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mère ! Les bonnes religieuses ne purent retenir leurs larmes en entendant ces cris déchirants. La vue d’une douleur si amère, et des tortures morales que devait souffrir l’infortunée novice les navrait de tristesse.
De tels scandales lui firent craindre sérieusemént que son séjour dans la communauté ne devint impossible. Déjà on répandait le bruit que la supérieure allait bientôt lui signifier de se retirer ; quelques-unes de ses amies mêmes, croyant ces rapports fondés, lui conseillèrent de sortir avant de prendre le voile, afin de ne pas s’exposer à subir cette confusion après l'avoir reçu.
Un autre jour le jeune enfant, après avoir fait mille détours dans le monastère sans savoir où il allait, entra tout à coup dans le réfectoire où toute la communauté était réunie, au moment de se mettre à table. Il est facile d'imaginer quelle fut la surprise de toutes les religieuses, et quelle impression pénible fit éprouver à la pauvre mère l’apparition
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inopinée de cet enfant dans une circonstance aussi extraordinaire. Toute sa tendresse maternelle se réveilla en ce moment. Mais lorsqu'elle le vit se précipiter dans ses bras en fondant en larmes, elle se sentit percée au cœur d’un glaive de douleur et de compassion inexprimables. Elle demeura en même temps anéantie de confusion en se voyant la cause innocente de tant de trouble dans une communauté qui l'avait accueillie avec une si grande bienveillance.
Rien n’eût été plus facile que de vaincre l’obstination et l’ennui de cet enfant, s’il avait été laissé à lui-même ; mais tous ceux qui l’entouraient semblaient conspirer ensemble pour aigrir son chagrin et nourrir son espoir de revoir à ses côtés celle qu'il pleurait.
Il présenta un jour à sa mère un papier qu'on lui avait donné à ce dessein. (C'était une longue pièce de vers composée par un de ses oncles qui avait un talent très remarquable pour la poésie. Il y peignait sous les couleurs
les plus vives, le malheur de cet enfant arraché des bras de sa mère dans un âge si tendre, et lui mettait dans la bouche les reproches les plus affectueux pour réveiller en elle toutes les voix de la nature et ébranler sa constance. Elle lut cette pièce sans laisser paraître aucune émotion ; mais il est aisé de comprendre quelle lutte ter:ible se livra dans son âme entre les sentiments de la nature et ceux de la grâce à la lecture de ces pages si propres à exciter l’exquise sencibilité de l'amour maternel.
Cependant tous ces assauts que lui suscitait le tentateur, n'étaient que le prélude d’une attaque bien autrement violente. Le jeune Martin avait hérité des heureuses qualités de sa mère, et jouissait naturellement d’un caractère doux et aimable qui le rendait l’idole de tous ses compagnons d'enfance. Lorsqu'ils le virent en proie à cette tristesse inconsolable, ils s’empressèrent autour de lui, et tâchèrent de le consoler. Mais voyant que tous leurs éfforts étaient inu-
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tiles, ils tramèrent entre eux une petite conspiration pour lui restituer celle qui était la cause de tant de larmes. ‘ Ne pleure pas, s’écrièrent-ils tous ensemble, nous te rendrons bien ta mère ; nous allons tous aller au monastère, et nous ferons tant de bruit qu'on sera bien obligé de la faire sortir.”
En un clin d'œil, tout le quartier fut en émoi. Une immense clameur s'élevu autour des murs du monastère, et les pierres volèrent de toutes parts. Les religieuses ne comprirent pas d’abord l'origine de ce tumulte étrange: mais la noyice désolée qui en était la cause involontaire eut bientôt tout deviné ; car au milieu de tous ces cris, une voix, bien connue frappa douloureusement son oreille. C'était celle de son fils qui, transporté hors de lui-même par cette singulière démonstration, pleurait ec
Sanglotait avec plus de violence que
Jamais, et ne cessait de crier d’une voix
capable d'attendrir les cœurs les plus
durs : Rendez-moi ma mère ! rendez- 2% |
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moi ma mère ! Chacune de ces paroles pénétrait dans l'âme de l’infortunée mère comme autant de coups de poignard qui lui déchiraient les entrailles.
Elle crut alors que c’en était fait, et que les religieuses lassées de tant de tumulte et d'importunités allaient lui dire de se retirer. ‘ Jamais, dit-elle, je ne fus tant combattue ; j'en traitais humblement et amoureusement avec Notre-Seigneur, pour l’amour duquel j'avais abandonné cet enfant, afin de suivre ses divins conseils ; et par ce moyen mon cœur demeurait en paix.”
En effet, sa grande âme ne faiblit pas un seul instant au plus fort de l'orage ; tous ceux qui furent témoins de tant de courage et de fermeté en étaient dans l'admiration.
Enfin cette tempête s’apaisa insensiblement. ‘“ Peu de temps après, dit-elle, le Seigneur daigna me consoler ; car un jour que je montais les degrés du noviciat, il me donna une certitude intérieure que je serais religieuse en cette mai-