‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 57 · DES LT LE PTPRT · texte numérisé non relu

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ce papier, mais que je vous dirais volontiers à l'oreille. Je prévoyais l'abandon de nos parents, ce qui me causait mille croix ; et ensuite l’infirmité humaine me faisait appréhender votre perte.

“ Lorsque je passai par Paris, il m'était facile de vous placer. La Reine, madame la duchesse d’Aïguillon, et madame la comtesse de Brienne, qui me firent t5ajours l’honneur de me regarder de bon œil, et qui m'ont encore honorée cette année de leurs lettres, ne m’eussent rien refusé. (Ici je dois remercier madame la duchesse d’Aiïguillon du bien qu'elle a voulu vous faire.) Mais la pensée me vint alors que si vous étiez avancé dans le monde, votre âme serait en danger de se perdre ; et je me résolus de vous laisser une seconde fois entre les mains de la Mère de bonté, me confiant que puisque j'allais exposer ma vie pour le service de son Fils, elle prendrait soin de vous. Ne l’aviez-vous pas aussi prise pour Mère en entrant dans vos études ?

Vous ne pouviez donc attendre d'elle qu’un bien semblable à celui que vous

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possédez. Les avantages qui se sont présentés pour vous à Paris étaient quelque chose ; mais ils étaient infiniment au-dessous de ceux que vous possédez à présent.

“ Vous voilà donc dans la milice sacrée, mon très cher fils ; au nom de Dieu, faites état de la parole de Jésus- Christ, et pensez qu'il vous dit : celui qui mel la main à la charrue et qui regarde derrière soi n'est pas propre au royaume des cieux. Ce qu’il vous promet est bien plus grand que tout ce qu'on vous faisait espérer, et que vous ne devez estimer que boue el fange pour acquérir Jésus-Christ. Votre glorieux patriarche saint Benoit vous en a donné un grand exemple. Imitez-le, au nom de Dieu, afin que mon cœur recoive à la première flotte la consolation d’apprendre que mes vœux offerts à la divine Majesté depuis vingt et un ans sans intermission, ont été reçus du ciel. Je vous vois dans de saintes résolutions ; c'est ce qui me fait espérer que Dieu, qui a commencé cet ouvrage, vous donnera

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la persévérance. 11 ne se passe pas de jour que je ne vous sacrifie à son amour sur le cœur de son bien-aimé fils : plaise à sa bonté que vous soyez un vrai holocauste tout consumé sur ce divin autel !.…..

“ J'ai une consolation très sensible du bon souhait que vous faites pour moidu martyre. Hélas ! mon très cher fils, mes péchés me priveront de ce grand bien :

je n'ai rien fait jusqu'ici qui soit capable de gagner le cœur de Dieu ; et il faut avoir beaucoup travaillé pour être trouvé digne de répandre son sang pour Jésus-Christ. Aussi n’osé-je porter mes prétentions si haut ; mais je laisse faire sa bonté immense, qui m'a toujours prévenue de tant de faveurs. Je me donne à elle, et vous lui donne aussi ; et pour une bénédiction que vous me demandez, je la prie qu'elle vous comble de celles qu'elle à départies à tant de valeureux soldats qui lui ont gardé .une fidélité inviolable.

“ Si l'on venait me dire : votre fils est mar‘yr, je crois que jen mourrais de joie. Laissons faire ce Dieu plein

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d'amour ; il a ses temps, et il fera de vous ce qu'il a déterminé d'en faire de toute éternité. Soyez-lui fidèle, et il trouvera les occasions de faire de vous un grand saint et un grand martyr, si vous obéissez à ses divins mouvements, si vous vous plaisez à mourir à vousmême, et si vous vous efforcez de suivre l'exemple que tant de grands saints de votre ordre vous ont donné. Si Notre- Neigneur vous accorde la grâce de faire profession, je vous prie de m'en donner avis, et aussi de quelle manière il vous a appelé, et quels moyens vous avez pris pour exécuter votre dessein.

Enfin faites-moi part de vos biens, qui, comme vous pouvez juger, m’apportent une consolation très grande. Priez bien Dieu pour moi; je vous visite en lui plusieurs fois le jour, et sans cesse je parle de vous à Jésus età Marie. Adieu, mon très cher fils ; je ne me lasserais point de vous entretenir ; mais enfin il faut finir, et vous dire adieu pour cette année.”

‘“ De Québec, le # septembre 1641."

