‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 51 sur 57 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Mort de l1 Mère de l’Incarnation.

Choisie la première, des trois fondatrices venues de Tours avec elle, la Mère de l’Incarnation, leur guide et leur soutien, était destinée à clore sur la terre leur ‘marche laborieuse vers l’autre rive de la vie.

Jusqu'au commencement de l’année 1672, les Ursulines avaient conservé l'espoir de prolonger encore quelque temps les précieux jours de leur vénérable mère, malgré son excessive débilité et ses souffrances habituelles. Depuis sa dernière maladie, elle avait toujours souffert d’une extrême faiblesse surtout dans les côtés, et d’un épanchement de bile qui mêlait un goût d’amertume à toute sa nourriture. Toutefois aucun

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symptôme alarmant ne s'était encore déclaré ; mais dans la nuit du quinze au seize janvier, elle fut prise d’une oppression de poitrine qui faillit l’étouffer. Cette première attaque fut suivie d'un vomissement extraordinaire, qui dura vingt-quatre heures, sans qu'aucun remède püt le calmer. A peine eut-il cessé que l’étouffement recommenca et devint extrême. Une douleur de tête accablante se joignit à cette oppression, et ne lui laissa plus un moment de repos, un seul instant de sommeil. La fièvre ardente, qui s'était allumée dans tout son être, avait produit une telle prostration de forces, que son corps n'était plus qu'une masse inerte que trois personnes robustes pouvaient à peine remuer. Deux tumeurs s'étaient en même temps déclarées aux côtés, et devinrent deux foyers de fièvre, dont les élancements lui causaient d’atroces douleurs.

La sublime malade, ainsi gisante sur sa couche funèbre, parut plus grande que dans l’action et les ravissements de

l'extase. Pas un soupir, pas une plainte, pas un muscle de son visage ne trahissait les intolérables souffrances, dont elle était consumée ; sur toute sa physionomie rayonnait une auréole de majestueuse sérénité, de jouissance surhumaine. La paix et l’éclat de son âme rejaillissaient sur sa figure. Ravie de se voir crucifiée avec Jésus-Christ, elle répétait avec un saint transport : Christo cructfixa sum cruci.

Cependant le mal faisait des progrès si rapides que, dès le cinquième jour, 20 janvier, les médecins déclarèrent qu'il n’y avait plus d'espoir. À une heure de Japrès-midi, elle reçut le Saint-Viatique des mains de M. de Bernières, en présence de la communauté en pleurs. Elle seule éprouvait une joie indicible en s’unissant, dans le sacrement d'amour, à l'époux invisible qu’elle espérait bientôt voir et posséder sans voile. Le lendemain, au moment de recevoir l’Extrême- Onciion, elle demanda pardon à M. de Bernières, supérieur du monastère, et au

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vénérable P. Lalemant, son directeur ; puis se tournant vers la supérieure, la Mère de Saint-Athanase, elle la remercia, ainsi que toute la communauté, de leur charité à son égard, et leur demanda pardon des fatigues et des peines qu'elle leur avait données pendant sa maladie.

Un instant après, entendant dire que la petite fille d’un des premiers chefs algonquins convertis venait d'entrer au pensioanat, elle la fit v-nir et lui prodigua les caresses les plus affectueuses. Puis s'adressant à se: sœurs, ‘ elle leur dit des merveilles pour les exciter à l'estime de leur vocation et à l'amour des petites sauvages, qu'elle appelait les délices de son cœur.” Toutes les pensionnaires françaises et sauvages lui furent ensuite pré-entées pour recevoir sa bénédiction , la mourante étendit ses mains tremblantes sur le groupe des jeunes vierges agenouillées autour de son lit de mort, et, le regard illuminé d'un rayon céleste, tandis qu’un sourire affectueux errait sur ses lèvres pâles et

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