‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 6 sur 49 · DR): D · texte numérisé non relu

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qui la suivait partout, retentit plus puissante que jamais à son oreille, et, s’unissant à celle de son directeur, la pressa vivement de hâter son départ.

Fidèle à ce double avertissement, elle fixa irrévocablement le jour de son entrée au noviciat des Ursulines, malgré les nouvelles réclamations de ses amis et de ses proches, malgré les larmes et les prières de son père qui la suppliait de ne pas l’abandonner sur ses vieux jours, malgré les déchirements de cœur qu'elle éprouvait à la pensée de dire adieu pour jamais à son fils unique.

Maïs elle se rappelait cette parole du Sauveur : Celui qui aime son père ou sa MÈTE, ss éisox son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi, (Matth. X, 37) ; et elle y puisait uu courage et une fermeté invincibles.

Elle n'eut pas plus tôt pris cette résolution que tous ses doutes et ses scrupules s’évanouirent, pour faire place à une paix inaltérable et si profonde que rien ne pouvait l'en distraire. Cette

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impression était si puissante qu’elle lui permettait à peine de prendre quelques heures de sommeil, et si peu de nourriture que l'on craignit sérieusement qu'elle ne tombät malade.

Enfin l'heure de la séparation étant arrivée, elle fit venir son fils auprès d'elle pour lui donner ses derniers avis, avant que la barrière infranchissable du cloître, qui allait s'élever entre elle et lui, le laissât orphelin sur la terre.

C'était le moment qu'elle avait toujours le plus redouté ; car elle conna:ssait toutes les défaillances de l’amour maternel ; elle savait combien sont profondes ces racines qui, après avoir alimenté deux vies dans un même cœur, s’enlacent

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et deviennent plus fortes que la mort.

Aussi s'était-elle préparée à ce moment

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dès que son fils avait atteint l’âge de deux ans, elle s'était imposé le sacrifice de ne lui faire aucune caresse, et de ne lui en permettre aucune à son égard.

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Elle espérait par là lui rendre son absence moins doulcureuse, lorsque l'heure de la séparation serait venue.

Mais ce fut tout le contraire qui arriva ; car si d'un côté elle avait toujours agi envers lui avec une douce gravité et avait exigé de lui la même conduite, autant que son âge le lui permettait ; d’un autre côté, elle n'avait jamais usé à son cgard du moindre mauvais traitement...

Aussi son attachement pour elle était-il aussi tendre que profond.

Dès qu’elle se vit seule avec lui, elle le fit asseoir auprès d'elle et lui tint ce langage, digne de la mère des Machabées :

“# Mon fils, j'ai à vous communiquer un grand secret que je vous ai tenu caché jusqu’à ce jour, parce que vous

n'étie: sas en âge d'en comprendre l'import: use. Mais à présent que vous commencez à être raisonnable, et que je suis sur le point d'exécuter ce qu’il m'ordonne, je ne puis plus différer davantage de vous le faire connaître.

Dès le moment que je perdis votre père,

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= 49 — avec qui vous savez que je n'ai vécu que deux ans, Dieu m'inspira le dessein de quitter I: monde et d’embrasser la vie religieuse. Ce dessein . s’est toujours fortifié en moi, et si dès lors je ue l'ai pas mis à exécution, c’est que vous étiez encore trop jeune et que vous aviez besoin de moi. Mais aujourd’hui cette raison n'existe plus, et il faut que j'obéisse à la voix de Dieu qui m'appelle.

J'aurais pu vous quitter sans vous en parler, car il y va de mon salut, et quand il s’agit de se sauver, il ne faut demander permission à personne. Mais je n’ai pas voulu vous contrister, en vous laissant tout à coup seul, sans père et sans mère.

Vous jugez bien que je n'ai nullement besoin de votre consentement, puisque le grand Maître a parlé ; je veux cependant vous le demander, et j'espère que vous ne me le refuserez pas. Si cette séparation vous afilige, songez à l’honneur insigne que Dieu me fait en daignant m'appeler à son service. Rappelez-vous quelle consolation sera pour vous de

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songer que vous avez une mère qui ne sera plus occupée qu'à offrir, jour et nuit, des vœux au Seigneur pour votre salut.”

