‹ Histoire de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 3 sur 106 · SEP EE ONE · texte numérisé non relu

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le Christ préchant sur la montagne, —les regards au ciel, les bras étendus, et faisant descendre la rosée du ciel sur les innombrables tribus accourues des extrémités de l’aurore et du couchant pour entendre la bonne nouvelle. Enfin, après un demi-siècle de combats, la vérité se lève, encore ruisselante du sang de ses martyrs; et l'hymne de la victoire, répété par les échos des Alleghanys et des Laurentides, retentit depuis les rivages des grands lacs jusqu'au golfe Saint- Laurent,

Mais au-dessus de toutes les apparitions que fait éclore la contemplation du tableau des Ursulines, surgit et plane une douce et pure image : c’est la figure de la vénérable Mère de l’Incarnation, de cette femme forte de l'Évangile, si bien nommée la Thérèse de la Nouvelle-France. C’est autour de cette grande figure que convergent toutes les autres pensées du tableau, que viennent se ranger tous les autres personnages.

Bien souvent, accoudé au mur du monastère, nous nous sommes pris à méditer en face de ces vieux souvenirs; nous laissant d'autant plus volontiers bercer au charme de leurs silencieux entretiens, qu'ils avaient pour nous, comme pour tant d’autres Canadiens, un motif personnel.

Parmi ce groupe d’enfants rangées autour de la Mère de l’Incarnation, il nous semblait reconnaître une de nos ancêtres, qui eut le bonheur de recevoir ses saintes leçons, et de contempler ses grands exemples. Aussi cette histoire est-elle à la fois, pour nous

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une œvw',re de reconnaissance, et un faible monument élevé à la mémoire de la VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L'INCARNATION.

Mais avant d'entreprendre d'écrire sa vie, nous croyons nécessaire de tracer une rapide esquisse du temps où elle a vécu, afin de mieux faire ressortir la grandeur de ce caractère qui nous apparaît entouré de tant d’héroïsme, mêine au milieu de cette pléiade d’âmes fortes qui ont valu à cette époque la gloire d’être reconnue comme les temps héroïques de la Nouvelle-Frence.

D'ailleurs, la vie de la Mère de l’'Incarnation est tellement liée à l’histoire des premiers temps de la colonie, qu’on ne saurait l’envisager d’une manière complète, sans avoir présents à l’esprit au moins les événements les plus importants de cette partie de notre histoire.

Notre intention n’est pas cependant de faire connaître toute l’histoire religieuse de cette époque, mais seulement d’en tracer les principaux linéaments, et de détacher de cet ensemble les traits les plus saillants.

Avani la découverte du nouveau monde, les penples de l'Amérique étaient dans l'attente d’envoyés qui devaient venir de l'Orient. Les enfants du soleil viendront de l’aurore,—annonçaient d’anciennes prophéties,— iles sacrifices humains seront abolis, et les peupiles régénérés. Cette espérance, dernier lambeau de larévélation, s’est retrouvée chez toutes les nations de l'univers; car les ténèbres de l’idulâtrie, amoncelées

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sur la tête des sociétés, ne purent jamais intercepter entièrement toute lumière venue d’en haut. Chaque peuple, plié sous le joug de l'erreur, est venu, à son tour, secouer ses chaînes devant l’autel invisible du Dieu inconnu, et faire éclater le cri de la délivrance. A mesure que l’heure approche, on voit ces lues d'espérance se multiplier et s’accroître: c:: sont les premiers rayons de l’aube qui précède le grand jour de la vérité.

Pendant bien des siècles, les enfants de l'extrême Occident,—de cette Atlantide qu’avaient rêvée jadis les voyants du vieux monde,—tournèrent en vain, dans l'attente, leurs regards vers l'Orient.

L'heure n’était pas encore venue,

L'Europe, prédestinée de Dieu pour aller porter le ‘ameau de la croix au nouvel hémisphère, devait d’abord se rendre digne d’un si glorieux privilège, et mériter cette gloire en accomplissant quelque grande œuvre en faveur de la vérité. Ce jour arriva enfin.

Plusieurs fois, à la voix du chef de l'Eglise, toute la chrétienté s'était précipitée sur l’Asie pour écraser Le croissant et reconquérir le sépulcre du Sauveur. L’enthousiasme de la foi avait accompli des prodiges d’héroïsme et de dévouement.

C'était le sacrifice exigé de Dieu.

L'Europe chrétienne avait pris la croix pour conquérir un tombeau, en récompense Dieu lui donna tout un monde. *

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En effet, la découverte du continent américain fut l’œuvre des croisades. Le résultat de ces grandes expéditions, impénétrable d’abord aux regards des hommes, était prévu dans les desseins de Dieu. Les croisades développèrent cet esprit chevaleresque et aventureux qui donna l'impulsion à une foule de voyageurs, dont un grand nombre pénétrèrent alors jusqu'aux extrémités de l'Orient. Les récits qu’à leur retour ces voyageurs firent des pays qu’ils avaient parcourus, des merveilles qu’ils avaient admirées, enflammèrent les imaginations. L'amour des découvertes fermenta dans tous les cœurs. C’est alors que l’homme qui personnifie toute cette époque, Christophe Colomb, se lève, et que debout sur les rivages européens, il scrute du regard les horizons des mers où l'esprit d’en haut, qui l’illumine, lui découvre les terres nouvelles promises à son génie.

