‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 40 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V

mots : La paix soit en cette maison, il fit comme jaillir en son âme une source abondante de paix, qui se répandit dans toute sa personne, et s'épanchait même au dehors sur tous ceux et celles qui l’approchaient.

Mais, si grande que fut cette abondance de paix dont son âme était remplie, sa joie était néanmoins loin encore d'être complète, car le jour de la divine alliance promise tardait à venir. Pour calmer l’ardeur de ses désirs, elle ne trouvait d'autre remède que la sainte communion. Là seulement, au doux contact de son Bien-Aimé, elle jouissait pendant quelques instants de la suave impression de sa présence; mais à peine le Sacrement avait-il disparu avec les espèces qui le dérobent à nos sens, elle se reprenait aussitôt à soupirer encore.

La vie lui paraissait alors insupportable. Au milieu de ses gémissements et de ses larmes, elle aimait à répéter souvent en son cœur les paroles de l’Épouse des Cantiques : « Enseignez-moi, 6 mon Bien-Aimé! où vous prenez votre repos, Où vous vous reposez pendant la chaleur du milieu du jour'. Conduisez-moi, disait-elle encore, dans vos jardins, loin du monde et de moi-même, dans la solitude où rien n'empêche l'âme de jouir de vos chastes embrassements. Mais quoiqu'il fût en moi, ajoutaitelle, il semblait sourd à mes amoureuses invita-

tions, à mes pressants appels. Il se dérobait à mes

1 Cant., 1, 6.

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regards et semblait se retirer dans son inaccessible lumière, où les Séraphins eux-mêmes ne peuvent pénétrer !. »

Que faire? que devenir alors? L’amante désolée tournait toutes ses ardeurs contre elle-même. Il n’était supplice qu’elle n’inventât pour punir sa chair de ses moindres révoltes, la mater, et en quelque sorte l’anéantir. Souvent, durant l'hiver, au milieu des ombres et des obscurités de la nuit, elle quittait sa couche pour châtier son corps, exposé à la rigueur du froid; mais ses mains et ses bras étaient tout engourdis. « Je disais alors à mon divin Amour, ditelle : Mettez-vous sur mon bras, afin qu'il ait des forces pour châtier ce misérable corps. » Il me donnait alors des forces si puissantes, que je me déchirais de coups, puis je me revêtais d’une haire hérissée de nœuds et d’épines, et j'allais me jeter ainsi pour quelques heures sur mon pauvre lit?. »

De telles austérités sont plus admirables qu’imitables. Elles ne sauraient être prudemment pratiquées, tant au point de vue de la santé du corps que du bien de l'âme, sans l'agrément préalable d’un sage directeur ou un attrait spécial de la grâce. Aussi importe-t-il de noter avec soin ce que notre chère victime d'amour ajoute : « En agissant ainsi, je voyais clairement que j'obéissais aux intentions de Dieu, qui ne m'eût pas permis de faire autrement. S'il m'ar-

{ Dom Claude Martin, relation, ch. xv, Irc partie, p. 62. 2 Id., ibid,

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