‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · Le P. Ragueneau · texte numérisé non relu

Le P. Ragueneau

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lines. Comme c'était l’asile le plus convenable pour elles, le Supérieur les y conduisit lui-même, après leur avoir fait distribuer les objets indispensables à ce trajet.

Les Hospitalières fondirent en larmes en les apercevant dans un tel état de pauvreté. Bien plus touchées de leur malheur que les Ursulines elles-mêmes, elles se jetèrent dans leurs bras et les embrassèrent avec cette effusion de cœur et ces témoignages de sympathie, dont les âmes vouées à Dieu ont seules le secret. Elles les revêtirent de leurs propres habits, et mirent le monastère à leur entière disposition.

Le lendemain, le Gouverneur, accompagné du Supérieur des Jésuites, vint leur offrir ses condoléances, et leur témoigner la part intime qu'ii "renait à leur infortune. Il revint ensui'e avec elles sur le théâtre de l’incendie, et leur fit visiter les ruines fumantes, dont personne n’osait encore approcher. Toutes les cheminées étaient tombées, les murs

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Cette calamité fut une précieuse occasion pour les Fondatrices d’adorer les admirables desseins de Dieu qui prépare toujours le baume à côté des plaies qu'il inflige, qui fait éclore les consolations des malheurs mêmes, les roses des vius sanglantes épines. De toutes parts leur arrivèrent des témoignages de touchante sympathie : preuves éclatantes de l’attachement et de la reconnaissance qui les enracinaient aux entrailles du peuple.

Chaque famille s’ingéniait des plus délicates attentions pour alléger leur misère et essuyer leurs larmes.

Mais le ciel leur ménageait une marque de compatissance bien autrement sensible, une naïve démonstration qui devait leur aller droit au cœur, et les dédommager amplement de tous leurs sacrifices. À deux pas des ruines du monastère incendié, gisait une autre ruine bien plus triste, bien plus lamentable :

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c'étaient les restes désolés de cette grande tribu huronne, dont la bourgade s'élevait entre l’Hôtel-Dieu et les Ursulines.

Aussitôt après le désastre, tous les capitaines s’assemblèrent dans la cabane du chef de la tribu, et tinrent un grand conseil. Il fut résolu d'envoyer une députation aux ‘“ Filles Vierges, ” afin de pleurer avec elles sur leurs malheurs communs, et de couvrir les cendres de leur monastère avec des présents. Mais, hélas ! ils n'étaient plus ces jours de prospérité où ils allaient aux assemblées les mains pleines de beaux présents ; ils n’avaiert aujourd’hui pour toutes richesses que deux colliers de porcelaine de douze cents grains chacun. Il fut décidé qu'on irait les offrir. Le conseil fut immédiatement levé, et la députation se dirigea vers l’Hôtel-Dieu. Les Ursulines, entourées du P. Ragueneau et des Hospitalières, les reçurent dans une salle de l'hôpital. Le grand chef Taiearonk porta la parole :

“ Saintes Filles, dit-il, vous voyez de

pauvres cadavres, les restes d’une nation qui a été florissante, et qui n'est plus.

Au pays des Hurons, nous avons été dévorés et rongés jusqu'aux os par la guerre et par la famine. Ces cadavres ne se tiennent debout que parce que vous les soutenez. Vous aviez appris par des lettres, à quelle extrémité de misères nous étions réduits ; mais maintenant vous le voyez de vos yeux. Regardez de tous côtés, et voyez s’il n’y a rien en nous qui ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes et de verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas ! ce funeste accident qui vous est arrivé va renouveler tous nos maux, et faire couler encore nos larmes qui commencçaient à tarir! En voyant réduire en cendres en un moment cette belle maison de Jésus, cette sainte maison de charité, en y voyant régner le feu sans respecter vos personnes, saintes Filles qui l’habitiez, nous nous sommes souvenus de l’incendie universel de toutes nos maisons, de toutes nos bourgades et de toute notre patrie !

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