‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 86 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE

que les enfants mêmes », selon le témoignage qui lui a été rendu, c'est-à-dire simple, naïve et innocente, conformément au grand précepte du divin Maître : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux', » On aurait dit, à la voir ainsi s’oublier entièrement ellemême, qu’elle n’avait jamais rien vu des choses et des habitudes du monde. Elle aimait à se faire instruire, comme la plus humble novice, des moindres pratiques de la maison, ravie de confesser devant ses jeunes compagnes son ignorance et son inexpérience des choses de la vie religieuse.

Sa fidélité et son obéissance envers la maîtresse du noviciat était non moins admirable. Elle n’en recevait jamais le moindre avis, soit en public, soit en particulier, qu’elle ne s’empressât aussitôt de le mettre en pratique. Et Dieu seul sait avec quel esprit d'union intime avec lui, quelle ardente charité, elle obéissait à ses ordres.

L’unique moyen de la mortifier, en la couvrant de confusion, était de lui témoigner certains égards, à cause de son âge ou de l'estime que l'on avait pour ses rares vertus. Elle cherchait alors à se dédommager par un plus grand abaissement intérieur et extérieur, s’attachant avec zèle aux plus petites observances de la vie de communauté. On ne peut imaginer avec quel soin elle recherchait l’occasion de les pratiquer. Elle n’eût pu souffrir qu'on la dispensât d’une seule.

4 Matth., xvinr, 3.

Quant au bonheur qu’elle éprouvait dans ces premiers jours de sa vie religieuse, on ne saurait non plus le décrire. C’était pour elle, selon ses propres expressions, «un vrai paradis. » Elle jouissait enfin de ce bien suprême qu'elle avait ambitionné toute sa vie, mais surtout depuis qu’elle s'était vue affranchie des liens du mariage. Elle avait enfin trouvé ce lieu écarté, si longtemps rêvé, cette délicieuse solitude où elle pouvait à l'aise, loin du tumulte du monde, jouir de son divin Époux et lui prodiguer ses tendres caresses.

Mais, hélas! ce bonheur tranquille ne devait pas durer longtemps. Il n’est point de repos absolu pour les amis de Dieu en cette vie. L’ennemi du bien et du salut de notre âme ne dort jamais, et c'est vers les grandes âmes surtout qu'il dirige ses plus terribles attaques. Il se servit, en cette circonstance, du fils de notre vénérée Mère, pour livrer à cette généreuse servante de Jésus-Christ un des plus cffrayants assauts qu'une âme vouée à Dieu ait jamais subis. Voici en quels termes elle raconte elle-même, dans sa première relation, les débuts de cette persécution d’un nouveau genre : « Plusieurs personnes du dehors commencèrent à se scandaliser de ma retraite ; elles dirent à mon fils qu'il devait venir incessamment au monastère, m'appeler, crier, faire du bruit, jusqu’à ce qu’on m'en fit sortir. Ce pauvre enfart ne fut que trop fidèle à ces conseils. On le voyait toujours triste, rivé en quelque sorte à la grille du monastère, qu'il ne quittait plus, ne cessant de se plaindre et de me demander. D'un autre côté, une

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