PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII
et je ne doute pas que notre généreuse amante de Jésus n’en fût morte elle aussi, si Dieu ne l’eût soutenue. « J'ai souffert, écrivait-elle à son directeur, une peine extrême de n’aimer point assez. Je voyais en esprit l'amour ardent de tous les saints et saintes pour Dieu, et cependant tous ces amours ne me paraissaient point suffisants, car l'amour qu'il convient de porter à Dieu ne peut être qu'un amour infini, sans limites. C’est pour cela que tout l'amour des saints me paraissait petit à l'égard de mon Jésus. Mon âme était vraiment insatiable d'amour. Et cette soif était d'autant plus dévorante, que je sentais Jésus plus près de moi!. »
Le posséder et ne pouvoir l'aimer selon l'étendue de ses désirs, tel était jour et nuit le sujet de sa douleur. « Comment, disait-elle, un chétif cœur comme le mien peut-il posséder Jésus? Comment des personnes aussi chétives que moi pourront-elles jamais assez aimer Jésus ?? »
Toutefois cette douleur n'’abattait pas son courage. La vue de sa misère et de son néant, le profond sentiment de sa bassesse, la portaient, au contraire, à mettre toute sa confiance en Dieu, et c'est dans cette confiance qu’elle puisait toute sa force. « Je me vois, disait-elle, comme ceux qui sont anéantis en eux-mêmes, et cela me met dans une extrême confusion qui me fait encore davantage aimer Dieu.
1 Dom Claude Martin, addition au ch. xxvir, p. 141. 2 Id., ibid.
Je vois très clairement qu’il est tout et que je ne suis rien, qu'il me donne tout et que je ne puis rien lui donner. Mais je m’estime néanmoins assez riche, puisque je vois Celui qui est tout dans mon néant !. »
Dans une autre lettre adressée à son directeur, elle dit : « Depuis que je vous ai rendu compte, mon révérend Père, de mes dispositions intérieures, mon cher Amour m'a tellement comblée de ses faveurs, qui sont si souvent pour moi l’occasion d’un cruel martyre, que j'ai eu grand'peine à les supporter. Après avoir été, pendant deux jours, dans une grande union intérieure avec Dieu, je me suis sentie si fortement transportée d'amour, que j'étais comme hors de moi-même. J'éprouvais comme un véritable embrasement intérieur qui me causait une très vive souffrance, et il me semblait que mon très chaste Époux se plaisait à exciter en moi ces ardeurs et ces flammes et à jouir de mon martyre d'amour. Quant à moi, je m'eflorçais de répondre à ces ardeurs dévorantes qu'il me communiquait, en le suppliant de rompre enfin les liens qui retenaient mon âme captive en ce monde; mais bientôt, revenant en quelque sorte à moi-même, je m'offrais à lui pour souffrir ces supplices jusqu’à la fin du monde, s’il pouvait en être glorifié?, »
Les plus grands saints qui ont honoré l’Église ont-ils jamais eu pour Dieu des sentiments plus
1 Dom Claude Martin, addilion au ch. xxvir, p. 141-142, 2 Id., ibid.
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