PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII
âmes qui vous aiment un martyre insupportable !? » Elle eût voulu être brûlée vive dans les flammes de la charité. « O brasier, s’écria-t-elle un jour, faites donc brüler celle qui ne peut vivre que dans vos flammes. Serait-il possible d’être si près de vous, si près de votre autel, sans y mourir des flammes de votre amour ?? »
Ces sentiments d’une si véhémente charité étaient le sujet de ses entretiens intérieurs, au milieu des nombreuses occupations extérieures qui remplissaient ses journées. « Dans les rues, dit-elle, dans l’oraison, en quelque lieu que je fusse, je languissais d'amour, et pourtant je jouissais de l’amour. Je ne sais comment m'exprimer sur ce qui arrive en cet état : on souffre, on languit, on jouit. C’est pour moi, ajoutet-elle, une grande mortification d'écrire de telles choses ; mais il m'est impossible d'exposer mon mode ou état d'oraison, ainsi qu'on me l'a ordonné, sans faire connaître ce que je voudrais être à jamais caché dans le secret de mon cœur. »
La vue des créatures, loin de faire diversion à ses divins attraits, ne faisait, au contraire, que les exciter davantage, « comme le vent attise la flamme. » Chacun des objets qui tombait sous ses regards semblait lui dire : Ce n’est pas moi qui peux vous satisfaire et vous réjouir, Et son âme s’élançait alors avec une nouvelle force vers l'unique objet de ses affections.
1 Dom Claude Martin, addition au ch. xxvir, p. 136. 2? Id., ibid., p. 138.
3 Id., ibid., p. 139.
FANS Sc PRE