PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
pour le mariage spirituel n'étaient point encore achevés, au gré des regards de Jésus. Et par
moment, le feu des plus cuisantes tribulations l’at-
teignait encore pour la purifier. Tantôt elle était toute troublée par la vue de la pureté infinie de Dieu; ses moindres imperfections personnelles lui apparaissaient alors comme de monstrueuses iniquités, dont elle ne pouvait supporter la vue. Tantôt c'était l'éclat de la majesté et de la grandeur de Dieu qui lui apparaissait tout à coup. À cette vue, elle se sentait pénétrée d'un tel sentiment de sa bassesse et de son néant, qu'elle en était défaillante. Quelquefois aussi le Bien-Aimé s’approchait doucement de son cœur, et, par des touches merveilleuses et d’une suavité infinie, commençait à lui faire sentir la douceur de sa présence. Elle tressaillait alors de joie et de bonheur, croyant le moment depuis si longtemps désiré enfin venu; mais le cruel Époux se dérobait aussitôt, laissant sa chère amante au milieu des soupirs et des larmes. D’autres fois, au contraire, il semblait la rebuter, refusant obstinément de lui montrer son doux visage. Vous l’eussiez vue alors, inquiète et désolée, mais toujours pleine cependant de confiance.
Un jour, il lui montra la beauté d’une âme exempte de toute souillure. Un autre jour, il lui fit comprendre à quel degré de pureté il voulait qu'elle fût parvenue, avant de contracter avec elle l'alliance qu'il
lui avait promise. Comprenant alors la raison des
retards divins, elle s’appliqua avec un plus grand
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zèle à se détacher intérieurement de toute créature.
Mais voici une nouvelle épreuve plus étonnante encore, et que nous aurions peine à croire si elle ne l'avait rapportée elle-même. « Lorsque j'étais dans l'attente intérieure de mon divin Époux, dit-elle, je me vis un jour tout à coup comme descendue dans un abîme. Toute consolation me fut ôtée. Le souvenir même des grâces que j'avais reçues augmentait mes peines. Il me semblait que j'avais été jusquelà le jouet d’un rêve. Je ne trouvais nulle part la moindre consolation, et les avis de mon confesseur lui-même me causaient un vrai martyre. Je portais cette peine partout. Le plus fréquent sujet de mes méditations était cette croix qui m'était toujours présente, et ce qui augmentait le plus ma douleur, c'était la pensée de Dieu que je ne perdais pas de vue, car il me semblait que je ne l’aimais pas. Je me voyais toute remplie de misères et d’imperfections. J'en étais venue à ce point que je ne pouvais plus me supporter moi-même, et mon cœur éprouvait les douleurs les plus étranges à la vue du changement qui s'était opéré en moi. Mon confesseur avait beau m'obliger à diminuer mes pénitences et me mettre sous les yeux ce qui était capable de me soulager, rien ne pouvait diminuer l’intensité de mes peines. Toutefois ma volonté était soumise. J'étais comme un petit enfant lié de toutes parts, qui est paisible et ne dit mot. Je voyais bien de loin la paix retirée au fond de mon âme, qui acquiesçait à toutes les dispositions de Dieu à mon égard, mais c’est à
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