OQ
mes
grâces et faveurs que j'avais reçues auparavant. Je n'avais plus de cœur ni d'esprit que pour le bien; plus j'approchais des sacrements, plus j'avais le désir d’en approcher ; parce que je connaissais par expérience que j'y trouvais ma vie et tout mon bien, et que mon attrait pour l'oraison s’y fortifiait beaucoup.
‘Dès mon enfance, continue-t-elle, ayant appris que Dieu parlait par la bouche des prédicateurs, cela me semblait admirable; et j'avais une grande inclination à les aller entendre.
‘Etant devenue plus grande, la foi que j'avais dans le cœur, jointe à ce que j'attendais de cette divine parole, opérait de plus en plus dans mon âme le désir de l'écouter. J'avais une si grande vénération pour les prédicateurs, que lorsque j’en voyais quelqu'un par les rues, je me sentais portée d'inclination à courir après lui, et à baiser les vestiges de ses pieds. Une petite prudence me retenait; mais je le conduisais de l'œil jusqu'à ce que je l’eusse entièrement perdu de vue. Je ne trouvais rien de plus grand que la parole de Dieu; et c'était ce qui produisait en mon cœur l’estime de ceux auxquels Notre-Seigneur en avait commis le ministère. Lorsque j’écoutais cette parole sainte, il me semblait que mon cœur était comme un vase dans lequel cette divine parole découlait comme une liqueur. Ce n’était point une imagination, mais un effet réel de l’esprit de Dieu qui était en cette nrédication, et qui par une effusion de ses grâces opérait de la sorte dans mon âme, laquelle ayant reçu
ss ee 2 008
cette plénitude abondante, ne la pouvait contenir el était obligée de l’évaporer dans l’oraison. Il ma fallait même en parler, parce que mon esprit ne pouvait contenir cette abondance: ce que je faisais À Dieu et aux personnes de la maison, avec une grande ferveur et un grand zèle, en y ajoutant mes propres pensées qui me rendaient éloquente.
“Une fois, en un sermon sur le saint nom de Jésus,
que le prédicateur avait nomme plusieurs fois, cette
divine parole, cumme une manne céleste, remplit
mon cœur si abondamment que tout le jour ma respi-
ration ne disait autre chose que: Jésus, Jésus, sans
pouvoir finir. Dieu me donnait de grandes lumières
en cette assiduité d'entendre sa sainte parole, et mon
cœur était tout embrasé jour et nuit, ce qui me faisait arler à lui d’une façon intérieure qui m'était nouselle et inconnue.
“Maintenant que j'ai plus de connaissance et d’expérience en la vie spirituelle, je reconnais que la bonté divine me prévenait par de grandes grâces et me remplissait des bénédictions de sa douceur, pendant que, d’un autre côté, j'avais de grands sujets de croix dans une condition qui m’en produisait de con-
tinuelles.” > Ce n’était pas sans dessein que la sagesse divine,
dont l’invisible main dispose de tout avec force et
suavité, conduisait sa servante à travers ce chemin
d'aspérités, où ses pieds s’ensanglantaient si cruelle-
ment; elle voulait raffermir ses pas à l’entrée de cette
me re ci ce ue, M à on co
voie subli me qu’elle lui avait tracée de toute éternité. La Mère de l’Incarnation reconnut plus tard ce dessein providentiel. En consumant ainsi dans son cœur toute affection terrestre par la flammedes tribulations, et en lui inspirant cette soif de la parole de Dieu en même temps que ce zèle et cette facilité de l’épancher au dehors, la divine Providence la préparait à son insu à la vie d’apostolat.
‘ Dès mon enfance, écrivait-elle du monastère des Ursulines de la Nouvelle-France, il me semble que Dieu me disposait à la grâce que je possède mainte- ‘nant, car j'avais plus l'esprit dans les pays éloignés, pour y considérer les généreuses actions de ceux qui y travaillaient et souffraient pour Jésus-Christ, que dans les lieux que j’habitais. Mon cœur se sentait uni aux âmes apostoliques d’une manière tout extraordinaire. Il me prenait quelquefois des saillies si excessives que si le respect humain ne m’eût retenue puissamment, j'eusse couru après ceux que je voyais portés au salut des âmes. Je ne savais pas pourquoi j'avais tous ces mouvements, car je n'avais ni de la conduite, ni de l'esprit pour le reconnaître. Aussi n'était-il pas temps, parce que celui qui dispose les choses doucement voulait que je passasse par divers états et par des voies différentes avant que de manifester sa sainte volonté à la plus indigne des créatures.” L’Esprit-Saint, qui lui parlait sans cesse au cœur par des gémissements ineffables, lui faisait aussi
entendre sa voix par la bouche de tous les êtres de la création. Elle entendait sans cesse s'élever de tous les objets de la nature un concert de suaves accents, qui murmurait à son oreille le nom du Seigneur et les merveilles de son amour. Mais de tous les objets extérieurs dont Dieu se servait pour l’instruire, nul ne lui faisait une impression aussi vive, nul ne la ravissait plus que les saintes cérémonies de l'Eglise, En lui mettant sous les yeux ces augustes symboles, l’Esprit-Saint lui découvrait la manne cachée qu'ils renferment. Eclairant son intelligence d’une lumière surnaturelle, il lui en révélait le sens mystérieux, et les rapports qu‘: les rattachent à la Divinité,
‘ L’admiration qu'excitaient en mon esprit la sainteté et la majesté des saints mystères fortifiait ma foi, augmentait mon amour et me liait à Notre-Seigneur d’une manière tout extraordinaire. Je m’épanchais en actions de grâces de ce qu’il lui avait plu de me faire naître de parents chrétiens et catholiques, et de ce qu’il m'avait appelée à la vocation de fille de l'Eglise. Plus j’avançais en connaissance, plus j'avais de sentiments d'amour pour ces saintes cérémonies de l’Eglise ; et lorsque je voyais aux processions la croix et la bannière que les chrétiens ont coutume de suivre, mon esprit et mon cœur tressaillaient de joie. J'avais vu un chef militaire logé dans nos quartiers, et j'avais remarqué que ses soldats le suivaient avec leur drapeau lorsqu'ils allaient à leurs exercices.
Voyant donc le crucifix attaché à la croix et la bannière avec ses figures, je disais en moi-même: Ah! voilà aussi mon chef, voilà sa bannière, je la veux suivre, comme les soldats suivent la leur. Et ainsi je suivais la procession avec un grand sentiment de ferveur. J'avais les yeux fixés sur le crucifix et j’allais répétant suns cesse dans mon cœur: Ah! c'est là mon chef, je le veux suivre.
& J'avais une foi si vive pour tout ce qui se fait à l'église, Qu'il me semblait que c'était ma vie et mon aliment,
“Eu ce temps-là, je m° hätais d'entrer des premidres dans les églises, afin d'y voir les saintes cérémonics et l'office solennel qui s’y faisaft. Toute mon occupation dans l’intérieur du temple était de voir et d'entendre. Un jour, dans une procession du très saint Sacrement, mon cœur et mon esprit furent si ruvis en Dieu au sujet de ce sacrement d’amour, que
je ne voyais pas à me conduire. J'avais la vue cou-
verte, en sorte que je marchaïis au hasard et comme une personne ivre.”