‹ Histoire de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 2 sur 106 · PRÉ EL ES · texte numérisé non relu

PRÉ EL ES

On y voit en présence les deux religions: le paganisme et la religion du Christ. L'une qui, par l'orgueil, abaisse l'homme jusqu’à la férocité,et abrutit la femme en la rendant esclave ; l’autre qui humanise et relève l’homme par l’humiliation, et ennoblit la femme en lui mettant au front l’auréole de la sainteté

Non loin de ce groupe, un missionnaire, * après avoir visité quelques cabanes de sauvages réunies autour de la maison de Madame de la Peltrie, s'achemine dans un petit sentier qui s'enfonce sous les sombres arcades de la forôt.

L'heureux rapprochement de ces cabanes de sauvages du monastère des vierges chrétiennes est plein d'harmonies. Ces farouches Indiens, devenus plus doux que des agneaux, et dont les tentes se dressent autour de cette palissade où paissent des brebis, symbole des vierges du cloître, n’offrent-ils pas l’accomplissement de la prophétie d'Isaïe: On verra le loup et la brebis habiter ensemble; le lion et le léopard reposer auprès de l'agneau ?

Mais ce qui surtout attire et charme les regards dans ce tableau, c’est un groupe de jeunes enfants attentives aux leçons d'une religieuse que l’on voit, à droite, assise à l’ombre d’un frêne. L'impression qu'éveille cet antique souvenir est d'autant plus délicieuse et plus vive, qu’en détournant un instant la vue du

ne ne nee

* Le Père Jérômo Lalemant.

tableau, on aperçoit encore aujourd'hui, dans l’en-

ceinte du cloître, la tête chenue du vieux frêne sous

lequel la tradition nous montre la vénérable Mère de

| | l'Incarnation catéchisant les petites sauvagesses, et | instruisant les jeunes filles de la colonie. *

| Lorsque vous avez étudié, pendant quelques ins-

JE tants, cette peinture, vous demeurez involontairement

| tout pensif; car elle vous raconte toute l’histoire des

| temps héroïques du Canada, avec ses alternatives de

joies et de sacrifices, d’allégresse et de deuil, de sang

| et de triomphe ;—l'arrivée des premières flottilles

|| remontant les eaux vierges du grand fleuve, qui

| | g’étonne de refléter le mirage de ces canots étranges

| venus d’au delà du grand lac; l'admiration des natu-

mener

rels du pays, se penchant au-dessus des caps et s’avançant parmi les joncs du rivage pour contempler ces hommes d’une autre race qui portent le tonnerre dans leurs mains ;—les premiers coups de hache retentissant sous les voûtes des bois séculaires. On croit encore entendre le long frémissement qui fit tressaillir les flancs de la forêt à l'heure où le Verbe de l'Évangile fut annoncé, pour la première fois, sur ces plages

| inconnues. Les missionnaires martyrs vous apparaissent, au milieu de cette vision. —comme autrefois

* Ce vétéran de la forêt, resté seul debout de tous ses compagnons, compte aujourd’hui plus de 300 ans d'existence. (Note de la. première édition.)

11 Le vieux frêne a été renversé par une tempête le 24 juillet 1867.

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