DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE I
aller reprendre dans le monde les soins qu’elle donnait à son fils.
Cette crainte ne se réalisa pas. Dieu, qui ne permettait ces combats que pour éprouver la foi de sa servante, voulut que le monastère tout entier fit bonne contenance en présence d’un tel assaut. Et quelques jours après, Notre-Seigneur daigna luimême, dans une vision dont notre fervente novice fut favorisée, tandis qu’elle montait l'escalier du noviciat, l’assurer qu’elle n'avait rien à craindre ni pour sa vocation, ni pour l'avenir de son fils.
On aurait pu croire que le monde, la nature et l'enfer avaient épuisé tous leurs moyens d'attaque, et que la lutte était enfin terminée. Il n’en fut rien. Elle recommença bientôt, plus vive et plus ardente que jamais. Cette fois, le cœur de notre héroïne en fut profondément ébranlé, car l'ennemi porta ses coups d’un côté plus délicat et encore plus sensible, fcoutons-la elle-même : « Avant mon entrée dans le monastère, mon cher fils était d’une innocence parfaite. Mais après mon entrée en religion un changement notable se produisit en lui. Ce pauvre enfant, aigri par tout ce qu'il entendait, se laissa aller à la paresse et à tout le cortège de maux qu’elle entraîne ordinairement après elle, si bien que l'on eut bientôt lieu de craindre qu'il serait incapable de quoi que ce soit. Le démon me tenta beaucoup de ce côté. IL s'eflorçait de me persuader que j'étais la cause de tous ces maux dont mon fils était menacé, et que j'étais obligée de retourner dans le monde,
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auprès de lui, pour les prévenir. Il s’efforçait même de me faire entendre que je n'avais cherché autre chose, en entrant en religion, que ma propre satisfaction ; que ma vocation, par conséquent, n’était point surnaturelle et divine, mais bien l’effet de mon amourpropre. J'entrevoyais déjà la perte de mon fils, dont j'allais être responsable devant Dieu'. »
Des considérations si graves, si vivement représentées d’ailleurs par son imagination et le démon luimême, bouleversèrent quelque temps son âme tout entière. Son unique point d'appui, en des conjonctures si difficiles, fut son obéissance à la volonté de Dieu, son complet abandon à la Providence, et surtout sa fidélité et sa constance à entretenir avec Notre- Seigneur Jésus-Christ les mêmes rapports de dévotion et de tendre familiarité. Ce fut grâce à cet esprit d'oraison et de sacrifice, qui ne cesse de l'animer un seul jour, qu’elle put échapper au redoutable péril causé par une tentation si subtile et si délicate. Sa charité pour Dieu la soutint, mais ce ne fut pas sans peine. Un jour, se sentant plus unie que de coutume au divin Sauveur, elle se permit de lui adresser quelques plaintes, au sujet de cette agonie du cœur à laquelle tant de combats l’avaient réduite. Mais elle se sentit aussitôt intérieurement pressée de lui demander de la faire souffrir encore davantage pour le salut de son cher fils, ce qu’elle fit avec la plus vive ardeur, « O mon Amour, lui dit-elle, faites-moi
1 Dom Claude Martin, addition au ch. 1, Ire partie, p. 187-188.