‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 93 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE

textes. Toutes les puissances de l’âme en sont bientôt troublées et comme renversées. Dans cet état, on ne peut presque plus distinguer l'esprit de la grâce de celui de la nature, et l'âme finit par tomber dans de lourdes fautes, qui sont la conséquence de ses égarements dans les voies spirituelles. Si j'étais capable de donner un conseil aux âmes appelées par Dieu à la contemplation divine, ce serait celui de rendre un compte fidèle de leur intérieur au directeur de leur conscience. La candeur émousse, en effet, la pointe de la curiosité en rendant l'âme simple, et par cela même plus apte à recevoir les grâces de Dieu, qui, étant par sa nature essentiellement pur et simple, ne veut que des âmes qui lui ressemblent pour leur communiquer ses saintes impressions !. »

Ces salutaires avertissements étaient d’ailleurs corroborés par les exemples de notre chère novice. Son âme était si pure et si candide, « que rien ne la troublait dans son attachement à son céleste Époux, qui la faisait, selon ses propres expressions, un même esprit avec lui. Les règles, le chœur et toutes les actions prescrites par l’obéissance m'aidaient puissamment, nous dit-elle, à atteindre la perfection de cette union. Aussi rien au monde ne me paraissait plus précieux que la grâce de ma vocation et les prescriptions de l’état religieux. »

Mais ce qu'il y a de plus admirable parmi toutes

1 Dom Claude Martin, relation, ch. n, Ile partie, p. 189-190. 2 Id., ibid.

ces merveilles de l'union divine, ce sont les douces familiarités de Jésus à l'égard de sa chère épouse, et, s’il nous est permis de parler ainsi, les ineffables jeux de son amour, « Un soir, raconte-t-elle, pendant mon oraison, m'adressant à mon divin Époux avec une entière confiance, je lui donnai mon cœur, bien qu’il lui appartint déjà entièrement et sans la moindre réserve, Mais il me semblait que, ce jour-là, pour me faire un peu souffrir, il ne voulait pas l’accepter. Je sortis de l'oraison sous cette impression d'inquiétude, sans perdre toutefois l'union intime avec mon Bien-Aimé, Mais, le lendemain matin, à peine étais-je rentrée en oraison, il me dit dans l’intérieur, comme en souriant, ne voulant me laisser plus longtemps souffrir : « Donne-moi ton cœur. » A ces mots, je me sentis toute liquéfiée en lui. Il me semblait qu'en m'’adressant cette parole il avait attiré à lui tout ce qui était en moi, l’acceptant pour sien, » Le divin et aimable ravisseur, en effet, s'était emparé comme furtivement du cœur de sa chère épousé « sans qu'elle s'en aperçût, dit-elle, et qu'elle y eût consenti ». C’est qu’elle était tellement unie à son Bien-Aimé, que celui-ci ne lui demandait plus son consentement avant de le lui ravir, « comme il faisait au commencement. » La donation était faite depuis longtemps. « Il sait maintenant que c’est pour lui qu’elle soupire sans cesse et languit; aussi il lui fait sentir ses caresses d'amour quand il lui plaît. » De son côté, quand elle voit « que son Bien-Aimé s’est saisi de sa personne avant

Page 1