Ce fut à Ferdinand le Catholique et à Isabelle, son épouse, que Dieu réserva l’honneur de comprendre la pensée de ce grand homme. Car ces deux souverains venaient de mettre la dernière main à l’œuvre des croisades, en rejetant de l'Espagne sur les côtes d’Afrique, le dernier sultan de Grenade, Boabdil avec ses Maures.

Sur les traces de Christophe Colomb, s’élancèrent bientôt d’autres découvreurs, qui, chaque jour, levèrent un nouveau pan du voile mystérieux qui, pendant tant de siècles, avait dérobé à l’univers ancien cette moitié du monde. Alors s'ouvre la première page de l’histoire de la Nouvelle-France,

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Ici, l’on nous pardonnera de nous arrêter quelques instants, et de baiser avec amour et respect cette première page de nos annales, si fervente et si pure, qui prophétise toute la suite de notre histoire; — de nous prosterner tout ému, devant ces premiers vestiges qu'ont laissés nos pères sur la route d’une conquête qui fut plus encore celle de Dieu que celle de leur roi.

C'était par une matinée du printemps de l’année 1535. Toute la ville de Saint-Malo était dans une sainte allégresse, car on célébrait la sclennité dela Pentecôte. Dans ces temps heureux où la société était encore imprégnée de l’idée religieuse, un profond recueillement et une tendre piété sunctifiaient toutes les fêtes de l'Eglise. Cependant, ce jour-là, la vieille cathédrale gothique de Saint-Malo était remplie d’une fouleencore plus nombreuse qu’à l'ordinaire ; car à l'issue de l'office du matin, devait avoir lieu une touchante cérémonie.

Au milieu de la nef ‘tait réunie une troupe, composte de plus de cent hommes, qu’à leur air et à leur accoutrement, il était facile de reconnaître pour des marins. À la veille de partir pour une longue et dangereuse expédition, ils venaient, par une démarche solennelle, implorer la protection de Celui qui com-

mande au vent et aux tempêtes. Un cercle de plusieurs gentilshommes entourait leur chef, qui, appuyé sur le pommeau de son épée, était absorbé dans la méditation et la prière. Ce chef, on l’a reconnu, c'était Jacques Cartier, accompagné de ses braves marins ; ces

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gentilshommes, c'étaient Claudede Pontbriand, fils du seigneur de Montcevelles et échanson du Dauphin ;— c’étaient Garnier de Chambeaux, Charles de la Pommeraye, de Goyelle, Philippe de Rougemont et plusieurs autres jeunes gens de distinction qui, paramour pour les aventures, avaient voulu s'associer, comme volontaires, à l'expédition.

A l'heure de la communion, tous, Cartier en tête, vinrent s'asseoir à la table sainte. Il faisait beau voir, agenouillés sur les dalles du temple, comme desimples enfants, ces fiers gentilshommes aussi chevaleresques que François I‘; et ces vieux loups de mer, qui, toute leur vie, avalent affronté la furie des flots et l'horreur des tempêtes. Ces âpres visages, dont les traits, hâlés par le soleil et l’écume des vagues, se détendaient sous les rayons de la prière, apparaissaient épanouis, transfigurés, doux comme des visages d'enfants.

Eile est grande et belle aujourd’hui la France, drapée dans sa force et sa gloire. * Mais était-elle moins grande et moins belle en ces jours où ses enfants, dignes fils des croisés, venaient courber leur front dans les temples ; quand son roi s’agenouillait sur le champ de bataille ; quand, arrivé aux dernières étapes du malheur, il pouvait encore dire : Tout est perdu, fors l'honneur !

Après la célébration des saints mystères, toute la troupe s’avança jusque dans le chœur de la cathédrale,

* Ceci était écrit en 1863.

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et vint se ranger autour du trône où l’évêque de Saint- Malo, Mgr Bohier, revêtu des ornements pontificaux, appela sur eux et sur leur expédition, les grâces du ciel, et leur accorda sa bénédiction.

Cet acte solennel fut le sacre de la France américaine à son berceau. Ainsi fut écrite, aux clartés du sanctuaire, la première page de son histoire; plus turd, bien d’autres furent écrites au pied des autels, et souvent avec le sang des martyrs ; cur c'étaient encore Les gestes de Dieu que faisaient les Francs, en créant une France nouvelle sur les rivages canadiens. Israël, au désert, marchait à la lumière de la colonne de feu ;— la croix, cetteautre colonne lumineuse, guida toujours nos pères au désert du nouveau monde. Et lorsqu'on ouvre aujourd’hui le sépulcre des générations où dorment ces preux chevaliers de la civilisation, l’odeur de l’encens et les parfums de l’autel nous embaument encore.

