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Elle avait lu un livre qui prétendait enseigner la vraie méthode de l'oraison mentale, et ai montrait avec force le danger de tomber dans l'illusion et dans les pièges du démon en suivant une voie différente. Depuis lors elle s'était mise à suivre scrupuleusement cette méthode, au lieu de méditer sur les mystères de Notre-Seigneur, en suivant son attrait ordinaire, et comme elle s'exprime elle-même, ‘‘en les contemplant tout d’un regard et par manière d’envisagement intérieur.” Dans le désir extrême qu'elle avait de bien faire, elle se fit une telle violence, qu’elle en contracta des maux de tête qui la firent cruellement souffrir. Dieu cependant récompensa sa bonne volonté en lui accordant une très grande tranquillité d'esprit et les délices de cette paix intérieure qui accompagne la présence de Dieu. Dès qu’elle eut découvert sa conduite à son directeur, il lui fit rejeter cette méthode, et lui ordonna de s’abandonner entièrement à l’esprit de Dieu, qui jusqu'alors avait dirigé son âme. *
* On voit par les écrits de sainte Thérèse, qu’elle tomba absolument dans la même 1llusion, et qu’elle en fut délivrée de la même manière que la Mère de l’Incarnation. Elle s’exprime ainsi à ce sujet :
“# Voici ce qu’on lit dans certains livres qui traitent de l’oraison. La contemplation étant entièrement surnaturelle et l’œnvre du Seigneur, l'âme ne peut, ilest vrai,y arriver par elle-même; mais quand elle a passé plusieurs années dans la voie purgative et se trouve déjà avancée dans l’illuminative, elle peut s’aider, en retirant sa pens.e de toutes les créatures,et en l'élevant humblement vers le Créateur. Ces auteurs recommandent beau-
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A peine eut-elle repris sa première pratique d'oraison, qu'elle se sentit complètement soulagée; et quoique le violent mal de tête qu’elle avait contracté ne cessât de la tourmenter pendant deux années entières, elle n’en continua pas moins de marcher à grands pas dans les voies de la perfection qui s’ouvraient chaque jour plus larges devant elle, sous la sage conduite de son nouveau directeur. Elle ressentit de plus en plus un ardent désir des souffrances et des humiliations, et elle fut au comble de ses vœux, lorsqu'elle vit qu’elle
coup d’éloigner de soi toute image corporelle, etde s'élever à la pure contemplation de la divinité; et ils regardent tout ce qui tombe sous les sens,sans enexcepter même l'humanité de Jésus- Christ, comme un embarras ou un obstacle... La contemplation étant une œuvre spirituelle, tout ce qui tombe sous les sens ne peut être, disent ces auteurs,qu’un obslacleetun em pêchement , d’après eux, ce que l’on doit tâcher de faire, c’est de se considérer comme dans une enceinte,de toutes partsenvironné de Dieu, et entièrement abiméenlui. Cela me semble bon quelquefois : mais s'éloigner entièrement de Jésus-Christ, et compter le corps de cet Homme-Dieu parmi nos misères, le mettre au rang des autres créatures, C’est ce que je ne puis souffrir...Ce que je veux dire muintenant, c’est comment Dieu a conduit mon âme dans le péril où je me vis en vouiant me conformer à ce que je lisais.. Si j'en était restée à ce qui est dit dans ces livres, jamais, je crois, je ne serais arrivée où je suis maintenant; à mon avis, c'était une illusion. Peut-être est-ce moi qui me trompe, mais je dirai ce qui m’arriva.”
Après avoir dit qu’en se conformant à cette manière d’oraison enseignée dans ces livres, elle y savourait de grandes délices, sainte Thérèse ajoute: “Comme ce profit et ce plaisir se sentent, personne ne m’eût fait retourner à l'humanité sainte du Sau. veur, dans laquelle je croyais vraiment trouver un obstacle.
pouvait en rencontrer tous les jours des occasions dans la nouvelle situation où elle se trou'’ait chez sa sœur. Aussi n’attendit-elle pas qu’on lui prescrivît aucun emploi ; elle choisit elle-même ce qu’il y avait de plus pénible et de plus humiliant : le service des domestiques et de la cuisine. Comme elle prenait grand soin de cacher les talents naturels qu’elle possédait, Dieu permit qu’on vînt à se persuader qu’elle n’était capable d'aucun auire emploi, et que les domestiques inême:, profitant de son silence, de sa douceur et de son obéissance, la traitassent avec hauteur, jusqu’à s’attri-
O Seigneur de mon âme, et mon bien, Jésus crucifié, je ne me souviens jamais sans douleur de cette opinion que j’ai eue. Je la considère comme une grande trahison dont je me rendis coupable à l'égard de ce bon Maître; et quoiqu’elle partit (le mon ignorance, je ne saurais trop la pleurer; j'avais été toute ma vie si dévote à Notre-Seigneur...
