‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 59 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII

diesse à votre égard. Je vous reconnais, il est vrai, pour mon grand Dieu; mais vous êtes surtout mon grand Amour. Vos charmes sont si puissants, que je ne puis leur résister, et il faut, malgré moi, que mon amour pour vous l'emporte sur le respect que je vous dois!. »

Cette intime familiarité avec Dieu dans l’oraison lui devint bientôt habituelle, et n’a cessé d’être le caractère dominant de ses rapports avec lui. Du reste, elle semblait y avoir été prédestinée dès sa première enfance. On n’a pas oublié, sans doute, cette première apparition du Sauveur dont elle fut favorisée dès l'âge de six à sept ans, et dans laquelle elle reçut de Celui qui devait être un jour le divin Époux de son âme, un premier baiser d'amour. Mais, depuis le jour de son alliance divine, ces tendres familiarités étaient devenues bien plus fréquentes et intimes.

« Allons ensemble dans la solitude, mon cher Amour, lui disait-elle souvent, afin que je vous embrasse et que je vous baise à souhait. Soyez à jamais la respiration de mon âme. Que je ne voie plus que vous ! Et que, par notre union, je demeure à jamais perdue en vous ?! » Ses élans la portaient même parfois jusqu'à dire, par une supposition impossible : « OÔ mon Amour, quand vous devriez m'envoyer en enfer, il faut que je vous aime, que je

! Dom Claude Martin, addilion au ch. xxtv, Irc partie, p. 116. 2 Id., ibid., p. 117.

vous caresse, et que vous soyez à jamais l'entière et unique possession de mon cœur !, »

Au milieu de ces transports divins, on comprend facilement que les affaires de ce monde lui devinssent comme étrangères, au point d'en perdre quelquefois même le souvenir. On la vit plus d’une fois demeurer comme interdite au milieu d’une conversation, ne sachant plus ce qui venait d’être dit ou fait. Si elle était obligée de prêter une attention profonde et soutenue à une affaire importante, elle compare ces préoccupations extérieures, qui venaient l'arracher un peu à son cher entretien, « à ces petits nuages qui, poussés par un grand vent, passent sous le soleil et font de petits ombrages ?, »

On voyait en toute sa personne un tel reflet de ses sentiments intérieurs, que lorsqu'elle passait dans les rues, tout le monde s’arrêtait pour la considérer. Son seul aspect touchait les cœurs les plus indifférents et portait les âmes au recueillement et à la prière. « Ceux qui étaient dans les maisons et dans les boutiques, raconte un témoin oculaire, interrompaient leur travail pour la conduire des yeux, comme l'on fait pour les princes et les grands du monde, et quand ils commençaient à la perdre de vue, ils disaient comme par admiration et levant les yeux vers le ciel : C’est M"° Martin! » En un mot, son union avec Dieu était si profonde, qu’elle se vit obligée de demander à son divin Époux de

1 Dom Claude Martin, addition au ch. xxiv, Ire partie, p. 117. 2 Id., ch. xxv, relation.

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