‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 68 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII

encore que vingt-cinq ans environ, a duré sans interruption toute sa vie. Dans ce merveilleux état elle était libre, sans doute, d'accomplir extérieurement avec une parfaite intelligence et application tout ce que Dieu demandait d'elle; mais, quoi qu’elle fit, on eût dit que rien ne la distrayait. Elle ne perdait jamais de vue la présence de l'Époux ; et cette union continuelle, non seulement ne l'empéchait pas d'agir au dehors, mais contribuait même puissamment à rendre ses actions extérieures, ses démarches, ses paroles encore plus parfaites. Son divin Époux était comme un flambeau qui l’éclairait et lui servait à diriger sa conduite en toutes circonstances,

1 Il importe de bien distinguer l'état d'union dont il est ici question de l'état de contemplation proprement dite, qui ne peut être permanent en cette vie, contrairement à l'enseignement des quiétistes. Sans doute, notre Mère de l'Incarnation déclare qu'elle ne perdait jamais de vue son divin Époux, toujours présent dans son « fond », mais il suffit de lire avec quelque attention ses écrits pour se convaincre qu'il y avait bien loin de cette disposition permanente et habituelle de son âme à l'acte contemplatif proprement dit. Si ses puissances intérieures eussent été absorbées par la vision divine, comme cela arrive, quoique toujours assez rapidement, dans la vraie contemplation, elle n'aurait pu s'appliquer aux actes distincts, elle aurait ignoré son état, elle aurait été exempte de toute distraction, elle n'aurait pu vaquer avec liberté et réflexion aux affaires temporelles, Or toute la vie mystique de notre Mère est précisément une protestation contre cette absorption permanente de ses puissances par la contemplation directe, Aucune contemplative n'a jamais été plus active et moins quictiste, dans le sens condamné du mot, non seulement dans sa vie extérieure, mais même aussi dans sa vie intérieure et mystique, Les actes distincts se retrouvent chez elle à tout instant; elle a parfaitement décrit et analysé ses états d'oraison, ce qui prouve qu'elle en avait une connaissance ct une conscience parfaites, Quant aux distractions reconnues inévitables par saint Thomas et Bossuet,

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« Quand l'âme est parvenue à cet état d'union, nous dit-elle, peu lui importe d’être dans les embarras des affaires ou dans le repos de la solitude, fout lui est égal, car rien de ce qui la touche ou l’environne, ou frappe en quelque manière ses sens, n'altère le repos intérieur et la jouissance qu'elle éprouve dans la possession du souverain Bien. L'âme est devenue tellement passive entre les mains de Dieu, qu'il semble qu’elle ne puisse plus agir ni même vouloir. L'amour s'est emparé de tout son être, selon la donation complète et le sacrifice absolu qu’elle en a fait. Elle est ici-bas comme un ciel dans lequel elle jouit de Dieu, et il lui serait impossible d'exprimer ce qui s’y passe. C’est un concert et une harmonie qui ne peuvent être goûtés ni entendus que de ceux qui en ont l'expérience et qui en jouissent. C’est un secret réservé qui surpasse toute expression, si bien que tout ce qu'on en dit

elle en avait assurément, mais, comme l'a fait observer l'illustre champion de l'orthodoxie en matière de quiétisme, « à cause d sa grande facilité à revenir à Dieu, elle ne s’en apercevait pas ». Du reste, elle s'est expliquée maintes fois, à ce sujet, dans ses écrits. Bossuet avait donc raison de marquer dans une de ses lettres à Me de la Maisonfort, qui l'avait interrogé sur ce point, la différence essentielle qui existe entre l’état d'union « foncier et permanent » de notre Mère de l'Incarnation et l'oraison de contemplation proprement dite. Nous avons tenu à la rappeler ici pour prévenir d'avance le lecteur contre la confusion qui aurait pu peut-être s'établir, à son insu, en son esprit, à la lecture de certaines citations des écrits de notre Mère, qu'il serait facile de rapprocher, d'ailleurs, d'un grand nombre d’autres passages semblables empruntés aux auteurs mystiques les plus illustres et les plus autorisés,

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