PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V
fesseur n'avr't pu s'empêcher de reconnaître le caractère tout surnaturel et divin de ce profond attrait pour des pénitences si austères; aussi l'avait-il autorisée à les pratiquer. Elle lui obéissait d'ailleurs en toutes choses, car elle savait qu'aux yeux de Dieu, l'obéissance vaut toujours mieux que le sacrifice, Mais elle était heureuse d'obéir en s'immolant, et d'unir ainsi ces deux choses que l'amour de Dieu lui rendait si chères.
C'est ainsi que le divin et aimable fiancé de son cœur prenait chaque jour de plus en plus possession de toute sa personne. Dans cet état de complet abandon, elle se compare au « fer entre les mains du forgeron ». « De même que celui-ci le met au feu, ditelle, le bat sur l’enclume et lui fait prendre toutes les formes, de même Dieu opère et agit à l'égard de l'âme qui lui est entièrement livrée, Pour moi, je me sentais comme portée et animée par un autre esprit que le mien. J'étais contrainte de me laisser conduire et traiter à son gré, sous peine d'encourir, au fond de mon âme, un reproche si amer, que rien ne peut en donner une idée!, »
Ce reproche n'eût pas été, d'ailleurs, son seul châtiment, si elle eût refusé de s'abandonner sans réserve à l'action divine; car Dieu est tellement jaloux de régner absolument sur certaines âmes, que, non content de leur reprocher amèrement leurs moindres infidélités, il va quelquefois jusqu'à
1 Dom Claude Martin, addilion, ch. xv, [re partie, p. 65.
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les en punir par une diminution de sa grâce. C’est là un point de la plus haute importance dans la vie spirituelle.
Cependant ce n’était point encore assez des œuvres de pénitence pour préparer la fiancée de Jésus aux noces divines, Dieu voulut y joindre encore l'épreuve de la tribulation intérieure. A cette époque, le monde et le démon parurent, en effet, se liguer pour lui livrer des assauts dignes de son courage et de sa vertu. « Oh! Dieu! que je fus traversée! ! » nous dit-elle, faisant allusion à ces peines spirituelles et morales. Il n'était point de phantasmagories étranges et horribles que le démon ne lui montrât pour l'effrayer. Puis il s’efforçait, par les raisons les plus spécieuses, d'abattre son courage. « Tu es folle, lui disait-il. Pourquoi faire tant souffrir ton corps? Combien de personnes dans le monde seront sauvées, sans se donner tant de peine, par la simple observation des commandements de Dieu et de l'Église! Et puis, à quoi bon cet assujetissement continuel à un directeur ? Cette servitude est trop rude. Quel mal y a-t-il donc à faire en bien des choses sa propre volonté ? »
Mais ce quiétait pour cette âme si généreuse le plus amer sujet d'angoisses, comme le point vulnérable où le démon et le monde l'atteignaient le plus sensiblement, c'était la pensée de son fils. En faisant à Dieu le sacrifice complet des biens de ce monde,
1 Dom Claude Martin, addition au ch. xvt, p. 68.