‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 91 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE

souffrir toutes les croix qu’il vous plaira, pourvu que cet enfant ne vous offense point. Car je préférerais mille fois le voir mort qu’en état de péché. Oui, je consens à être sur la croix, martyrisée de toutes manières, à la condition que vous daignerez en prendre soin vous-même !, »

Nous verrons, par toute la suite de cette histoire, combien cette prière fut agréable à Dieu.

Un Père jésuite, recteur du collège de Rennes, le R. P. Dinet*?, étant passé à Tours sur ces entrefaites, Mgr l'archevêque et le Père dom Raymond le prièrent instamment d'emmener avec lui au collège de Rennes le jeune écolier; ce qu’il accepta volontiers, sa tante s'étant engagée d'ailleurs à payer les frais de sa pension.

Ce départ de Tours coïncida, à quelques semaines d'intervalle, avec un événement bien douloureux pour le cœur de notre fervente novice. Son père vint à mourir. Ce vénérable vieillard n'avait pu supporter l'éloignement de sa fille, pour laquelle il avait une très vive affection. Au moment de s’en séparer, il lui avait déclaré qu'il mourrait du chagrin qu'’allait lui occasionner son départ. Depuis lors, il n’avait cessé de renouveler ses instances pour la déterminer à retourner dans le monde. Ce n'était point, sans doute, que sa présence lui fût absolument nécessaire, puisqu'il avait encore deux autres filles qui

1 Dom Claude Martin, addition au ch. 1, Ile partie, p. 188. 2 Le P. Dinet dont il est ici question devint plus tard provincial et confesseur du roi Louis XIII.

pouvaient pourvoir à ses besoins; mais c'était seulement par un pur sentiment de très vive affection paternelle.

Cette mort fut bien vivement ressentie par notre vénérée Mère; mais, en voyant la main de Dieu briser ce lien qui l’attachait encore à la terre, peu de temps après que son fils eut été lui-même emmené à Rennes, elle comprit que la paix du côté de sa famille allait enfin succéder à tant d’orages.

En effet, les esprits se calmèrent peu à peu dans la ville; le monastère recouvra son ancien calme, et ceux-là mêmes qui s'étaient montrés les plus Do irrités de la résolution de la généreuse veuve comprirent enfin que Dieu avait conduit lui-même tous ces événements.

La chair et le sang venaient, il est vrai, de subir une grande défaite, après cette lutte de la tendresse filiale contre un cœur maternel; mais d’autres ennemis, plus redoutables encore, vont bientôt se dresser en face de notre novice. Dieu voulut cependant la faire jouir d'un petit intervalle de tranquillité entre ces grands combats. Et c’est dans ces courts instants de repos que nous allons maintenant la considérer.

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