REMOTE LAID DES
si délicate, et si sensible à la moindre froidure, pieds-nus, comme les autres, sur la neige, n'était couverte que d’une petite tunique qu'elle avait jetée sur ses épaules en fuyant devant l'incendie.
Mais ce qui était plus navrant encore, c'était de voir la Mère de Saint-Joseph, toujours souffreteuse depuis plusieurs années et dont la maladie s'était aggravée encore durant l'hiver, aussi peu vêtue que ses compagnes, la pâleur de la mort sur la figure, et toute transie de froid. ‘‘ Si elle eût eu autant de force que de courage, dit la Mère de l’Incarnation, nous eussions sauvé, elle et moi, une partie de ce qui était au dortoir, mais elle était si faible qu'en voulant remuer son matelas, les bras lui manquaient ; il n’y eut que le mien de sauvé, avec ce qui me couvrait. ”
La Mère de l’Incarnation se dépouilla de ses habits pour couvrir la chère malade, malgré ses résistances, et demeura, comme les autres, exposée à la rigueur de l'hiver ; car le peu de vête-
ments, qu'elle avait jetés par sa fenêtre, s'étaient accrochés aux grilles du réfectoire et avaient été consumés avec le reste.
Ce fut alors un combat de charité entre celles qui étaient moins nues que les autres ; chacune voulant donner une part de son vêtement, ses pantoufles, ses bas, un lambeau de costume pour vêtir sa voisine moins fortunée. L’'héroisme de la Mère de l’Incarnation avait tout à coup passé dans le cœur de ses compagnes. Au trouble et à l'abattement avait succédé la plus parfaite résignation, et toutes ensemble se jetèrent à genoux et remercièrent Dieu de les avoir jugées dignes de cette suprême épreuve. Les témoins de cette scène, ravis d’une telle générosité parmi un dénûment si complet, ne pouvaient revenir de leur admiration, et fondaient en larmes d’attendrissement et de compassion. L’un d'eux, tout stupéfait d’6tonnement, s’écria : ‘“ Voilà de grandes folles ou de grandes saintes. ”
“ Il ne savait pas, ajoute la Mère de l’Incarnation, ce que celui qui nous touchait de sa main, opérait pour lors dans nos cœurs. ’?
L’incendie était en ce moment dans toute sa violence. La nuit était sereine, le ciel brillamment étoilé, le froid très vif ; mais un calme parfait régnait dans l'atmosphère. De l'immense brasier' jaillissaient des tourbillons d’étincelles, qui retombaient en pluie de feu sur la forêt, le fort Saint-Louis, la demeure des Jésuites et les maisons voisines, menacant d’incendier la ville entière. Les clameurs de la foule qui s’agitait autour des flammes, les sanglantes lueurs qui illuminaient tous les visages de teintes fauves, et rougissaient le sol et les arbres chargés de neige, l’éblouissante clarté qui se projetait au loin sur la nuit et transformait les ténèbres en un
jour éclatant, tout s’unissait pour aug-
menter l'horreur de ce sinistre spectacle.
Au plus fort du danger, une faible brise s'éleva du côté du fleuve et entraîna
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les flammes vers l'Esplanade où s'étendaient alors le jardin et les champs des Ursulines. Cet heureux incident préserva la ville d’une destruction imminente.
Enfin, en moins de deux heures tout fut consumé, et ilne resta debout que les murailles noircies, d'où s’échappait une épaisse fumée. Tout ce que les Ursulines possédaient de vêtements, de provisions, de meubles était anéanti.
Après les premiers moments de confusion, le Supérieur des Jésuites ! rejoignit les malheureuses victimes, et les conduisit à la résidence des Pères. Les enfants furent confiées aux principaux citoyens, qui leur prodiguèrent les soins les plus affectueux ; elles avaient tellement souffert du froid que plusieurs
furent gravement malades.
À la première nouvelle du désastre, les Hospitalières s'étaient empressées d'envoyer offrir leur maison aux Ursu-