En prononçant ces paroles, l’héroïque femme fixait des regards pleins d’une tendresse infinie sur son enfant. Elle aitendit quelques instants sa réponse.

Mais lui, tout interdit d'entendre ce langage solennel qu'il n'avait jamais connu auparavant, ne put que lui répondre d’une voix timide et pleine de larmes :

“ Ma.chère maman, je ne vous verrai donc plus ? ”

‘“ —Ce n’est pas cela que je veux dire, s'empressa de répondre la courageuse mère ; au contraire, vous me verrez, mon enfant, tant qu'il vous plaira. Je me retire au couvent des Ursulines qui est à deux pas d'ici, et vous aurez la liberté de venir me voir quand vous voudrez.”

“—Puisqu'il en est ainsi, repartit l'enfant encore tout ému, je le veux bien.”

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La servante de Dieu respira après cette réponse, et reprit :

‘J'aurais eu bien de {a peine à me séparer de vous, mon cher fils, si vous m'aviez refusée ; mais puisque vous y consentez, je me retire du monde, et je vous laisse entre les mains de Dieu.

Vous n'avez pas de fortune ; mais celui que j'ai choisi pour mon héritage sera aussi le vôtre ; et si vous possédez la crainte de Dieu, vous serez assez riche, car vous possèderez le plus précieux trésor de la terre.

“ Vous perdez aujourd'hui votre mère, et désormais vous n’en auïez plus icibas ; mais dans le ciel vous en avez une qui sera bien meilleure que moi, et qui vous dédommagera amplement de la perte que vous allez faire. (C'est la Sainte Vierge, à qui je vous recommande ; soyez-lui bien fidèle ; appelez-la toujours votre mère, et dans vos besoins adressezvous à elle avec une entière confiance, en lui rappelant que vous êtes son fils, et qu'il faut qu’elle ait soin de-vous ; et

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soyez sûr qu'elle ne vous abandonnera jamais. Je vous confie à ma sœur, qui m'a promis de bien vous aimer et d'avoir bien soin de vous. Ayez pour elle le même amour et le même respect que vous avez eus jusqu'ici pour moi.

Respectez aussi tous vos parents, honorez tout le monde, servez bien le Seigneur, et gardez tous ses commandements. En un mot, mon enfant, aimez Dieu et Dieu vous aimera, et aura soin de vous en quelque état que vous soyez. Adieu, mon fils. ” |

En achevant ces paroles, elle fit agenouiller le jeune enfant à ses pieds, et concentrant toute son émotion au fond de son âme, elle lui donna sa bénédiction en traçant le signe de la croix sur son front. Ce fut la dernière ca:esse et le dernier adieu de cette femme admirable à som enfant ; car désormais elle ne devait plus être sa mère. Dieu ne voulait plus souffrir denx amours dans ce cœur sur lequel il avait résolu de régner seul et sans partage.

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‘ C'était le lieu et le temps, ajoute naïvement Dom Claude Martin en décrivant cette scène de la vie de sa mère, c'était le lieu et le temps de lui donner un baiser, pour dernière marque de son affection ; mais elle ne le fit pas ; ce qui me semble une vertu bien rare et bien extraordinaire, et m'a toujours donné de l'étonnement jusqu'à ce que jen aie compris la cause.”

Ainsi cette mère sublime, qui depuis tant d'années avait sevré son cœur de toutes les joies les plus innocentes et les plus légitimes de la maternité, mettait le sceau à tous ces sacrifices, par cette action héroïque et ce dernier holocauste.