Trois jours après l’imposante cérémonie que nous venons de décrire, le mercredi, 19 mai 1535, trois voiles disparaissaient, au loin, sur la ligne de l'Océan. C'était la petite flottille de Cartier, la Grande Hermine, la Petite Hermine, et l’Emerillon, qu’une brise favorable venait de pousser hors de la rade de Saint-Malo, aux acclamations de la foule accourue sur le rivage.

On se figure difficilement aujourd’hui l’audace et la témérité de ces voyages sur des mers inexplorées, vers des mondes inconnus, que l'imagination surexci-

tée des peuples enveloppait de fables et de mystères effrayants.

Peu de jours après leur départ, les trois vaisseaux furent assaillis par une violente tempête. ‘“ Le teinps, dit naïvement Cartier, se changea en ire et tourmente qui nous a duré... autant que jamais navires qui passassent la dite mer eussent sans aucun amendement, tellement que le vingt-cinquième jour de juin... nous entreperdîmes tous trois.”

Enfin les navires, réunis, remontèrent les eaux du Saint-Laurent,

Le Canada était découvert.

Bientôt la croix, plantée sur les rives du grand fleuve, étendit ses bras vers les nations sauvages, et les invita à venir se reposer sous son ombre.

Ici, se termine la mission de l’immortel navigateur de Saint-Malo.

La noble figure de Cartier, d’une grandeur et d’une simplicité antiques, ouvre dignement la longue galerie de portraits héroïques quiillustrent les annales canadiennes. Jamais la civilisation chrétienne, en mettant le pied sur le sol américain, n’eut de plus digne représentant. La foi naïve et ardente des beaux jours du christianisme coule à pleins bords à travers la vie et les écrits de ce chef auguste de la hiérarchie de héros canadiens.

Le premier, il pénètre au cœur de ce continent, en remontant, avec une poignée d'hommes, les eaux du Saint-Lavrent, arborant partout le drapeau du Christ et de la France, et dotant ainsi l’empire des lis de contrées plus vastes que l’Europe entière. À son passage.

les peuplades descendent de leurs montagnes ct apportent leurs malades aux pieds de ce grand pèlerin dela civilisation, qui leur impose les mains à l'exemple

du divin muître, priant Dieu qu'il leur donnât grâce de recouvrer chrétienté et baptesme.

Après avoir accompagné Cartier dans ses courses aventureuses, on aime encore à le suivre dans sa paisible retraite de Limoilou, quand, de retour de ses longues pérégrinations, et auobli par son roi, l’illustre capitaine, la pensée attachée au ciel, l'œil sur l'Océan, remonte vers le passé; tantôt évoquant, au murmure si mélancolique de la plage armoricaine, l’ombre exilée de Donpacona ; tantôt menant merveilleuse joie à rêver encore aux royaumes de Saguenay, de Canada et d'Hochelaga.

Le portrait de l’illustre marin, conservé pieusement par sa ville natale, es devenu aujourd’hui populaire parmi nous. L'artiste qui crayonna ce tableau, avait bien compris le grand caractère de Cartier. L’attitude méditative du héros, ses traits énergiques, son œil inspiré, perçant les bornes de l'horizon, réalisent bien l'idéal et le prestige au milieu desquels il nous apparaît aujourd'hui à travers le lointain des âges. C’est bien ainsi que nous aimons à revoir cette mâle figure, qui conserve encore, plus tard, sous sa couronne de cheveux blancs, cette fraîcheur de l’âme qui rejaillit su. les traits, quand la foi et le génie se sont embrassés, pendant toute une vie, dans un noble cœur.

Après d’opiniâtres et infructueuses RITES Cur-

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tier était descendu au tombeau sans avoir vu s’accomplir un des rêves les plus chers de sa vie, sans avoir pu contempler une colonie française assise sur le sol qu’il avait découvert.

| Bien des années après, le 3 juillet 1608, un autre ( chef français, Samuel de Champlain, arboraïit le dra- 1 peau blanc sur le promontoire de Québec. Une nation

nouvelle allait naître à l’om bre de ce drapeau.

Le mouvement et la vie succèdent tout à coup au

silence et à la solitude ; les premiers coups de hache il éveillent les échos endormis depuis tant de siècles sur cette plage déserte; et bientôt, une spacieuse habitation s'élève et abrite le premier noyau de la colonie. ll L’étendard fleurdelisé, planté au sommet du nouveau ll fort, se dépioie au souffle de la brise.

I Si alors Champlain eût pu plonger son regard dans l’avenir, quel noble orgueil eût fait tressaillir son âme | il. en voyant tomber des plis de ce glorieux drapeau tous 4 |

les lauriers et les palmes qui devaient bientôt fleurir autour du berceau du jeune peuple qui commençait À surgir de terre! Du moins, en regardant flotter, pour la première fois, les blanches couleurs de la France L i au-dessus de cette riche nature, le fondateur de Qué- | / bec dut-il concevoir d’heureuses espérances.

il Quelques années après cette prise de possession du ll territoire canadien par Champlain, une autre prise de possession solennelle avait lieu au nom de Dieu et de la religion. Le 25 juin 1615, tous les colons, en habits (ll de fête, étaient réunis dans une petite chapelle récem-

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