PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII
vouloir bien diminuer un peu le nombre et la suavité de ses caresses. « Hé! mon Amour, lui disaitelle, je vous prie de me donner congé, de penser à ce que j'ai à faire pour le prochain, puis je vous caresseral!. »
Mais c'était surtout après la sainte communion que son âme était tout absorbée en Dieu. Ni le bruit des rues et des gens qui l’entouraient, ni les affaires les plus urgentes et les plus graves ne pouvaient alors la distraire de la muette contemplation du divin hôte de son âme, et quand le temps de l’action de grâces était passé, ce n’était qu’en se faisant une extrême violence qu’elle pouvait reprendre ses occupations extérieures.
Elle avait coutume, à cette époque, de faire la sainte communion tous les jours, à moins que d’impérieux devoirs d'état ou de charité ne l’en empéchassent. C'était ordinairement en allant et venant, pour les affaires de son beau-frère, qu’elle recevait cet adorable sacrement. Elle entrait pour cela dans la première église qui se trouvait sur son passage, de sorte que ni les gens de sa maison, ni ceux du dehors qui étaient habitués à entendre tous les jours la sainte messe dans la même église, n’avaient point l’occasion de remarquer son assiduité quotidienne à la Table sainte.
Sous l’action de ce sacrement d'amour reçu tous les jours, dans des dispositions si saintes, l'âme de
1 Dom Claude Martin, ch. xxv, addition, p. 123.
notre séraphique Mère ne pouvait manquer de s'élever toujours de plus en plus dans les voies de l'union divine. Aussi un nouveau phénomène mystique, non moins merveilleux que ceux que nous avons déjà constatés, ne tarda pas à se produire dans son âme. Nous ne craignons pas de dire que ce furent quelques rayons de la gloire de Dieu qui commencèrent à lui apparaître. Elle se sentait par moments, nous ditelle, « éblouie » par l’incomparable éclat de la lumière divine, comme l'avaient été les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, sur la montagne du Thabor.
Voici le récit qu’elle nous a laissé des impressions qu’elle éprouva, la première fois qu’elle fut admise sur cette nouvelle montagne de la transfiguration. « Un jour, dit-elle, tandis que mon âme goûtait un grand repos dans son union intime et ordinaire avec Dieu, je fus illuminée tout à coup d'une si vive lumière de la divinité, que je ne pouvais en supporter l'éclat, de même qu'on ne pourrait fixer le soleil sans être ébloui et aveuglé. Je ne pouvais supporter l'éclat de cette lumière divine qui brillait en mon âme, Alors je disais à mon divin Époux: O mon grand Dieu! je ne puis vous supporter en cette sorte. Et je crois, en effet, que si cette lumière eût continué à briller ainsi, mon âme aurait été bientôt séparée du corps et absorbée dans ce grand soleil, Quand ces sortes de visions avaient disparu, je me disais à moi-même: Est-il possible que dans le ciel on goûte Dieu davantage 1? »
1 Dom Claude Martin, ch. xxv, addition, p. 125.
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