‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 53 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI

peine si je pouvais me rendre compte de cet acquiescement de ma volonté,

« Je demeurai plusieurs mois en cet état. Enfin, un jour, lorsque j'étais en oraison, ces paroles me furent dites dans l’intérieur de mon âme : C’est dans la foi que je t'épouserai!, Ces mots ranimèrent toute mon ardeur, Notre-Seigneur me fit comprendre par là qu'il voulait que la foi seule fût désormais mon soutien , et que je ne cherchasse rien autre chose que la pureté et la perfection de cette vertu. Dès que j’eus connu cette volonté de mon Bien-Aimé, je n’eus plus de peine à supporter mes croix; au contraire, je les chérissais maintenant, et j'aurais voulu souffrir jusqu'au jour du jugement dernier, si Dieu l’eût voulu, contente désormais qu'il retint par devers lui ses faveurs spirituelles, dont j'étais jusque-là si avide, parce qu'il les conservait dans leur pureté, tandis que sitôt qu'il me les communiquait, je les souillais par ma malice ?, »

Après tous les sacrifices qu’elle avait accomplis pour Dieu, Notre-Seigneur lui demandait encore celui de toutes les faveurs spirituelles dont il l'avait favorisée jusque-là. À l'exception de la grâce sanctifiante, dont une âme chrétienne ne peut ni ne doit jamais se dépouiller, la servante de Dieu était appelée, avant d’être admise au mariage spirituel, à sacrifier tout le reste, à renoncer, comme épreuve

1 Osée, 17, 20.

2 Dom Claude Martin, addilion, ch. xxr, p. 95 et suiv.

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suprême de son amour, à toutes les joies, faveurs et consolations spirituelles de quelque nature qu'elles fussent, C'était se dévouer d'avance à toutes les sécheresses, aridités possibles, et cela pour toujours, n'ayant que la foi seule pour espérance et pour appui.

Quand elle vit l'étendue du sacrifice que Dieu lui demandait , elle n’hésita pas un instant. Loin d’abattre son courage, une telle vue ne fit que le rendre plus magnanime encore. Prenant aussitôt le parti de Dieu contre son propre cœur, elle fit le sacrifice qui lui était demandé, heureuse même de se sentir privée des faveurs célestes, à cause de l'abus qu’elle croyait en avoir fait. C’est bien là, on en conviendra, le triomphe de la foi et de la charité dans une âme chrétienne. L'abnégation, l'oubli de soi-même, ne sauraient aller plus loin. Aussi, par ce sacrifice héroïque, vraiment digne de la foi d'Abraham, l’œuvre de purification et de préparation aux noces divines se trouva enfin achevée pour la fiancée de Jésus.

À partir de ce moment, Dieu, pleinement satisfait de son œuvre dans l’âme de sa servante, lui rendit en abondance toutes ses anciennes joies et consolations spirituelles. Elle fut favorisée, pendant toute une année, d’une connaissance très vive des divins attributs, et reçut en un très haut degré le don d'intelligence des saintes Écritures, et surtout des sublimes mystères renfermés dans le premier chapitre de l'Évangile de saint Jean. Sa vie se

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