PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
lumière, car la lumière elle-même a quelque chose de trop matériel; ni même à une impression quelconque, ni même encore à un acte, car l’acte peut être exprimé par la parole, mais que c'était plutôt quelque chose de Dieu lui-même, qui « portait dans son impression la grandeur de la Majesté divine ». Cette vision fut nette, pure, fixe, exempte de toute ignorance ou incertitude quelconque, ininterrompue et simultanée. Tous ceux qui sont versés dans la connaissance de la théologie mystique reconnaïîtront ici tous les caractères des plus hautes visions qu’il ait Jamais été donné aux hommes d’avoir en cette vie. Ce sont là les confins sublimes de la vision béatifique ; au delà, c’est le ciel.
Le souvenir de cette vision demeura toujours gravé dans son âme. Pendant un temps assez long, elle ne put même en détacher ses facultés intérieures. Mais son confesseur dissipa les inquiétudes que cet état d'absorption presque continuelle lui fit un instant concevoir. Et, du reste, une voix intérieure lui dit un jour, faisant allusion à la pensée qui lui était restée de cette vision merveilleuse : « Demeure là, c'est ton nid. » Cette douce parole lui communiqua une telle paix et une si grande sérénité intérieure, qu’elle demeura dans ce saint mystère, selon sa propre expression, comme « dans une couche divine où elle prenait ses repas et son repos! ». Rien ne pouvait la retirer de cette ineffable pensée, et elle
1 Dom Claude Martin, relation, ch. xx, Ire partie, p. 84.
nous a raconté qu'étant un jour entrée dans un magasin tenu par des huguenots, pour y traiter des affaires de son commerce, « son âme lui semblait être dans le paradis, tandis que son corps était dans cet enfer !. »
Elle fut encore très réjouie et consolée, à cette époque, par la lecture des Œuvres de saint Denys, que le Père dom Raymond de Saint-Bernard, son confesseur, lui avait procurées. Ce grand saint expose, en ‘ ‘une manière admirable, les merveilleuses opuu:- : Dieu dans l'âme de ses élus et les plus hautes vériiés sur la nature divine. Notre vénérée Mère : ‘“claré que de tout ce qu’elle a vu depuis dans d'autres livr:3 d: spiritualité, elle n’a rien vu qui approche de ce qu’a dit saint Denys. « Il surpasse, ajoute-t-elle, d’après l'impression qui m'en reste, tous les auteurs qui ont traité ces sujets, et je suis persuadée qu'il était éclairé lui-même des lumières divines ?, »
Nous ne saurions omettre de mentionner ici une remarque bien juste qu’elle a consignée dans ses écrits; c'est « qu'il n’en est pas, ce sont ses propres expressions, des lumières qui viennent directement de Dieu comme de celles qui nous viennent de la lecture des écrits des hommes même les plus profonds ; les premières font une telle impression dans l’âme et s'y gravent si profondément, qu’elles ne s’en effacent jamais; on s’en souvient toujours, on y demeure fortement établi, tandis que les autres s’effacent peu à peu
1 Dom Claude Martin, relation, ch. xx, Ire partie, p. 84. 2 Dom Claude Martin, ch. xIx, addilion.
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