‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 51 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI

avec le temps. Mais c’est néanmoins pour l’âme une grande consolation de trouver dans les écrits des docteurs et des saints la confirmation de ce qu’elle a expérimenté elle-même dans l'oraison!, »

Une autre observation non moins juste et tombée également de sa plume, c'est que les lumières qui viennent directement de Dieu satisfont pleinement l'intelligence, et ne laissent subsister dans l'esprit ni le moindre doute, ni même la moindre ignorance. Il arrive ordinairement que ces lumières intérieures sont accompagnées d’un vif sentiment d'amour; mais quelquefois l'amour domine et occupe le premier rang : c’est lorsque Dieu se communique luimême directement à l’âme, car il est essentiellement charité, Dans ce cas, cette vertu produit en elle la lumière, tandis qu'ordinairement c’est la lumière qui la produit.

Quoi qu’il en soit, lorsque l’âme est ainsi éclairée d'en haut et embrasée des feux divins, bien que son intelligence soit satisfaite, son cœur ne l’est pas complètement encore; car elle voudrait être entièrement consumée dans ces flammes et transformée en son Bien-Aimé.

‘était là le rêve suprême de l’insatiable amante de Jésus, à la veille de la consommation de ses noces spirituelles, après son entrée dans les mystérieux « celliers » du divin Époux. Elle commençait à posséder son divin trésor; elle en était possédée,

1 Dom Claude Martin, ch. xx, Ire partie, p. 85. Es 1!

Elle pouvait déjà lui dire : « Vous êtes à moi, et je suis à vous; » et néanmoins elle soupirait encore, dans son véhément désir d’être absorbée en lui, comme une goutte d'eau dans l'océan ou un morceau de bois dans un immense brasier.

Comment répéter ici tous les cris d'amour qui s’échappaient alors de sa grande âme, dévorée de ces sublimes et ardents désirs?

« Que mon âme soit enfin affranchie de la captivité de mon corps! s’écriait-elle. Je ne puis plus vivre, d mon Bien-Aimé, puisque vous ne hâtez pas le moment de notre union promise. Que vous me martyrisez par vos longs retards!

« Non, mon amour, je n’ignore pas qui je suis. Je suis que je suis le néant digne de.tout mépris, mais néanmoins vous êtes mon amour. Venez, venez! Que je vous possède loin des créatures, dans la solitude, où je puisse enfin être consommée dans vos chastes embrassements !! »

Les jours et les nuits se passaient dans ces continuels transports. Et cependant le moment si ardemment désiré n’arrivait point encore. La fiancée de Jésus languissait dans cette cruelle attente. Elle aurait pu dire avec l’Épouse des Cantiques : « Soutenez-moi par le parfum des fleurs, donnez-moi des fruits savoureux, parce que je languis d'amour!! » Malgré tout ce que nous avons dit, ces préparatifs

1 Dom Claude Martin, addition, ch. xx, p. 88 et suiv. 2 Cant., 11, 5,

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