CHAPITRE PREMIER
Noviciat—Tribulations de la part de son fils—Le Mystère de la Sainte Trinité—-Prise d’habit.
Les éminentes vertus de la nouvelle postulante la firent admettre au noviciat ( en qualité de sœur de chœur, quoi- qu qu'elle n’eût apporté aucune dot à son | entrée. Cette distinction fut pour elle | un grand sujet d’étonnement et de con- | fusion ; car elle s'était toujours attendue | à n'être admise qu’à titre de sœur con- | verse. Son humilité du reste la faisait incliner de préférence vers cet état d'infériorité, quoiqu'’elle n’eût jamais fait la moindre allusion à ce sujet dans
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ses entretiens avec son amie, la mère de Saint-Bernard. Elle avait voulu se soumettre en tout, avec le plus entier abandon, à la volonté de Dieu.
La première épreuve qu’on imposa à son obéissance, dès les premiers jours de son entrée, fut de l'obliger d’abandonner toutes ses pratiques de mortification, sa tunique de serge, ses chaînes, ses instruments de discipline, etc., pour suivre la règle commune à toutes les novices. Rien ne fit éclater davantage l'esprit de Dieu qui l’animait que la conduite qu'elle tint en cette circonstance. Elle se soumit à tout avec la candeur d’un enfant, sans éprouver le moindre mouvement de contrariété.
N'ayant jamais recherché que Dieu seul dans toutes ces austérités, et ayant toujours agi svec une parfaite pureté d'intention, elle comprit immédiatement qu'aucune de ces pénitences ne valait, aux yeux de Dieu l'entière soumission de son esprit et l'immolation de sa volonté. Elle les abandonna donc avec
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le même empressement et la même allégresse qu’elle avait ressentis en les embrassant.
Sa conduite à l'égard des novices, ses nouvelles compagnes, n’excita pas moins l'admiration que son obéissance. Oubliant son âge, son esprit, ses lumières, ses talents, sa rare habileté pour les affaires, les communications extraordinaires qu'elle avait avec Dieu, et son expérience dans les choses spirituelles, elle parut au milieu d’elles comme une simple et naïve enfant, ignorante de tout et prête à recevoir les lecons de chacune d'elles. Souvent elle prenait plaisir à se faire instruire par les plus jeunes des pratiques de la vie religieuse, afin de trouver occasion d'exercer cette simplicité évangélique recommandée par le Divin Maitre : Si vous ne devenez petits et simples comme des enfunts, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.
(Matth. XVIII, 8.) Ses compagnes étaient dans le ravissement à la vue de tant de perfection, et l’entouraient de tout le
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respect et de toute la vénération que l’on doit à une sainte.
Son humble soumission envers la maitresse des novices était encore un autre sujet d'édification non moins précieux pour ces jeunes personnes, et pour toute la communauté. Le moindre signe de sa part lui paraissait un ordre descendu du ciel ; car celle la regardoit comme l'ange du Seigneur chargé de la conduire dans la terre promise. (Cette excellente religieuse ne se lassait point d'admirer son exactitude et sa fidélité aux moindres règles de la vie monastique, et ne pouvait retenir certaines marques de respect que lui arrachait la profonde estime qu'elle ressentait pour sa sublime élève. Mais rien ne contristait celle-ci et ne l’humiliait autant que ces distinctions, qui lui faisaient craindre de perdre une partie du mérite de ses actions. |
Du reste, les pratiques les plus pénibles de la vie claustrale n'étaient que des roses, comparées à la vie d'austérité
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qu'elle avait menée jusqu'alors. Rien se saurait peindre le charme et les délices qu'elle trouvait dans cette existence paisible et retirée, après laquelle elle avait soupiré pendant tant d'années.
Elle ne trouve aucun terme pour exprimer combien le joug du Seigneur lui paraissait léger, et avec quelle ivresse de bonheur elle se pliait à ce doux fardeau. Cette existence était pour elle un véritable paradis terrestre et un ciel anticipé.
Cependant Dieu, qui avait résolu de ve la conduire à lui qu'à travers les croix et les épines. ne lui permit pas de jouir longtemps de la plénitude de cette paix qui embellissait sa chère solitude.
Les murmures, qui s'étaient élevés contre elle dans le monde, n'avaient pas cessé après son entrée en religion ; et son fils, qui d'abord avait si généreusement consenti à se séparer d'elle, entendant tous les jours blâmer sa conduite, commença à regretter amèrement la parole qu’il avait donnée. Les mauvais
conseils qu’on ne cessait de faire retentir à ses oreilles, ne firent qu'envenimer davantage la plaie encore saignante au fond de son cœur. Une tristesse plus ‘noire que celle qui lui avait naguère fait prendre la fuite, s’empara de lui.
On lui fit entendre que s’il cherchait coutes les occasions de pénétrer dans ie monastère, et de tourmenter les religieuses pour faire sortir sa mère, il ne manquerait pas de réussir.
À cette époque le monastère des Ursulines n'était pas encore terminé ; et l’on était obligé de laisser souvent Les portes ouvertes pour permettre la circulation des ouvriers. L'enfant profitait de cette circonstance pour pénétrer dans le couvent et se glisser partout où il trouvait une issue. Tantôt il apparaissait soudainement dans le jardin au milieu des religieuses, tantôt dans les cours les plus retirées du cloître. Souvent il se rendait au parloir, et pressait la tourière d'aller dire à la supérieure de faire sortir sa mère, ou de lui per-
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mettre de venir rester avec elle dans le monastère. On envoyait alors la nouvelle novice au parloir pour le consoler, et lui faire quelques petits présents,
afin de le calmer. Il essuyait d’abord
ses larmes et promettait d’être plus raisonnable à l'avenir ; mais à peine lui
avait-elle dit adieu, qu’il oubliait toutes
ses promesses.
Les tourières remarquèrent plusieurs fois que lorsqu'il s’en retournait, 1l marchait toujours à reculons en tenant les yeux fixés sur les fenêtres du dortoir, dans l’espérance d'y apercevoir sa mère, parce qu'il l'y avait entrevue une fois au moment où elle y passait par hasard.
Souvent aussi, à l'heure de la messe, il entrait dans l’église, et tâchait d’avancer aussi près que possible de la grille, afin de pouvoir jeter la vue dans le chœur des religieuses.
Ayant un jour trouvé entr'ouverte la grille de la communion, il passa la tête au travers, et se mit à crier en pleurant :
Rendez-moi ma mère ! rendez-moi ma
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