PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII
généreux et plus vifs? Malgré elle, ils éclataient par moment au dehors.
Ayant rencontré un jour un religieux qu’elle connaissait, elle l’aborda vivement, et avec un accent ému qui trahissait toutes les émotions de son âme : « Mon Père, aimez-vous Dieu? lui dit-elle; si vous ne l’aimez pas, je ne puis vous parler. » Ce religieux, qui connaissait quelque chose des grâces précieuses dont elle était favorisée, se contenta de la regarder en silence avec bonté, et ne put s'empêcher de bénir Dieu intérieurement des faveurs si hautes qu’il daignait accorder à sa servante.
Que dirons-nous de ses douleurs à la seule pensée des péchés du monde? Son amour ardent pour Jésus- Christ, dont nous avons cité déjà tant de précieux témoignages, peut seul nous en donner une idée. Elle aussi, comme son divin Époux à Gethsémani, ployait sous le poids de la pensée des attentats dont Dieu est l'objet. Et si elle n’eut point sa sueur de sang comme lui, il se produisait du moins dans son corps un phénomène bien significatif. Elle fut atteinte d’une maladie mystérieuse, dont personne ne pouvait connaître la cause et pénétrer le secret. était une douleur extrêmement vive qui semblait provenir, disait-elle, d’une blessure qu’on lui aurait faite dans la région du cœur avec un fer émoussé.
Tous les efforts pour en diminuer l'intensité furent vains et inutiles, et les médecins ne tardèrent pas à déclarer qu’ils ne comprenaient absolument rien à un mal si étrange, et qu'il n’appartenait qu'à la
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main divine, qui avait fait cette blessure, de la
guérir.
Le couronnement de tant de souffrances ne pou- à vait être que la mort mystique de notre généreuse À victime d'amour. Elle devait recevoir le coup mortel, | t comme son divin Epoux, sur l'autel de son sacrifice. fi Ce ne fut pas son corps, il est vrai, mais ce fut son d cœur qui reçut ce coup suprême. Entièrement morte fi au monde, à la nature, à elle-même, ne pouvait-elle d' pas dire en toute vérité avec saint Paul : « Je suis we attachée à la croix avec Jésus-Christ !? » Aussi bien, S ce n’était que sur la croix que le mariage mystique de contracté avec le Verbe divin pouvait être consommé, re L'épouse de Jésus est morte désormais à elle-même par amour pour son Époux, comme celui-ci est 1] mort pour elle, et tous les sacrifices possibles sont tion renfermés en celui-là. A 1 Il semble que nous ayons tout dit, et que l'union perd mystique, même la plus extraordinaire, ne puisse ni produire de plus merveilleux effets; et cependant man
dit. S
divin
nous n'avons pas encore parlé de la grande merveille
de la vie mystique de notre Mère Marie de l’Incar- dans nation, Ce qui distingue, en effet, cette illustre ser- Mat
ER ; È £ oute vante de Dieu parmi toutes les âmes mystiques de dut a
tous les âges chrétiens, c’est ce qu’elle appelle si est pi pe , Ê nente souvent, dans ses écrits, « son état foncier et per- Ra
le sen
manent. »
mais
Cet état d’oraison, qui a commencé pour elle aus- distin sitôt après le mariage spirituel, quand elle n'avait ment
en av 4 Galat., 11, 19. distrad