DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II
de son union si étroite et si souvent réitérée avec le Verbe Incarné.
Les dons les plus précieux lui furent accordés par son divin Époux à l’occasion de sa vêture. Le premier fut une intelligence toute particulière de la sainte Écriture. Les sentences de nos saints livres devinrent pour elle comme « une manne toute céleste! », dont son âme se nourrissait. Elle ne parlait jamais, qu’aussitôt quelques paroles de la sainte Écriture ne tombassent de ses lèvres. Si elle avait à consoler les malades ou les affligés, elle le faisait toujours, avec un touchant à propos, par quelques textes de nos saints livres, dont elle savait faire jaillir, par un doux et aimable commentaire, de vives lumières et de suaves consolations. Pendant les récréations elles-mêmes, elle savait au besoin relever l’entretien par quelque citation de ces mêmes livres. Mais, chose bien plus étonnante et vraiment miraculeuse, bien qu’elle n’eût jamais étudié le latin *?, elle comprenait très bien néanmoins les divers passages de l'Écriture qui étaient cités devant elle dans cette langue, ou ceux qu’elle récitait au chœur. Écoutons-la elle-même nous parlant de ses saints enthousiasmes pour les psaumes.
« Pendant le chant ou la récitation des prières canoniales, j'étais obligée de me faire violence pour ne point laisser éclater au dehors les ardeurs inté-
1 Dom Claude Martin, addition au ch. 1v, Ie partie, p. 201,
2 L'abbé Richaudeau, Vie de la Bienheureuse Mère Marie de l'Incarnation, ch. v, p. 121.
rieures qui me consumaient. Le chant, il est vrai, me soulageait un peu, mais tous mes sens étaient transportés de telle sorte, que j'aurais battu des mains pour provoquer tout le monde à chanter les louanges de Dieu, si grand et si digne d’être aimé et servi. Volontiers je me serais écriée avec l'Épouse | des cantiques : Nous tressaillirons et nous nous réjouirons, Seigneur, au souvenir de vos consolations meilleures que le vin le plus délicieux,
J'aurais vrulu chanter un Æructavit pour annoncer ’ au monde entier les grandeurs et les ineffables pré- j rogatives de mon divin Époux. Il m'apparaissait L
tout entier au milieu des mélodies des psaumes. Ses justices, ses jugements, ses grandeurs, ses amours, ô son équité, ses beautés, ses magnificences, ses libé- à ralités m'étaient tour à tour représentées avec un éclat extraordinaire, jusqu'à ses mains toutes d’or et pleines d’hyacinthes, d’où s’épanchent les grâces les plus abondantes sur les fidèles amantes de son
cœur ?, »
Comment s’étonnef après cela que son âme, remplie et possédée de ce saint enthousiasme, s’épanchât quelquefois au dehors en paroles brülantes et d'une éloquence toute divine? Un jour, une de ses compagnes du noviciat, ayant lu dans son livre de prières ces paroles du Cantique des cantiques : Qu'il me baise du baiser de sa bouche, lui dit aimablement : « Prêchez-nous un peu, sœur Marie, dites-nous
1 Cant., 1,5.
2 Dom Claude Martin, relation, ch. 1v, Ile partie, p. 198.
rai, ent des les imé use Ious ns0ux !.
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