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Le Jeune novice, ainsi éclairé par les conseils de sa mère, et vivifié par ses ardentes prières, embrassa la croix avec amour, et fit des progrès rapides dans les sentiers de la perfection. Il dit luimème qu'il passa son noviciat dans un entier oubli du siècle, et que, nourri de la grâce, il porta avec joie le joug des austérités et de la règle bénédictine. A mesure que ce nouvel astre montait rapidement au ciel monastique, la lumière et la rie rayonnaient dans l’âme si longtemps voilée de la Mère de l’Incarnation. Nes peines intérieures s’évanouisaient ; la sérénité des anciens jours semblait vouloir reparaître, lorsque tout à coup la nuit se fit de nouveau sur ces clartés fugitives. La sainte comprit alors que son fils était en danger de ne pas consommer son Sacrifice. Ses tortures internes lui en donnèrent même la conviction si intime, qu’un jour, quoique aucun indice extérieur n’eùt pu rien lui révéler, elle se vit cbligée de sortir de table pendant le repas, et d'aller se pros-

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terner au pied de l'autel, pour l'offrir, encore une fois, en holocauste à son divin Maitre.

Elle apprit, quelques mois plus tard, que d'anciennes dettes, que le jeune homme avait contractées dans le monde, avaient été un obstacle à sa profession.

Enfin il prononcça ses vœux solennels, et s’élança avec une nouvelle ardeur vers les hauteurs ascétiques. Parvenu à une éminente sainteté, 1l fut promu aux premiers emplois de son ordre, contribua à la réforme de plusieurs abbayes, et mourut à Marmoutiers, le 9 août 1696, comblé d'œuvres et de mérites, à l’âge de soixante-dix-sept ans, après avoir été quarante ans supérieur dans divers monastères de France.!

Cette première conquête était le pré-

L. Après la mort de sa vénérable mère, le R. P. Dom Claude Martin écrivit son histoire d’après les relations qu’elle avait écrites par l’ordre de ses directeurs. 11 publia aussi un volume de ses ‘ Lettres spirituelles et historiques,’ et d’autres ouvrages composés par elle, entre autres : L'Ecole Sainte ou Explication du Arand Catéchisme, et le volume de ses Æetraites.

Les Ursulines conservent plusieurs souvenirs du bienheureux fils de leur sainte, entre autres une croix d'argent enrichie d’une parcelle de 1x vraie croix.

lude d’une autre, non moins éclatante, et qui devait être la récompense et le terme de l’immolation volontaire de la Mère de l’Incarnation. La nièce qu'elle s'était offerte à racheter du monde au prix de ses larmes, était une enfant de cette sœur, dont elle avait partagé la vie et les travaux pendant son veuvage. Elle l'avait reçue dans ses bras, la première, à son entrée dans la vie, et la première, elle l'avait offerte à Dieu. Son âme s'était attachée à cette enfant, qu’elle avait bercée sur ses genoux et initiée à la grâce.

Devenue l’une des plus riches héritières de la Touraine, et lancée dans le siècle dès l’âge de seize ans, la jeune fille ne connut de la vie que les prestiges et les triomphes. Parée de l'éclat d’une beauté éblouissante, des charmes de l’esprit et d’une éducation parfaite, ‘ elle était encore plus dangereuse pour le monde, que le monde ne l'était pour elle”! Elle se vit entourée d’un cercle

l. Guillaume de S$Saint-Thierry, Vie de Saint, Bernard, Hib. I, TITI.

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d’enthousiastes admirateurs, qui sollicitèrent son alliance. Aucun cependant n'avait pu captiver son cœur, lorsqu'un grand seigneur de la cour de Louis XIIT, éperdu d'une passion aveugle pour elle, résolut de l'épouser de gré ou de force.

N'ayant pu triompher de l'opposition de sa mère, restée veuve depuis une année, il eut recours à la perfidie.

Un matin que la jeune fille se rendait à la messe, accompagnée seulement d’une servante, elle rencontra, au détour d’une rue déserte, un groupe de jeunes gens, qui lui livrèrent un étroit passage près d’un carrosse arrêté devant eux. À l'instant où elle passait sans défiance, la portière s'ouvre, un bras vigoureux la saisit et l’entraine, évanouie, au fond de la voiture, qui disparaît comme un éclair, malgré les cris d'alarme de la servante, qui appelle en vain à son secours. Qu'on se figure le désespoir de l'infortunée mère en apprenant l’enlèvement de sa fille. Elle invoque aussitôt le bras de la justice, et fait armer ses

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