s Le temps où je fus dans cette opinion dura très peu etains;i je revenais toujours à ma coutume de chercher ma joie dans ce bon Maître, surtout lorsque je communiais, J’eusse voulu avoir toujours devant les yeux son portrait et son image, ne pouvant l'avoir aussi profondément empreinte en mon âme que je l’eusse souhaité. Ai-je bien pu, Seigneur, avoir en l'esprit, même une heure seulement, cette penséo que vous me dussiez être un obstacle dans la voie d’un plus grand bien? Et d’où me sont venus à moi tous les biens, si ce n’est de vous? Je ne veux point penser qu’en ceci, j'aie commis de faute, car j'en éprouve une trop vive douleur,et certainement co n’était que de l’ignorance.Aussi, vous êtes-vous hâté d'yapporter remède; dans votrebonté, vous m'avez envoyé des personnes pour me tirer de cette erreur; vous avez fait plus, vous avez daigné vous montrer à moi très souvent; c'était, à mon Maître, pour me faire comprendre plus elairement combien grande était cette erreur, pour que je le fisse
buer une espèce d'autorité et d’empire sur elle, Mais ces mauvais traitements et l'étrange conduite de son beau-frère et de sa sœur à son égard, loin de la rebuter et de l’aigrir contre eux, ne servirent qu’à lui faire aimer davartage sa condition ; elle croyait y trouver autant de trésors qu’elle y rencontrait d’humiliations et de mépris. ‘Je faisais, dit-elle, l'office de servante envers les domestiques de mon frère et de ma sœur, et quelquefois j’en avais cinq ou six de malades sur les bras. Je n'avais garde de souffrir que d’autres en prissent soin, et jusque aux choses les plus viles, je n’eusse pas voulu les laisser faire aux servantes ; mais je les faisais en cachette, en sorte que quand elles se présentaient pour s'en acquitter, elles trouvaient tout fait.”
Telle fut la vie de la servante de Dieu pendant l'espace des trois ou quatre premières anntes qu'elle demeura chez sa sœur; années de joie et de bonheur
pour elle, car au milieu de cette vie abjecte et de ces
actions basses et humiliantes, pour lesquelles la nature a ordinairement tant de répugnance, l'amour dont son âme étaitembrasée pour Jésus-Christ lui faisait trouver une allégresse incroyable. La joie de son cœur était si
comprendre à plusieurs aütres à qui je l'ai dit; enfin, pour me faire écrire maintenant en cet endroit. Quant à moi, je suis convaincue que si plusieurs âmes, arrivées à l’oraison d'union, r’avancent pas davantage, ou ne parviennent pas à une très grande liberté d'esprit, ce qui les arrête, c'est cette fausse idée.” (Sainte Thérèse, Sa vie écrite par elle-même, chap. 22.)
mn nm se end qe a side grande dans les humiliations qu’elle en concevait même du scrupule. Elle crut devoir s’en ouvrir à son directeur, dans la crainte qu’il n’y eût du péché ou de l’imperfection. Tel était même son amour pour la souffrance, qu’elle prenait plaisir à se brûler elle-même, lorsqu'elle travaillait près du feu, en pensant à l’amour divin dont elle souhaitait d’être consumée. Tant d’héroïsme et de constance dans les humiliations, tant d'amour pour les souffrances, tant de fidélité aux grâces du ciel, ne pouvaient manquer d'attirer sur elle unesurabondance de dons célestes; car Dieu ne sollicite l'amour de sa créature que pour l’inonder de ses bienfaits. Et dès que l’âme y correspond, un abîme de grâces attire mille autres abîmes. Aussi la Majesté divine la disposa-t-elle par une dernière faveur à entrer dans une nouvelle phase de perfection en lui insphant l’idée la plus sublime de la pureté qui doit orner une âme pour être digne de lui être entièrement consacrée, et de participer aux chastes noces de l’Epoux.
‘Un jour, dit-elle, que j’étias en oraison devant le saint Sacrement, je me trouvai dans un grand recueillernent intérieur, et il me fut montré que Dieu était comme une grande mer qui rejetait de lui tout ce qui ressent la mort et l'impureté. Il m'instruisait par là qu'il voulait de moi une très grande pureté d'âme ; ce qui me donna une telle délicatesse intérieure, que le moindre atome d’imperfection me semblait une monstrueuse i m pureté qui séparait mon âme de ce Dieu de
pureté. Je ne voulais autre chose qu'être abîmée dans
sette grande mer, de crainte d’amasser des souillures qui me rendissent indigne d’être toute à Dieu. Je ne faisais que dire, ô pureté! cachez-moi en vous, grande mer de pureté! rien ne me pouvait distraire; et il me sen.blait que cette grande mer eût rompu ses bornes sur moi, que j'y étais toute submergte, et que je perdais de vue toute autre chose.”
Ainsi la plus solide humilité jointe à l’abnégation la plus parfaite, et une pureté de cœur séraphique, telles furent les deux ailes qui furent données à cette colombe du Seigneur, pour s’élancer vers le ciel, et s'élever à des hauteurs tellement inaccessibles que l’œil a peine à l'y suivre, et qu’elle seule pourra nous en raconter les divines splendeurs.