‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 62 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII

jalousie cet sollicitude de Notre-Seigneur à l'égard de cette âme privilégiée? Il la gardait, selon le langage de l'Église, « comme la prunelle de ses yeux », écartant de son cœur, avec une attention exquise, les moindres atomes d'impureté. Au milieu des objets les plus propres à faire sur elle une impression pénible ou dangereuse, elle était comme à l’abri de toute atteinte. Jésus lui-même était sa défense et son bouclier. Malheur à celui qui lui aurait fait le moindre mal; car, si Dieu a dit avec sévérité: « Ne touchez pas à mes saints : » Molite tangere christos meos!, cette défense pleine de menaces s’adresse surtout à quiconque essayerait de nuire aux épouses de son cœur.

La voilà donc dans tout l'éclat de sa pureté et de sa ferveur, cette généreuse amante et épouse du Verbe incarné! Jésus est en elle, elle est en lui. Sous le poids de la reconnaissance, elle avait coutume de chanter un cantique d'amour, son épithalame, dont on a pu retrouver çà et là quelques fragments. Les voici dans toute leur simplicité :

« Vous nous fermez les yeux, vous nous arrachez aux sens, vous nous rendez comme insensés,

« Que ne faites-vous point de nous! Tantôt vous nous blessez, tantôt vous nous réduisez à la condition d’esclave. Ah! que vous êtes un doux Amour !

« Amour, que voulez-vous donc faire? A quoi donc vous plaisez-vous? Eh quoi! sont-ce là vos délices et les doux jeux de votre amour?

1 Ps. civ, 15.

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« Oui, mon très doux Amour, vous vous plaisez à considérer nos langueurs, mais je sais ce que je ferai; je m'élancerai vers vous, en retour de tous les coups que vous me portez,

« Vous serez, à votre tour, mon esclave; je ne vous quitterai plus, et je jouirai toujours de vous à souhait!, »

Il ne faut pas chercher ici la liaison et la coordonnance des matières, Ce sont des cris d'amour, de véhéments désirs, des plaintes amoureuses, de doux et tendres gémissements. Mais rien n’est beau comme le chant d’une âme arrivée ainsi aux plus hauts sommets de l'union mystique avec Dieu. Toutefois, ici-bas, le Thabor est toujours voisin du Calvaire, et l'épouse de Jésus-Christ ne peut être qu’une épouse crucifiée. Le chapitre suivant va nous l’apprendre,

1 Dom Claude Martin, ch. xxvi, addition, p. 130.

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