‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 41 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V

rivait, en effet, de ne pas suivre tout de suite en cela les inspirations de la grâce, mon Bien-Aimé m'en faisait aussitôt une réprimande intérieure, ou bien il permettait que je tombasse en quelque faute, me couvrant ainsi d'humiliation, et me faisant sentir et comprendre, à mes dépens, le néant de la créature !, »

Ce que nous savons, d'ailleurs, de ses austérités et de son esprit de pénitence, à cette époque de sa vie, est vraiment épouvantable. On se demande comment elle a pu endurer des douleurs si intenses et de si rudes privations, surtout dans un temps où elle s’adonnait à tant de pénibles travaux extérieurs. Il y a là, assurément, un merveilleux effet de la grâce, tel qu'on en a vu se produire dans la vie de quelques grands saints.

Coucher sur de simples ais lui eût paru une chose trop sensuelle, il fallait qu'elle y ajoutât un long et rude cilice. Elle usait, pendant l'été, de disciplines d’orties, qui, d'après l’aveu qu'elle en a fait, lui causaient une douleur non moins intense que si elle eût été plongée dans une chaudière d’eau bouillante. D'autres fois, c'était avec des chardons épineux qu'elle se flagellait jusqu'au sang.

Ses repas n'étaient pour elle que des occasions de s'infliger de nouveaux supplices. Elle avait coutume de mêler une décoction d'absinthe aux mets qui lui étaient offerts. Elle en gardait même quelquefois dans

1 Dom Claude Martin, relation, ch. xv, Ire partie, p. 62.

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la bouche pendant la journée, comme pour en savourer toute l'amertume. Mais son confesseur lui défendit bientôt cette dernière pratique, car son estomac en était devenu tout à fait malade.

S'il lui était impossible de s'attacher à une satisfaction naturelle quelconque et d'y prendre le moindre plaisir, elle ne laissait pas pour cela cependant de paraître, dans l’occasion, gaie et joyeuse avec le prochain. C'était merveille de la voir se prêter avec une extrême condescendance à tout ce qu'on lui demandait. Mais, dès que les exigences de la bienséance ou de la charité étaient satisfaites, elle se dérobait discrètement, sous divers prétextes, pour aller pratiquer en secret quelque austérité, ne lais-

sant soupçonner à personne le mystère de ses grandes e mortifications. f Cette soif ardente de pénitence la dévorait sans là cesse. Non contente de se livrer à de rudes austé- si rités dans sa chambre, elle choisissait quelquefois q le moment où les ténèbres de la nuit enveloppaient d la ville, où tout le monde reposait autour d'elle, fc pour se retirer dans une caverne voisine de sa mai- P son, dans laquelle il y avait toutes sortes de bêtes F venimeuses. Là, toute seule avec Dieu, elle passait el de longues heures dans la prière et les plus dures re macérations. Ja L'Esprit-Saint lui-même, qui la poussait, nous q l'avons dit, dans cette voie des sanglants sacrifices, le

permettait que son corps, loin d'en être abattu, y trouvât, au contraire, des forces nouvelles. Son con-

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