puissent-ils toujours demeurer fidèles à ce noble et glorieux héritage de la vénérable Mère de l’Incarnation et des héros chrétiens qui fondèrent leur nationalité ! Le P. Lacordaire a dit un jour fort éloquemment : « Les moines sont comme les chênes: ils sont immortels! » On pourrait en dire autant des peuples chrétiens. Rien ne saurait les abattre, tant qu’ils plongent leurs racines comme de vieux chênes séculaires dans les profondeurs de leurs traditions natiohales. Mais quand un peuple se laisse déraciner, comme l’a fait la France il y a cent ans, selon

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de

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la juste expression d’un penseur catholique trop oublié!, il peut bien encore conserver quelque { __s les apparences de la vie, mais un œil attentif découvre facilement en lui tous les signes les : Jus évidents d'une irrémédiable décrépitude.

Que le Canada sache profiter de cette trop douloureuse expérience de la mère patrie! Qu'il ne se laisse point déraciner, lui aussi! C’est sans doute pour le préserver d’un tel malheur, que Dieu a permis qu'il fût ravi à la France peu d'années avant la Révolution française. Sans ce'* comment eût-il échappé au mal qui nous d ee? Violemment arraché à ses nobles et chrétiennes traditions, il eût été comme nous impitoyablement jeté sous le joug de l'État moderne sécularisé, qui, au nom de la fausse liberté, lui eût bientôt ravi, les unes après les autres, toutes ses libertés, et se fût appliqué chaque jour à le corrompre pour mieux l’asservir. Son Église, dépouillée de ses biens et privée de son indépendance, eût été, comme l'Éplise de France, trop souvent assujettie aux perfides exigences d’un pouvoir civil essentiellement révo-

lutionnaire dans son origine et plus encore par

1 Blanc de Saint-Bonnet.

Î les principes qui le constituent, et dont la francmaçonnerie, vraie église de Satan, a fini par disposer à son gré. Il aurait connu lui aussi, pour

\ son malheur, tous ces scandales et bien d’autres | encore. és On a beau dire, un peuple chrétien, quel qu'il . Es puisse être, ne saurait résister longtemps à de fic fi pareilles épreuves. Les coups qui atteignent sa ur 1 conscience lui font toujours des blessures mor- | pe 1 telles, bien plus dangereuses que ne le feraient ap toute la violence et la cruauté des plus puissants de È persécuteurs. Aussi, tandis que la vicille France oh semble s’éteindre de plus en plus de ce côté de à | l'Atlantique, de l’autre, le Canada, héritier de ell Don son génie et de sa foi, se répand et se développe di ! de au dehors. Il déborde comme un fleuve riche et il bienfaisant sur tous les pays de l'Amérique sep- | tiq tentrionale. Et nous aimons à saluer d'avance le les jour à jamais béni où les États-Unis entreront, | ; grâce aux influences des Canadiens, vrais fils de rés la France, dans le giron de l'Église, pour la y € dédommager de l’apostasie des vieilles nations se chrétiennes de l’Europe. la La sainte Écriture nous raconte que Dieu, qu après avoir éprouvé la foi d'Abraham, en lui po

| demandant le sacrifice de son fils, lui dit ces hor

paroles à jamais mémorables : Je {e bénirai et je mulliplierai ta race comme les étoiles du ciel ou les grains de sable qui couvrent les rivages des mers, et partout elle triomphera de ses ennemis. Ne semble-t-il pas que notre Vénérable Mère de l’Incarnation, en retour du sacrifice qu’elle a fait à Dieu de son fils, ait reçu une promesse à peu près semblable? N'est-elle pas devenue la mère d’un grand peuple? Et si, après les bénédictions et les grâces de sainteté accordées à la mère et au fils, il manquait encore, aux yeux du monde, quelque chose à la pleine justification des desseins de Dieu sur elle, ne le trouverions-nous pas dans cette bénédiction accordée à toute la nation canadienne? C'est ainsi que Dieu se venge ici-bas des critiques du monde, et qu'il récompense dès cette vie les sacrifices que l'on s'impose pour son amour. Mais n'est-il pas un triomphe plus éclatant réservé 1ci-bas à notre vénérable Mère ? Déjà, il y a deux cents ans, on a vu dom Claude Martin se lever, comme les fils de la femme forte, pour la proclamer bienheureuse. Et voici maintenant que tous ses fils du Canada se lèvent à leur tour, pour lui rendre devant la terre entière le même hommage. Ils ont poussé vers Rome des cris

suppliants, pour demander à l'Eglise d'inscrire

son nom au catalogue de ses saints. Leurs vaillants évêques se sont faits les interprètes de leurs sentiments et de leurs pieux désirs.

De ce côté-ci de l'Océan, un grand nombre

| d’évêques de l'Europe, de la France en parti-

culier ont fait écho aux vœux et aux supplications adressées à Rome, par leurs vénérables collègues de l'Amérique. En un mot, plus de deux cents évêques des deux mondes ont déjà élevé la voix pour supplier le Souverain Pontife de placer sur les autels notre vénérable Mère. Espérons que ce vœu sera un Jour exaucé.

Puisse cet humble ouvrage hâter sa réalisation! Nous le déposons, aux pieds sacrés de notre mère la sainte Église, comme un humble hommage de notre complète obéissance, absolue soumission et filial amour.

S'il nous était arrivé par mégarde de laisser quelques erreurs s’y glisser, nous les désavouons et réprouvons d'avance. Si quelque expression peu juste était tombée de notre plume par ignorance ou inattention, nous la retirons de grand cœur, car nous sommes à l’école de l'Église, qui est celle de Jésus-Christ lui-même, comme le plus petit et le dernier de ses enfants.

Quant aux âmes pieuses qui liront ces pages, puissent-elles nous accorder leur indulgence ! En prenant la plume pour faire revivre parmi nous le beau livre de dom Claude Martin, nous avons obéi à des désirs religieusement exprimés, que la reconnaissance et la vénération nous défendaient de méconnaître. Notre entreprise n’a-t-elle pas été téméraire? Avons-nous vraiment accompli notre tâche? C’est aux âmes pieuses auxquelles ce livre est destiné qu'il appartient de le dire. Mais si le succès, à leurs yeux, n'a pas répondu à nos efforts et à notre bonne volonté, qu’elles daignent du moins nous excuser et nous accorder, dans tous les cas, le secours de leurs prières!

Nice, le 30 avril 1892, 2202 anniversaire de la mort de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation.

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