Victorieuse dans ce grand combat, elle n’eut plus de crainte pour le reste ; elle dit adieu sans fléchir à toute sa farnille en pleurs, et s’arracha des bras de son vieux père, sans rien laisser paraître de la douleur poignante dont son cœur était navré. Ce vénérable vieillard ne pouvait se consoler de la perte de celle qui lui était si chère à

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double titre, comme enfant et comme sainte ; ot il faisait retentir toute la maison de ses gémissements et de ses sanglots.

Enfin elle sortit de la demeure de son beau-frère, accompagnée de plusieurs de ses parents et de ses amies; c'était le vingt-cinq janvier, mil six cent trente et un, jour de la fête de la conversion de Saint Paul. Quelques heures auparavant, elle avait été se jeter aux pieds de l’archevêque de Tours qui, plein d’admiration pour ses vertus, avait voulu la voir, et lui accorder sa bénédiction avant son entrée au noviciat. En franchissant la courte distance qui séparait le monastère de sa demeure, elle fit placer devant elle une de ses nièces, et lui mit entre les mains un grand crucifix, qu'elle portait habituellement sur elle, et qu’en cette circonstance elle avait détaché de son cou, comme pour lui servir .de guide dans sa marche hors du monde.

Sa foi ardente le lui montrait comme la colonne de feu, symbole de la croix, qui

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œuidait autrefois Israël à sa sortie de l'Egypte.

À ses côtés, marchait son fils,: silencieux et résigné, mais trahissant sa douleur par ses larmes. À la vue d’un spectacle si touchant, non-seulement ceux qui l’accompagnaïient, mais même ceux qui la rencontraient sur leur passage, ne pouvaient retenir des pleurs

d’attendrissement. Elle seule s’avançait d'un pas ferme et assuré, d’un air calme

et rayonnant. On eût dit qu'elle marchaït au triomphe et non au sacrifice.

Cependant cette victoire surnaturelle qu'elle remportait sur ses sens et sur les droits imprescriptibles de la nature, ne l’'empêchait pas de ressentir de cruels saignements de cœur à la vue du petit orphelin qui pleurait à ses côtés. “Il n'osait, dit-elle, me témoigner son affliction, mais les larmes qui coulaient de ses yeux me faisaient bien connaître ce qu'il ressentait en son cœur. Il me faisait si grande compassion qu’il me semblait qu'on m'arrachait l’âme ; mais

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Dieu m'était encore plus cher que ce cher enfant. ” | Parvenue au seuil du monastère, elle renouvela en souriant ses adieux à son fils et à tous ceux qui l'entouraient ; et se séparant joyeusement de leur groupe,

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teur, qui l’attendait à l’entrée du cloître pour lui donner sa bénédiction. Un instant après, elle était prosternée devant la supérieure, qui la recevait entre ses bras avec des larmes d’allégresse et de boreur.

Vous voilà donc parvenue au comble de vos vœux, à femme héroïque ! et désormais le siècle que vous avez vaincu, et qui était indigne de vous posséder, ne blessera plus, par ses scandales, l'innocence de vos regards, ni la tendresse de votre unique amour! Vous avez tout foulé aux pieds pour conquérir ce souverain bonheur ; aucun sacrifice ne vous a coûté, ni les biens terrestres, ni l'estime du monde, ni les mépris, ni les humiliations, ni les liens du sang,

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ni le sein maternel, ni les pures et douces jouissances de la famille ! Vous avez tout vaincu ! Entrez donc maintenant dans le séjour de la paix, dans le sanctuaire du Seigneur, et mêlez-vous au chœur de ces chastes vierges, qui dès ici-bas marchent à la suite de.

l’Agneau, et retracent sur la terre la vie du ciel !

Et vous, angéliques filles de Sainte Ursule ! tressaillez d'allégresse, et venez au-devant de votre auguste compagne !

Ouvrez les portes de vos cloîtres, et jon-

chez vos parvis sacrés de fleurs et de couronnes sous les pas de celle qui sera un jour la gloire de l'Eglise, l’orgueil de l’Ancienne et de la Nouvelle-France, et l'éternel honneur de votre ordre, La VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L’INCAR- NATION !

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